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L'entretien

Entretien de Dominique Aerts avec Jean Charles Ciza, 67 ans, en mai 2011, en sa demeure à Triel.

Je suis né le 1er juillet 1944, à Vaux où vivaient mes grands-parents maternels, car des avions alliés lâchaient, le jour précédent et ce jour là, des « paquets de tracts » (comprendre des bombes) destinées à la gare de triage de Vernouillet mais dont certaines menaçaient Triel et mon père a trouvé judicieux de nous - ma mère et moi - décaler de l’axe de vol des avions.

Je suis le fils de Marcel Ciza, né en 1904 à Triel et d’Eugénie Loiseleur, née en 1905 à Bourray sur Juisne, dans l’Eure et Loire. Je suis physicien - informaticien, donc de formation scientifique.

Mon plus vieil ancêtre connu, Lazare Ciza vigneron tonnelier dans le Buget (Ain - Jura), est né vers 1694 et est mort en 1764 à Saint Sorlin en Buget. Son fils Joseph Ciza, également vigneron tonnelier, est né en 1728 et est mort en 1783 à Saint Sorlin en Buget.

Son petit fils, Gabriel Ciza, a débuté vigneron tonnelier puis est devenu compagnon charpentier. Il est né en 1761 à Saint Sorlin et est mort à Puiseux – Pontoise (Val d’Oise) en 1822.

Gabriel est parti de Buget pour son tour de France de compagnon et est arrivé chez un cousin éloigné qui était maitre charpentier à Pontoise, M Baton, témoin de son mariage.

Je suis heureux que quelques-uns de ses outils soient parvenus jusqu’à moi :

-          Son Compas de charpentier. (Fig. 1)

-          Son pied de mesure (Fig. 2) a été acheté à Paris en 1772, la date est gravée sur son outil et il est arrivé à Puiseux en 1783, donc avant la révolution. (à cette époque, l’unité de mesure en France était le pied (du Roi) de 32.484 cm, divisé en 12 pouces de 2.707 cm, divisés en 12 lignes de 0.226 cm …

-          Un compas de proportions, sorte d’ancêtre de la règle à calcul, permettant, entre autre, de bien concevoir les charpentes. (Fig. 3)

 

Outils du compagnon -charpentier Gabriel Ciza vers 1770-1773

  1. : Compas (Gravé IESU MARIA IOSEPH)
  2. : Pied pliant (signé du fabricant : Maillez à Paris 1773)
  3. : Compas de proportions

ID360 05-Ciza ID360 04-Ciza

 

Pied pliant (signé du fabricant : Maillez à Paris 1773)

 

 

 

 Le fils de Gabriel, Jean Gabriel est né en 1784 à Puiseux. Il était charpentier, entrepreneur en bâtiment. Il est mort en 1850 à Triel dans la demeure d’un de ses fils.

Ce Jean Gabriel Ciza a eu deux fils, Louis Gabriel Désiré, né en 1813 et Louis Eugène Ciza, charpentier à Triel, né en 1817 à Puiseux et mort vers 1853, on ne sait pas où, certainement sur un chantier. Il était marié à Louise Legras, couturière, née en 1814, au Luxembourg et morte à Triel en 1860.

Ils ont eu deux fils,

Martin Eugène, militaire, appartenant à une compagnie d’ouvriers bâtisseurs (ancien nom du génie militaire), charpentier pour la construction de ponts et mort de dysenterie pendant la guerre du Mexique en 1863. Il est inscrit sur le monument aux morts de Triel.

Le deuxième fils, Charles Arthur, né en 1849 à Triel, menuisier, puis « propriétaire rentier » selon un acte d’état civil, est mort en 1915 à Paris, d’un accident. Il était marié à Clémence Eulalie Ligat de Meulan. Ils ont bien réussi, ils sont propriétaire du 127 rue Paul Doumer, du 18 rue des Créneaux et du 18 rue Paul Doumer, maisons qu’ils ont fait construire. Grace à la dot de mon arrière grand-mère, Clémence Eulalie Ligat, mon arrière grand père avait pu acheter le 127 Grande Rue, aménager l’atelier derrière et l’équiper en outillage.

