Entretien de Dominique Paillet- Aerts avec Françoise Solleret épouse Del Rio en sa demeure
à Triel, le 21 août et le 27 novembre 2012. 81 ans.

 

Mes grands-parents Solleret habitaient au 211 rue Paul Doumer, ils avaient 5 enfants. Mes grands-parents Régnier habitaient au 185 rue Paul Doumer, ils avaient 3 enfants. Ma grand-mère Solleret, lorsqu'elle s'est retrouvée seule et âgée est venue habiter une petite maison au 7 rue de Seine, mes parents Robert Solleret et Jeanne Régnier sont nés tous deux à Triel. Mon père était installé plombier couvreur au 234 bis rue Paul Doumer. Il a employé beaucoup de Triellois et formé de nombreux apprentis.

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Moi, je suis née au 234bis, rue Paul Doumer où j'habite toujours. Ma naissance a un peu bousculé ma grand-mère maternelle qui était fleuriste (entreprise de jardiniers-horticulteur-paysagistes,rue Galande). Six jardiniers y travaillaient et aussi mon grand-père et mon oncle.

En effet, c'était la veille des Rameaux et à cette époque, on déposait sur les tombes, le jour des Rameaux, des petites couronnes de buis garnies d'immortelles, après la bénédiction à la messe des Rameaux. Je lui ai un peu compliqué son travail! Mon enfance a été heureuse avec ma grande sœur, Yvonne et mon grand frère, Maurice.

Dans les années 1930-1940, le confort dans les habitations n'était pas parfait. Mon père étant plombier, nous avions la chance de profiter d'une salle de bain(on ne disait pas une salle d'eau), du chauffage central (au charbon et bois). Notre cuisine, aménagée par mon oncle Edouard Lecomte (menuisier, ébéniste) était rationnelle. La lampe qui nous éclairait avait un système de contrepoids qui permettait de la monter et descendre, cela facilitait, la lecture, la couture.

Quelques souvenirs importants pour moi sont restés dans ma mémoire.

  • Les petites filles portaient des culottes « Petit Bateau » qui tenaient par des boutons sur une sorte de corset à bretelles; je ne supportais pas ces corsets et avec des ciseaux, j'enlevais les baleines et le résultat était un peu bizarre !... le problème, c'est que ma tante Madame Edouard Lecomte (sœur de mon père) était corsetière et fournissait toute la famille en corsets, j'avais donc droit après mes exploits, à un nouveau corset et de nouvelles baleines.
  • ID409 04 L400 MV Françoise Del RioLa Loterie Nationale: la Loterie Nationale a débuté après la guerre de 1914, pour aider les soldats qui avaient été gravement blessés. Cela s'appelait « Les Gueules Cassées ». Lorsque les premiers postes de radio sont arrivés, mes parents qui en avaient un, le mettaient sur le trottoir, devant la maison de Mr et Mme Lemire au 232 de la rue Paul Doumer et chacun sortait sa chaise pour écouter les résultats, persuadé de gagner. Moi, ce qui me plaisait, c'était de m'installer sur le trottoir, j'avais 4 ou 5 ans.
  • Les Noëls, ce sont de beaux souvenirs. Quelques jours avant Noël, mon père (couvreur) montait sur le toit. Par la cheminée, il descendait un cordage avec un crochet et j'accrochais ma lettre. Le « Père Noël » me posait des questions sur ma sagesse, sur l'école (je n'étais pas très fière) et j'attendais le grand jour (nous avons continué cette coutume avec mon mari pour les enfants, petits enfants et arrière petits ID409 05 L600 MV Françoise Del Rioenfants). Le sapin n'arrivait pas un mois avant, mais la nuit de Noël: le matin, c'était la joie. Il y avait les cadeaux, mais toujours un petit paquet destiné à une petite copine, moins gâtée que moi. La veille de Noël, mon père installait des braseros dans l'église à différents endroits, qui brulaient toute la journée, pour réchauffer l'église avant la messe de minuit. Il les laissait s'éteindre doucement avant l'office.
  • Petite, j'étais abonnée à la « Semaine de Suzette ». Avec mon frère, j'ai été habituée aux bandes dessinées (Bicot, les Pieds Nickelés, etc...), j'aimais bien aussi le canard Gédéon et Bécassine. Ensuite, je suis passée à la Bibliothèque Rose (la Comtesse de Ségur), la Bibliothèque Verte sous la surveillance de ma mère. Les femmes lisaient « Le Petit Echo de la Mode », « La Veillée des Chaumières », des revues sur le tricot, la broderie, le crochet. Il existait également l'Illustration.

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  • Par mon père, j'ai beaucoup entendu parler de la guerre 1914-1918. Il avait de nombreux souvenirs que j'ai conservé (photos, courriers, des tableaux brodés sur des mouchoirs pendant sa captivité).Nous étions loin de penser que mon frère, mon beau frère partiraient en 1940 et que mon mari participerait à la guerre d'Algérie.

