L'entretien

 

Entretien de Dominique Aerts avec Geneviève Bierling née Cimolai, 62 ans, en mai 2011 à Triel.

 

ID324-01 Cimolai-Berling.Triel, vue aérienne du quartier de la gendarmerie - collection Kraimps

La gendarmerie, au départ, c'était un très, très beau bâtiment qui devait certainement appartenir à quelqu'un d'assez aisé, c'était plutôt une maison très, bourgeoise, style gentilhommière avec le parc attenant, bien entendu. Le nom des anciens propriétaires, je ne peux pas te le dire, en tout cas, moi je ne l'ai connu que sous la forme de la gendarmerie.

Il y avait là toute une ribambelle de gamins avec les quels on allait, justement, passer la plupart de nos journées de liberté et de vacances, dans ce grand parc où on a fait tous les jeux possibles que tous les enfants peuvent faire. Grimper aux arbres, on avait le droit. Il y avait un grand terrain où on pouvait jouer au ballon. On pouvait faire des tas de choses et ce parc était également utilisé très souvent lorsqu'il y avait des fêtes et particulièrement la fête des écoles.

J'ai eu le plaisir d'y jouer étant petite fille sur une très grande estrade. J'ai, des photos, J'ai quelques photos où je suis bien habillée. Maman nous confectionnait les costumes. On faisait des quadrilles, toutes sortes de danses et de jeux de théâtre. Il y avait des garçons qui étaient particulièrement doués. Il y avait les maîtres, Monsieur Barrat, tous ces gens là. La fête des écoles, c'était là. Ca concernait toutes les écoles de Triel, l'école des filles et l'école des garçons. L'école des filles était située rue Créneaux et les garçons étaient à Jules Verne. Il n'y avait que ces deux écoles. Je ne sais pas si celle de l'Hautil participait. En tout cas, c'était la grande fête, à ce moment là.

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Photo n° 1 : Geneviève en danseuse et Jean Luc Touillet en blanc en 1957
Photo n°2 : Marie Françoise Grellier, Geneviève Cimolaï et Jean Luc Touillet en 1957

 

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Il y avait aussi, mon père, bien sûr, qui était un joueur de boules émérite qui s'appelle la lyonnaise et non pas la pétanque. Il ne faut ne pas confondre les genres, attention. Ils organisaient aussi des tournois de boules dans ce parc, Papa faisait partie d'un groupe où il y avait des gens des Mureaux, des gens d'un peu de partout. Il y avait aussi des boulistes au dessus de la gare mais mon père n'a pas connu, il a connu peut être mais il ne les a pas fréquentés.
Il y avait tout ces gens, monsieur Carminati dont le nom est connu qui était entrepreneur à Triel. Il a encore des frères qui sont là. Il est toujours certainement vivant, ce monsieur, mais il n'habite plus ici. Il habite du côté de l'Eure, par là, je crois. C'était festif, très, très festif obligatoirement. J'ai des souvenirs de petite fille. Je trouvais ça grandiose, merveilleux et formidable.

On y jouait presque tous les jours. C'était le point de ralliement de tous les gamins du quartier avec tous ceux qui habitaient dans la rue Saint Martin qui descend, Il y avait tous ces enfants là. Il y avait les Touillet, incontournables, les quatre frères avec lesquels j'ai été élevée. « Mes petits frères », Jean Luc l'ainé, Jean Michel qui malheureusement est décédé il n'y a pas très longtemps, si, il y a quelques années, maintenant, Jean Pierre, toujours et Jean Louis, le petit dernier. Tous des Jean qui étaient au coin de la rue. Moi, j'habitais en face. La maison a été démolie depuis.

On louait à M et Mme Rousselin qui étaient des agriculteurs de Triel. Ils habitaient au coin de la rue, juste en bas de la rue de Chanteloup, au feu rouge, à la place de l'hôtel des entreprises. Tous ces bâtiments dans lesquels on a habité, ont été rasés pour faire place à cet hôtel. Il reste la maison de famille des Rousselin, le long de la rue, celle avec des fenêtres très basses.
Là aussi, on a joué dans « cette ferme » très régulièrement, d'autant plus qu'il y avait le cheval qui nous intéressait. Il s'appelait Madère. Ah, Madère. Il était magnifique, blanc pommelé, il me semble. C'était un percheron avec de bonnes grosses fesses. Il était magnifique.
Il y avait Madère à l'écurie. J'adorais aller dans l'écurie, je trouvais que ça sentait très bon. J'aime les odeurs d'écurie et d'étable.

