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L'entretien

 

Entretien de Dominique Aerts avec Guy Huet, 76 ans et demi, dans la demeure familiale à Triel.

 

Je suis né en 1934, le 12 octobre à Paris parce que ma mère a accouché à Paris mais ma famille habitait Triel
Une dizaine de familles trielloises habitent à Triel depuis 1550,- 1580 ; Badaire-Bellemère- Boucher-Dupuis-Gersot (grand père de Jean Aymé) –Huet- Michel-Pion-Solleret-Tissier- Tréheux et Vallin.
Le 57 rue des Créneaux, c'est la maison de famille.
Mon ancêtre, sur le tableau, vers 1789, c'est Jean Claude Huet, c'est mon arrière, arrière, arrière grand père. La famille est là depuis au moins 1643.

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Jean Claude Huet - 1789

Mon père, René, était dans les fruits et légumes, au départ il était dans la culture puis approvisionneur aux Halles de Paris. Il a commencé en 1927, il s'est marié en 27. Il a commencé là.
Ma mère travaillait aussi, c'est complexe. Elle avait le commerce, elle s'occupait un peu de la comptabilité.
Après, il ya eu la guerre, mon père a été prisonnier pendant 5 ans, c'est elle qui a tout assumé.

Elle allait aux Halles à Paris, elle traversait la Seine en barque car les ponts étaient coupés, elle prenait le train à Vernouillet et passait par Saint Nom La Bretèche avant de gagner les Halles. Quand elle partait elle ne savait jamais à l'heure qu'elle allait rentrer.
La marchandise partait de Chanteloup, par la maison Sandron. Les transporteurs livraient à Paris et elle arrivait pour la vente.
L'emplacement changeait tous les jours mais c'était prévu d'avance. Les Halles étaient un petit bout de la rue de Rivoli, mais pas beaucoup, boulevard de Sébastopol et des rues adjacentes. Comme il y avait des endroits plus éloignés, tous les jours, on avançait un peu parce qu'il y avait des endroits un peu mieux, il ne fallait pas que ce soit toujours les mêmes mais en principe, ils avaient leurs clients tout le temps. Mais il fallait que ce ne soit pas toujours les mêmes qui soient le plus loin.

C'était pareil du temps de mon père. Mon père s'est arrêté en 62 après que je me sois marié en 1958 en rentrant de l'armée. J'ai repris la culture, j'ai repris des arbres à un oncle à Menucourt parce que c'est ce qui me plaisait plus, plutôt que le commerce. Je les ai gardé jusqu'en 70 où on a ouvert la petite boutique 57 rue des Créneaux. J'avais trop la haut, on a abandonné et j'ai gardé un peu Triel, puis ma femme est décédée et ....

A Menucourt, on avait des pommiers, des poiriers et des quetsches comme à Triel.
A Triel, nous, on n'a pas cultivé de l'abricotier royal, l'abricot de Triel était plus régulier en production, il était plus sucré. Nous, on cultivait des pommiers, des poiriers, on faisait de la quetsche.
C'était dans la plaine et dans la côte. L'abricotier royal était cultivé en allant sur Vaux, sur les coteaux. Il était énorme et très juteux mais peu productif. Il y avait des années ou il n'y avait rien. Il en restait très peu alors.
A Triel, il y avait beaucoup de cerisiers dans la plaine au dessus de la ligne de chemin de fer
En direction de Chanteloup, c'était des terres sablonneuses donc tu ne pouvais pas faire pousser grand-chose, des poireaux c'était possible mais c'est tout. En bas, c'était une plaine d'épandage donc on pouvait faire des pommiers, des poiriers.
Le cerisier, ça marchait bien, puis tout a été abandonné. Qu'est ce que tu veux faire...

J'ai commencé en 40, à l'école Notre Dame, les sœurs sont venues aussi d'Alsace. Ces gens étaient sur la ligne de front en 1940, à Matzenheim, dans le Bas Rhin à 8 - 10 km de la ligne.
Ils sont partis à Tournan en Brie. Ce n'est pas la même communauté que les frères des écoles chrétiennes.

L'école Notre Dame était dans le haut de la rue Saint Vincent, les sœurs devaient venir d'Alsace. Je ne sais pas combien de temps, elles sont restées, je ne me rappelle plus. Il y avait même une chapelle, on allait dès fois à la messe avec ma mère et ma grand-mère, le dimanche matin. Dans toutes ses communautés, même chez les femmes, il y avait une chapelle, on pouvait se recueillir. C'était les sœurs qui nous faisaient le caté.
Le matin on avait instruction religieuse : un jour caté, un jour histoire sainte, un jour caté un jour histoire sainte et le père Marquaire, (le père Hérissé est arrivé en 1944), venait deux, trois fois dans l'année. On se réunissait dans la petite chapelle, au moment de Noël, je me rappelle il faisait une crèche magnifique dans la chapelle, un petit coin, c'était une pièce assez grande, il y avait des grandes pièces dans cette grande maison qui a été démolie, j'ai toujours aimé les maquettes.

 

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Institution Saint Joseph à Cheverchemont, classe de 5è en 1947

Je suis allé à Saint Joseph en 42. Ils ont dû partir en 45. Ils sont restés un an ou deux après la guerre. J'ai passé mon certificat en 48 et j'ai tout de suite travaillé avec mes parents. J'ai commencé tout gosse, la dedans.
J'ai fait partie des Cœurs Vaillants (patronage paroissial) mais pas de l'Avenir, j'en ai fait jamais partie, c'était Gilbert Rodier, Pierre et Jean Malassigné.