ID360 01-CizaAtelier de menuiserie du 127 Grande Rue à Triel

Charles Ciza au centre et Marcel Ciza à droite vers 1924

Ils ont eu trois enfants dont Charles Louis Eugène Ciza, né le 24 février 1873 à Triel et mort le 05 novembre 1939 à Triel, mon grand père, que je n’ai pas connu.

Mon grand père était entrepreneur de menuiserie charpente, au 127 Grande Rue à Triel.

Il se marie avec Clothilde Lamiraux, fille d’un agriculteur et maire de Villennes et ils ont deux fils

Marcel Charles Eugène Ciza, artisan menuisier charpentier, né le 5 octobre 1904 àTriel et mort le 18 novembre 2001, en Bretagne. C’est mon père. Ma mère s’appelle Eugènie Marie Loiseleur, née en 1905, à Bourray sur Juisne et décédée en 1991 à Poissy.

Et Georges, mon oncle. Qui, à la fin de la guerre, a travaillé pour la Société Les Grands Travaux de Marseille (G.T.M.),puis directement pour EDF au canal parallèle au Rhin, de Bâle à Strasbourg. Il a participé à la construction des centrales électriques au fil de l’eau sur ce canal mais pas aux centrales nucléaires postérieurement installées sur les sites des barrages.

Georges a eu 5 enfants dont mon unique cousine Chantal, née dans la carrière La Bérangère  le 29 Août 1944 pendant la libération de la région parisienne.

En octobre 1939, mon grand père accompagne ses deux fils mobilisés pour la guerre à la gare.

Au retour, il déclare à ma  mère : « j’ai fait la guerre (de 1914), on m’a dit que c’était la dernière, pour que nos fils ne vivent pas ça, je viens d’y envoyer mes deux fils, la vie ne vaut plus la peine d’être vécue, je monte me coucher et je ne sortirai de ma chambre que les pieds devant »….. Il est mort le 5 novembre 1939.

Mon père, Marcel a été dans le Génie pendant la guerre de 39. Il a été fait prisonnier et il s’est « évadé » officiellement : Il a été rapatrié comme ancien combattant de la guerre de 14, en se vieillissant. Il est né en 1904 et sur l’acte de naissance envoyé par ma mère, les prisonniers devenus « faussaires » du stalag de Trèves, ont remplacé la véritable date de naissance par 1900. Mon père déclara alors avoir été engagé volontaire en 1917 lors la première guerre. Sur l’acte de libération en allemand tapé à la machine, se trouve une annotation au crayon rouge : « nicht ganz sicher », (pas tout à fait sûr !)

Mon père a pris la suite de son père, au 127 Grand Rue. Il a travaillé jusqu’à 65 ans et il a continué bénévolement à La Part Dieu à Poissy, à coté du lycée Le Corbusier à fabriquer, entre autres, les meubles des chambres, l’ameublement et le lambrissage de la chapelle ainsi que les tables du réfectoire. Le père Evrard était mon aumônier de lycée à Saint Germain. Quand il a été chargé de créer La Part Dieu, il a pris le fichier des anciens élèves pour retrouver ceux dont les parents étaient « dans le bâtiment ». Je le revois arriver au 127, en soutane trouée, tachée de plâtre avec un vieux chapeau scout sur la tête et demander à Papa, s’il pouvait les aider le samedi, dimanche et utiliser son atelier. Papa l’a fait pendant 10 ans, jusqu’à 65 ans. Pour sa retraite, le père Evrard a demandé :’vous comptez faire quoi de vos machines ? Je vais essayer de trouver un repreneur sinon, je bazarde. Le père Evrard a dit »si vous ne trouvez pas, je reprends le tout. » C’est ainsi que les machines sont parties à La Part Dieu, au sous sol, dans un espace atelier. Le père Evrard « maintenant que j’ai les machines, il me faut quelqu’un pour les faire tourner »….. Mon père a participé à cette œuvre jusqu’à l’âge de 82 ans.

 ID360 03-Ciza  La Part Dieu à Poissy – foyer de charité

Pour ce qui me concerne, lorsqu’à 10 ans, sortant de l’école Notre Dame, un peu avant la fin des vacances, mon père m’a fait venir dans son bureau (parce que les choses sérieuses, c’était dans le bureau !) et m’a dit : » La prochaine année scolaire, tu vas aller au lycée à Saint Germain, car la menuiserie, c’est fini. Tu ne gagneras pas suffisamment ta vie dans ce métier. Tu vas faire des études, je t’aiderai tant que je pourrais ensuite tu te dé….brouilleras !».