Sur une photo du coin de la rue de Chanteloup, on voit une partie de la maison, très, très vétuste avec un ravalement, très gris comme on peut encore en voir aujourd'hui à Triel, de moins en moins, mais ...
On habitait là. Il y avait toute une dépendance, une très grande cour divisée en une petite cour avec le côté où, nous, nous habitions, où la grand-mère Rousselin habitait. Il y avait encore un tout petit, vraiment minuscule appartement que mon oncle et ma tante qui habitaient Asnières louaient pour venir en week end, par le train. Il y avait cette petite courette où on jouait et puis la grande cour où il y avait le poulailler, le clapier à lapins, un grand hangar dans lequel on garait le tracteur, les charrettes à l'époque et des dépendances sur le coté. C'était très grand.
J'ai toujours habité là, jusqu'à mon mariage.

Quand je me suis mariée avec Jean Marie, on a habité rue Paul Doumer, l'appartement au dessus de l'atelier de mon beau père, le tailleur Bierling. Là, où se trouve l'Italien, au 206 bis rue Paul Doumer, aujourd'hui. Mon beau père était là depuis presque 40 ans. Il est arrivé à la naissance de Jean Marie jusqu'à ce qu'il cède le bail, le commerce.
Mes parents ont vécu d'abord, juste en face de leur nouvelle maison, au 48 rue Paul Doumer, en face de l'allée des Tilleuls, dans un petit appartement, très petit au moment de la guerre. Quand je suis née, très peu de temps après, ils sont allés dans cet appartement un peu plus grand, au 52 rue Paul Doumer.
Quand je suis revenue de Rennes, j'ai habité au 114 rue Paul Doumer, anciennement chez Bellemère, le grand de père de Daniel, l'instit. J'y ai habité avec Jean Marie en tant que mère et épouse.
Je n'ai connu petite que le 52 rue Paul Doumer, que ce coin là. Mes parents ont acheté la maison où est mon frère, allée des Tilleuls, j'avais déjà mon fils aîné, en 1973. Ils sont toujours restés dans le quartier, à 30 mètres près.

Dans ce parc, il y avait aussi, ce fameux bouilleur de cru. Il venait tous les ans. Il récupérait les quetsches des agriculteurs du coin qui désiraient faire de la goutte. Tous les ans en bas de ce parc, c'était toute une effervescence à ce moment là. A la fin, j'ai le souvenir de tas de noyaux qui restaient et de cette espèce de mousse violacée qui avait une odeur un peu particulière, pas très agréable, pas très plaisante au bout d'un moment C'était aussi un des événements de l'année du coin.

Quand on allait faire des courses en ville, on disait qu'on allait dans le pays « je vais dans le pays ». Tous les jeudis, on allait au marché, il y avait cet immense marché, et chez le pharmacien, incontournable, et chez M Joly Albert pour acheter des bricoles, des vêtements en face du pont, au 148 rue Paul Doumer, le tissu chez Mme Guillon, les photos chez M Géo ou M Taveau, le père de Mme Guillon Christiane. Et le cordonnier handicapé, en bas de la rue des Créneaux, à la place du Fontenoy, ce café. Quand tu entrais chez ce monsieur, c'était impressionnant pour un petit enfant. C'était sombre, déjà lui avait une apparence, il était très gentil mais un peu impressionnant, un peu inquiétant, C'était très sombre Il y avait des monticules de chaussures avec une odeur de cuir très prononcée. J'avais toujours une petite appréhension quand on entrait. Il s'appelait Paulo, si je ne me trompe pas, son nom de famille, je ne sais pas. Je demanderai à ma sœur qui est plus grande et qui a une meilleure mémoire que moi.

 

ID324-05 Cimolai-Berling.Ma famille est d'origine italienne, d'un village à 80km de Venise, dans la province d'Udine, à Pordenone, Vigonovo,Vinouf, en dialecte. Moi, j'ai plutôt entendu parler le dialecte que l'italien pur. Chez ma cousine, ses parents ne parlaient pas du tout l'italien, mon oncle ne voulait pas. Chez moi, mon père ne parlait pratiquement pas, Maman s'exprimait en dialecte, peut être un peu d'italien comme çà mais plutôt le dialecte et le français. Quand elle s'énervait, un peu plus fort que d'habitude, les deux se mélangeaient. Ma mère a marqué les gens par ses fameuses meringues et par sa personnalité, un peu forte. Elle aimait beaucoup la vie. Elle a eu des moments très difficiles dans la sienne comme tous les gens de l'époque mais elle savait donner cette envie de bonheur malgré les épreuves. C'était marquant.
Mon père était dans le chauffage central, pas plombier. Maman tenait la maison. Elle a fait aussi des ménages chez les gens du quartier, chez les Touillet. C'est comme ça qu'on est devenu famille. On a été très proche, on l'est toujours. On a crée des liens forts. Elle a également gardé pendant des années la fille d'un gendarme.
C'étaient des gens modestes mais très, très courageux et fiers.