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Les Cœurs Vaillants

Les Alsaciens avaient favorisé les échanges commerciaux avec la quetsche, c'est comme ça que j'ai connu ma femme.
Avec mes parents, on était bien avec les frères puisque j'avais été à l'école et à la cantine, il n'y avait pas des fruits toujours et les frères venaient chercher les fruits chez nous.
Les frères venaient souvent, ils y en avaient deux, trois qui connaissaient bien ma grand-mère, ma mère et tout çà...
Quand mon père est revenu de captivité en 45, les frères étaient toujours là et en 46- 47 on a demandé à être en relation avec quelqu'un en Alsace pour faire des saisons de quetsches et de mirabelles. Il avait énormément de quetsches et de mirabelles.
Ils nous ont dit : « Si on va voir, » et un jour ils sont revenus, « bien tiens on va vous mettre en relation avec quelqu'un » et c'était mon futur beau père qui était un de leurs anciens élèves, Matzenheim, là où ils étaient, était son pays natal. Lui a été au collège et faisait partie des anciens du collège. On a donc été en relation avec mon beau père, mes parents travaillaient, ils sont devenus amis, ma femme est venue en vacances, elle ne connaissait pas Paris et la mer, je suis allé en Alsace. Quand on était gosses, on ne s'entendait pas du tout puis vers 18- 19 ans, cela a commencé à changer. Elle s'appelait Paulette Hettler pas Hitler.

En Alsace, pendant la guerre, mon beau père travaillait dans une banque. A l'époque, c'était le Crédit Mutuel, de maintenant. Les Allemands avaient implanté ça eux, sur l'Alsace et la Lorraine. Il y avait des réunions, les employés étaient obligés de faire le salut Hei Hilter et mon beau père disait toujours Hei Hetter.

Dans la rue du Pont, il y avait une imprimerie, Alacatin, c'était avant M Bril et
M Nourrisson. Il faisait imprimeur, il vendait aussi des crayons et des cahiers, des trucs comme ça. Il faisait des cartes de visites, des faires parts, ...
A l'époque, il avait pleins de combines pour faire des copies. Il n'y avait pas de carbone.

Des fêtes, je me rappelle surtout en 45, l'armistice signé, 2 – 3 jours, c'était la liesse. Il y avait aussi des kermesses, des défilés de chars fleuris (des vélos, des landaus). C'était à la Pentecôte ou août, tous les ans.
Il y avait une fête importante, l'année de la libération au niveau de la gendarmerie, c'était une propriété qui donnait sur la Seine. C'était très grand, il y avait un bal pour les jeunes, le débarquement n'était pas fait.
Il y avait des espèces de fêtes.
C'est dommage, c'est Michel Bagros qui a des films, et il y a ceux de M Saloz.

En classe, j'étais avec Gérard Michel, on me pose une question sur le complément d'objet direct, lequel je dis comme ça, je demande à Gérard. Pris sur le fait, on a été punis tout les deux et la punition, c'était des coups de règle sur les doigts. On ne rigolait pas.
Ce frère, copain de mon beau frère, ce frère Romain était à Triel assez longtemps puis à Mulhouse, puis à Madagascar. Je l'ai revu en Alsace, il y a trois ans, il avait 94 ans, il avait une mauvaise vue, il se faisait soigner.
Ce gars là dit à mon beau frère : « Tu peux dire à Guy, il y a le frère Romain à Andelau ».
Avec ma belle sœur, on y est allé et on a bu une bouteille de Muscat d'Alsace et je lui ai dit : « si j'avais pensé quand vous me bottiez les fesses qu'un jour on boirait une bouteille de vin d'Alsace, ensemble ».
Ma mère m'avait fait sortir de l'école à Pâques, elle trouvait que ce n'était pas assez serré. Les élèves des frères étaient beaucoup plus en avance sur le programme, ils avaient déjà appris la division. Au tableau, j'avais du mal. Quand je ne savais pas, il me bottait les fesses. On a rigolé. C'est des bons souvenirs.
Les frères avaient des bons résultats, ça marchait bien chez eux.
Après, ça été M Henrion, ça du aller jusqu'en 1950, j'ai continué avec lui et j'ai passé mon certificat en 48. C'était une école libre. Après, ils sont partis en Bretagne.
Jean Jolly peut te renseigner car il est resté en contact avec leur fils.

Dans la liste des cafés de Triel, pour 2000 habitants, il y a 27 cafés, à Pissefontaine, l'Hautil,
chez Madame Titine, c'est le Café de la Mairie, il existe toujours, etc...

 

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Chez Titine, le café avec un store, à droite, rue Paul Doumer.

A l'époque, les gens n'avaient pas les moyens de maintenant, les hommes n'avaient pas toujours de vin à la maison. Certains travaillaient dans les champs, d'autres dans les carrières, aux champignons. Les gars rentraient, c'était des fois une femme qui tenaient çà, elle avait une espèce de oui oui.
Ils prenaient une goutte ou un verre de vin.

Pour les carrières, je ne sais pas très bien. Il faudrait demander à M Biget ou à M Bréant.

 

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