A l’époque, il y avait en effet trois menuisiers à Triel, : M. Cauchois, rue de Chanteloup, M. Bellet, 108 rue Paul Doumer et mon père, qui fut le dernier en activité 10 ans plus tard.

Mon père était lucide. Mon grand père avait commencé avec trois compagnons et deux apprentis plus mon père de 1923 à 1939, il y eu la guerre et l’atelier ne comptait plus qu’un ou deux compagnons et un apprenti après celle-ci. Mon père a terminé seul en 1965, il avait donc compris à temps qu’il n’y avait plus d’avenir dans la menuiserie à Triel.

Son dernier compagnon, Louis, a été bien formé, il a épousé la fille d’un menuisier d’Ecquevilly. Il a été agréé par les Monuments Historiques. Il a réalisé dans la région plusieurs portes d’église ainsi qu’une charpente de marché couvert sous le contrôle de cet organisme. Mais lui aussi n’a pas trouvé de repreneur compétent à l’âge de sa retraite.

Mon grand père, Charles et mon père Marcel, ont travaillé ensemble pour les charpentes, les parquets et les aménagements des grandes maisons sur la rue Paul Doumer vers Vaux. C’était le même donneur d’ordres, un parisien.

J’ignore si c’est Charles Arthur ou Charles Louis qui a refait une partie du mouton de la cloche de l’église de Triel. En tout cas, le nom de Ciza y fut gravé, je l’ai vu quand j’étais enfant de chœur. Existe-t-il toujours ? Je me souviens avoir loupé une marche de l’escalier montant au clocher, tellement il y avait de poussière de pierre accumulée sur celles-ci.

Les liens avec les familles de Triel remontent à plusieurs générations avec la famille Aleaume. Sinon, je me souviens d’une cousine éloignée qui sortait de l’école Notre Dame quand j’y rentrai, une grande, belle fille rousse du nom de Line Pastorelli.

J’ai participé à l’inauguration du pont en 1956 comme enfant de chœur, à côté de l’abbé Michel Malassigné. L’autre enfant de chœur à la gauche de l’abbé Guillou est Jean-Pierre Leguay dont les parents tenaient le magasin « Le comptoir Français » au 151, rue Paul Doumer.

ID360 02-Ciza           Bénédiction du nouveau pont de Triel - 21 octobre 1956

A propos des cloches de l’Eglise, je me souviens du jour où la cloche s’est fêlée et de son bruit de casserole, du jour de l’arrivée de la nouvelle cloche et de son baptême. Des petites cloches en bronze avaient été offertes en souvenir à tous les souscripteurs de la collecte pour la re-fonte de cette cloche.

J’ai été un des premiers triellois à avoir eu des relations avec Selingenstadt.et à être rentré dans la mairie de cette ville, à 17 ans.

Mon père m’avait mis au lycée en allemand première langue. J’avais un bon prof, Monsieur Eugène qui habitait Villennes. En 1956, j’avais 12 ans, il a proposé de mettre sur pied des échanges scolaires. Ce que mes parents ont accepté de suite.

Je suis arrivé dans une famille de médecins où tout le monde parlait bien le français. De plus la ville de Tubingen était une ville de garnison française. Il y avait quasiment plus de français que d’allemands. Eux étaient en restriction et les pièces de 20 centimes remplaçaient avantageusement le mark dans les distributeurs automatiques. Je faisais mes provisions de chocolat au mess des officiers français. J’allais une fois par an pour les vacances à Tubingen.

Plus tard, Vernouillet s’est jumelée avec Hainstadt (aujourd’hui Hainburg). Comme M. Mahler, Maire de Vernouillet, demandait des jeunes d’alentours parlant allemand, j’y suis allé et j’ai trouvé à cette occasion un nouveau correspondant qui a même été mon témoin de mariage et avec lequel nous sommes toujours en relation. Le maire de Triel, Monsieur Champeix, m’a remercié d’avoir été à Vernouillet et dit qu’il envisageait un jumelage pour Triel. Il m’a chargé de regardé dans la région de Hainstadt et j’ai répercuté l’info en Allemagne. Il y a eu prise de rendez vous avec le bourgmestre de Selingenstadt.