Pour en revenir au parc, il y avait ce fameux chien policier qui était entrainé par « M Glaumo » qui avait deux garçons et qui a fait des performances. Je crois qu'il a mis en déroute des malfrats, mais je ne sais pas dans quelles conditions et quel genre de trafic. Il l'entrainait dans le parc, dans la journée. Il lui faisait faire un parcours de chien de combat. Un magnifique berger allemand, Ajax. Il était beau.

 

ID324-06 Cimolai-Berling.La gendarmerie, côté parc, avant sa démolition, aôut 1989

 

La gendarmerie a été construite il n'y a pas très longtemps mais les immeubles des Régates, vers 66.
Dans l'ancienne bâtisse de la gendarmerie, très élégant bâtiment, on entrait dans un grand hall avec un immense escalier aux rampes en fer forgé, qui menait aux étages où il y avait les appartements de fonction. C'est là que j'ai connu mon amie Marie Françoise puisque son papa, M Grellier, était chef de la brigade à cette époque, après il a été assureur puis agent immobilier à la place de Guy Hocquet au 119 rue Paul Doumer.
Le bâtiment était assez ancien, sur le côté, je pense qu'il y avait des écuries. Quand tu entrais, il y avait le bâtiment et en face deux petites prisons avec une porte et l'appartement des « Glaumo », il me semble, près des écuries. Les prisons servaient à mettre des gens avinés qui tambourinaient contre la porte en criant des noms d'oiseaux. Ca ne servait qu'à ça. Il n'y avait pas grand monde, ce n'était pas méchant. Mais c'était tout de même la prison.

Les Touillet, Ghione, Faye étaient approvisionneurs aux Halles.

M et Mme Pion qui habitaient rue des Créneaux en descendant, dans la maison en meulière sur la gauche, le long de la rue du Montoir, la grand-mère habitait en face, apportaient leurs fruits à Lucien Touillet qui se chargeait d'aller les vendre à Paris, aux Halles. Il les récupérait, les triait sur place et les mettait dans des cageots avec de la fibre. Nous, on a joué là dedans des heures et des heures. Le soir, il emportait ça aux Halles. Il allait aux Halles presque tous les jours. C'était surtout des fruits dans mon souvenir, qu'il enrobait dans la fibre car il n'y avait pas de plateaux alvéolés pour qu'ils ne se cognent pas, qu'ils ne s'abiment pas. Ce n'était pas en voiture à cheval qu'il allait aux Halles mais en camion, un camion Unic, c'était le plus beau des camions, le meilleur des camions.
Avec les Faye, ils étaient amis de toujours, ils faisaient le même travail tout comme avec la famille Ghione qui habitait la ruelle en face de l'épicerie Aroua, rue Moinot.

Il y avait beaucoup d'agriculteurs à Triel. Autour de chez moi, il n'y avait que des agriculteurs : les Rousselin d'un côté, les Tréheux un peu plus loin que la gendarmerie,
Les Touillet au coin de la tue du Pavillon, les Touillet en face d'ici. Moi, j'étais dans un quartier agricole, la France profonde, en ville c'était les quartiers chics.
Quand on allait faire des courses, soit on allait « aux pays », soit on s'arrêtait à la petite épicerie qui était tenue par M et Mme Mercier, on allait chercher pas mal de choses et la boulangerie au coin de la rue du Pavillon.
En face, il y avait la plâtrière (groupement de kiné, actuellement, au 55 rue Paul Doumer). Je ne me souviens pas ce qu'on y faisait. Est-ce qu'on mettait le plâtre en sac ? Est- ce qu'on transformait la pierre. Des personnes plus âgées pourront donner des informations.

Voilà, ce sont surtout des souvenirs de gamin. Ce sont des choses simples, en fonction de mes souvenirs propres.

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