Témoignage recueilli par Jean-Pierre HOULLEMARE, au printemps et à l’automne 2012.

«  Je m’appelle GAME, Charles, Louis (des prénoms de roi !) et je suis né le 1er décembre 1920, à Paris, dans le 12ème arrondissement.

Maman s’appelait Hélène et habitait à Paris, dans le 11ème. Elle était née en Picardie et fut adoptée par M. KRANTZ, homme très gentil qui l’avait élevée et qui tenait une boutique de cycles. Papa s’appelait Marceau. Il était né en Seine-et-Marne, à Savin près de Nangis. Sa maman était concierge. Apprenti en mécanique, il fit la guerre de 1914-1918 et fut gazé. Il était Chasseur à pied, décoré de la Médaille militaire et de la Croix de Guerre.

Il est venu à Paris et s’est marié à la fin de la guerre. Mes parents m’ont eu tout de suite et Papa a refait un apprentissage en électricité et c’est M. KRANTZ qui leur a prêté de l’argent pour acheter ensuite, en 1927, l’épicerie Alimentation générale, au 75 de la Grande Rue. Toutefois, c’était l’époque où se développaient les succursales, notamment celles de l’Union Commerciale, qui s’installa au coin de la rue Trousseline.

Quand mes parents étaient à l’épicerie, c’est M. KRANTZ qui m’emmenait acheter des chocolats chez Levistre, dans la Grande Rue et assez souvent, on montait à la gare pour regarder passer les trains.

ID289-01-ecole des garçons-1931-M BourgeoisJe suis allé à l’école des garçons de TRIEL, avec M. BOURGEOIS, et j’ai passé le certificat d’études à 12 ans, donc en 1932 je crois. Je suis resté un an de plus en classe, car j’étais trop jeune pour quitter l’école.

La Pharmacie HARDY, rue du Pont, s’est installée et recherchait un préparateur. J’y suis entré comme apprenti. Je devais avoir 14 ans. J’ai commencé par apprendre à nettoyer les sangsues. Les patrons faisaient aussi l’élevage des animaux, chiens et chats, avec des pedigrees et c’est sur ces bêtes que j’ai appris à faire des piqûres…aux gens, en les faisant d’abord sur les animaux. J’allais en vélo, à Vernouillet notamment et dans toute la région.

A 17 ans, j’ai quitté Triel pour Chatillon-sur-Seine, entre Troyes et Dijon, chez DESANLIS, pour y terminer mon apprentissage. C’était pour devenir un vrai préparateur et fabriquer les pilules, potions et suppositoires. Mes parents, suite à la mauvaise évolution de leurs affaires, sont venus à Chatillon-sur-Seine, avec moi, car je gagnai déjà bien ma vie.

Ensuite, j’ai poursuivi ma formation pendant une bonne année chez BRUANT, à Dijon, qui employait à l’époque 50 personnes ! Et puis, nous déménageons pour Conflans-Sainte-Honorine où Papa a repris son métier d’électricien, chez LTT. Je travaille, pendant un an et demi, à la Pharmacie BAILLY, près de la Gare Saint Lazare, qui emploie 100 personnes.

Après avoir passé (avec succès !) le conseil de révision, c’est la débâcle et j’aide la famille DESANLIS pendant l’exode, ou nous avons été bombardés par les Italiens ! Je suis ensuite réquisitionné pour le STO et travaille dans la région Bourgogne dans une entreprise d’abattage de bois et de fabrication de produits chimiques.

Et je pars Faubourg Montmartre après la libération et là, je gagnais plus du double de chez BAILLY. Car j’étais payé aussi à la commission ! C’était l’époque de la morphine, des sulfamides, des calmants. C’était aussi le début des antibiotiques, avec la découverte de la pénicilline. Je gagnais bien ma vie grâce aux pourboires, notamment ceux des dames qui travaillaient dans ce quartier, et qui venaient avec leur « ami », acheter des tas de choses. Et il m’arrivait de coucher à l’hôtel, aux frais de la princesse, pour faire les piqûres aux patients, car il fallait faire les piqûres toutes les trois heures !

Je me suis marié en 1947, avec une jeune veuve qui habitait rue de la Marne, à Eragny. Nous avons d’abord adopté une petite fille, et ensuite nous avons eu deux enfants, une fille et un garçon.

Après la guerre, l’Etat a décidé de créer le diplôme de préparateur en Pharmacie, que j’ai obtenu le 29 septembre 1955, avec mention Bien.

J’étais à cette époque à la Pharmacie LECLERC du Quartier de Chennevières, Place de la Liberté, à Conflans-Sainte-Honorine. J’y ai travaillé pendant 27 ans et ai pris ma retraite en 1980.

Mon épouse est décédée en 2009. Ma fille aînée réside à Eragny, mon fils était à Houilles et vient de partir, à la retraite, pour Forcalquier. La cadette est elle à Clichy. Et moi, je suis revenu à Triel, où j’avais vécu dix ans de mon enfance.

Nous habitions au 75 de la Grande Rue, au-dessus de l’épicerie tenue par mes parents et j’étais voisin d’Yvonne AUROUX, qui a le même âge que moi. On allait dans le jardin de ma voisine chercher les œufs à Pâques. Enfant, mes parents m’appelait « Poulot » car mon prénom, Charles, était aussi celui du frère de ma mère, mort au Chemin des Dames, et elle était trop triste d’entendre ce nom…

Mes camarades étaient Albert GANDOIS, Marcel VALLIN, LE FUSTEC, dont les parents étaient marchands de beurre, et Jean AYME. Avec la famille LEVISTRE, nous allions au marché de Conflans.

Je me souviens aussi avoir appris à nager, à la sortie du puits artésien, avec un homme très gentil dont l’épouse était malade. Et on y faisait même la toilette le samedi…Il y avait sur la Seine de beaux bateaux de plaisance, avec des matelots. On allait chez Mallard, louer des périssoires, pour aller jusqu’à l’Ile de Villennes, voir le camp des naturistes…C’était aussi le début des hydravions, avec des essais sur le grand plan d’eau entre Triel et Vaux. Et nous allions en vélo jusqu’aux Mureaux.

J’étais très copain avec LE FUSTEC, qui était apprenti chez GRELBIN. J’y allais avec lui faire du sport et jouer au ping-pong.

Et puis nous allions aussi au Cinéma, muet bien sûr, mais c’était aussi les débuts du parlant…et de la couleur : Je me souviens de films romantiques, avec Henri Garra et Liliane Hardy. Une voiture passait dans Triel avec un haut-parleur le vendredi pour annoncer le film du samedi…

Depuis 2009, je suis résident à l’AREPA et je suis très heureux d’être revenu à Triel. Et dernièrement, j’ai rencontré par hasard Yvonne AUROUX, qui m’a reconnu tout de suite : « Hé, Poulot GAME, quelle surprise ! »

A la fin du mois de septembre 2012, M. Gamé a quitté Triel et s’est rapproché de l’une de ses filles. Nous lui souhaitons beaucoup de sérénité dans sa nouvelle résidence d’EAUBONNE.

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