Dans les prémices du jumelage, il y a eu une réception au restaurant La Frégate (place Foch) et le cantonnier de Triel qui était d’origine Suisse allemande a servi d’interprète. On lui avait passé un costume et il était étriqué dans son habit.

J’ai été vice président à l’Amitié Européenne pendant une dizaine d’année et j’ai arrêté quand l’Europe a perdu son aspect « Europe des Peuples » pour celui d’ « Europe des marchés ». Le premier président de cette association a été Monsieur Beaujard, conseiller municipal.

Un autre conseiller, monsieur Maurice Solleret, a créé le Gast, en concurrence avec l’Amitié Européenne. Cela a cassé la dynamique et a provoqué des remous. Finalement, l’A.E.T. a gardé l’aspect culturel et les séjours scolaires.

Avec Rémi Barrat, conseiller municipal, qui a crée l’association Rencontres à l’échelle cantonale qui avait pour finalité de s’occuper des jeunes défavorisés et de les emmener en vacances, les deux associations bénéficiaient, fin juin, d’un terrain d’un ancien sémaphore de la Royale (Marine Nationale), à la pointe ouest de Groix. Rémi avait obtenu du Ministère de la Jeunesse des tentes, des canadiennes et même des voiliers, des vauriens et une caravelle, 20 vélos, des sanitaires bien équipés et pour la sécurité des gilets de sauvetage et un petit bateau à moteur de 9.9CV (conduite sans permis). Nous avons fait la reconnaissance des lieux et le premier transport de matériel à 3 ou 4 voitures en mai avec M. & Mme Lacroix de l’Amitié Européenne.

Pendant le mois de juillet et le mois de septembre, nous organisions les camps de Rencontres et ceux de l’Amitié Européenne, avec 20 à 25 jeunes de chaque nationalité, des Anglais de Greenwich, des Allemands de Selingenstadt, des Hollandais de Hessen jumelés avec Selingenstadt et des Français de Triel. On tournait sur les 4 pays à tour de rôle. La rentrée scolaire se faisait le 1er octobre à cette époque.

Pour rentabiliser le terrain, évité de démonter le camp et pouvoir souffler, l’encadrement des deux associations passait ses vacances familiales à Groix en août. Nous nous sommes parfois retrouvés à 50 personnes avec les accompagnateurs des enfants étrangers et leur famille. Avec Rémi, nous avions lancé une activité de pêche. J’ai acheté à la coopérative de Lorient un filet et deux casiers, le matériel auquel on avait droit. 9 fois sur 10 on pêchait de la vieille (poisson de roche surtout riche en arrêtes !), au bout de quelques jours, même si les poissons pesaient 3kg, plus personne n’en voulait!!. Le lendemain d’un grand coup de vent, nous avons relevé le filet avec un bar de 4,5 kg, 2 rougets de 1kg, plus beaucoup d’algues qui finalement cachaient un homard de 5kg. L’histoire a fait le tour de l’île !.

M Barrat avait eu un barnum conséquent qui donnait la possibilité de salle à manger et de salle de réunion. J’ai bricolé des supports de réchaud et j’étais chargé de ramener la remorque de matériel à Triel pour l’hiver, soit un barnum, 3 tentes maréchal et 20 canadiennes.

Madame Barrat faisait la « cantinière» pour tout le monde pendant le mois d’août pour 20 à 50 personnes.

N’ayant pas de bafa, l’encadrement de l’association Rencontre a été remplacé par un professeur de gym du lycée de Poissy, soutenu par le maire de l’époque de Verneuil et a rapidement disparu.

En ce qui concerne le club des jeunes de Triel, j’ai simplement lancé l’idée avec Alain Guillon. Nous sommes allés voir M. Champeix et lui avons dit « vous avez parlé de maison de jeunes, nous avons les jeunes, donnez nous la maison». Rémi Barrat était le seul responsable adulte, tout le reste de l’encadrement, c’était des jeunes.

J’ai fait parti d’un groupe de musique les « Korrigans » avec Alain et Jean Marie Guillon et Michel Campion. Ca n’a pas duré longtemps, c’était à la grande époque des « Chaussettes Noires ». On animait des soirées.

 

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