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  • Mon père, Mr Solleret a sauvé 2 petits garçons rue Galande qui étaient montés dans une voiture. Il n'y avait pourtant pas beaucoup de voitures à l'époque, mais il y en avait une, stationnée rue Galande; lui, travaillait dans la rue, au dessus du viaduc. Il a entendu des hurlements. Il est sorti. Les enfants avaient desserré le frein et la voiture était dans le sens de la descente. Mon père a couru, il a réussi à monter sur le marchepied et a serré le frein à main. Il a été décoré, d'une part parce qu'il faisait de l'éducation physique et d'autre part pour ce sauvetage avec lettre de félicitations et mention au Bulletin Officiel.
  • Les distractions étaient nombreuses, des fêtes, des cavalcades, des banquets. Le 14 juillet, la fête foraine avait lieu sur la place du marché, très grande, de nombreux manèges, beaucoup d'attractions. Le bal du 14 juillet se tenait sur la place de la Mairie. La fête de Pissefontaine était célèbre; c'est là que la fête du Flan a débuté, reprise ensuite en septembre, à Triel. Il y avait également les fêtes de sociétés de gymnastique, les défilés de chars fleuris.
  • Mon père a eu différentes voitures, certaines que je n'ai pas connues, je n'étais pas née; celles que j'ai connues, étaient plus confortables et nous allions à la mer.
  • Mon père m'a appris à nager en bas de la rue de Seine. Nous descendions le soir après le travail, il montait dans une barque, il m'attachait avec un cordage et me mettait à l'eau. La Seine était claire, on voyait le fond. Ensuite, je suis allée retrouver le groupe de Monsieur Lusse, nous étions nombreux, les plus téméraires avec l'autorisation de Mr Lusse, allaient jusqu'à la première pile du pont. Les deux sœurs jumelles, Mesdemoiselles Félix étaient des championnes.
  • Je suis allée à l'école maternelle rue du Pont. J'ai peu de souvenirs, sauf de la personne qui nous surveillait, la grand-mère de Monique Mauger (Madame Isse): elle avait une grande robe noire et un grand tablier.
  • A l'école, rue des Créneaux, c'est Mademoiselle Nivet (photo ci-contre) qui m'a appris à lire, à écrire et m'a fait aimer la lecture. Elle m'a prise sous son ID409 09 P600 MV Françoise Del Rio
    aile, j'allais chez elle prendre des cours. Je me souviens très bien de son visage et de sa voix. Elle m'a encore aidé lorsque que je suis passée dans la classe supérieure, elle me sentait mal à l'aise et complexée, je lui dois beaucoup.
  • Pendant les jeunes années de mon existence, les relations de voisinage étaient agréables, amicales: par exemple, Madame Lemire, (baptisée Mimi), venait étaler sa lessive dans notre jardin, je passais beaucoup de temps chez elle. Parmi nos voisins, il y avait au 234, rue Paul Doumer, Madame Willay, nos maisons sont côte à côte, car à l'origine, le 234 et 234 bis étaient une seule et unique maison. Au décès de son mari, Madame Willay a décidé de louer le rez-de-chaussée et le premier étage et de s'installer au second : erreur ! le problème, c'est qu'elle était petite et très forte, et petit à petit, elle a continué à grossir et ne pouvait plus descendre les escaliers. Tous les voisins lui rendaient service. Nous faisions ses courses. Sa fenêtre de cuisine et notre balcon étaient proches: à l'aide d'un long bâton fabriqué par mon père, avec un crochet, nous lui passions de petites choses qui lui manquaient dans un sac. Lorsque les commerçants passaient (laitiers, épiciers, charcutiers), elle descendait un panier par la fenêtre avec la liste de ses courses et le porte-monnaie. Cela toujours à l'aide d'un long cordage donné par mon père. J'ai passé beaucoup de temps chez Madame Willay qui me parlait d'elle et de son mari.
  • Après le décès de ma grand-mère maternelle, Constance Régnier, mes parents ont divisé la maison du 185 rue Paul Doumer en appartements: au ID409 10 P600 MV Françoise Del Rio
    premier, habitaient Mr et Madame Tissot, les parents de Jeannine Prévost, encore un point de chute pour moi, car j'allais voir le bébé tous les jours. Au rez-de-chaussée, habitait Madame Hue, une cousine de notre famille. Elle travaillait chez Mr et Mme Esbrat à l'Hôtel du Commerce. Mme Hue était veuve et vivait avec sa fille surnommée Nenette qui était aveugle et gagnait sa vie en faisant des tricots commandés par les Triellois. Pour compter ses rangs, elle avait à sa ceinture, une sorte de collier de perles et à chaque rang, elle poussait une perle. Nous allions la chercher et elle passait l'après-midi chez nous. Finalement, j'étais chez moi dans tout le quartier. En face de chez nous, dans la maison des gardiens, de la Villa Lysley (185bis rue Paul Doumer) habitaient Mr et Mme Philbert, ils me paraissaient très âgés et pourtant ils s'occupaient de la propriété qui n'était pas habitée toute l'année. Les propriétaires étaient la famille Driguet, (les moteurs Driguet).
  • Chez nous, venait une laveuse (pas une blanchisseuse dont c'était le métier). La laveuse allait à domicile aider aux lessives. Chez nous venait Mme ID409 11 L180 MV Françoise Del Rio
    Laboue (son mari travaillait chez mon père). Ils habitaient le quartier de la « Maison Neuve ». Nous avions une buanderie avec un lavoir de deux bacs, un petit poêle sur trois pieds qui recevait la lessiveuse où l'eau bouillante retombait sur le linge blanc par une sorte de pomme d'arrosoir. Pour blanchir le linge, au rinçage, on mettait dans l'eau une boule bleue.
  • Venait de temps à autre Mme Marie Dupré, couturière, veuve de la guerre de 1914, elle n'a jamais retrouvé le corps de son mari). Elle avait une petite pension qu'elle complétait en faisant de la couture chez les uns et les autres. Elle arrivait le matin, s'installait dans la cuisine, près de la fenêtre avec la boite à ouvrages, reprisait les chaussettes avec un œuf en bois, recousait les boutons et tout en travaillant, elle commentait la vie trielloise. Elle déjeunait avec nous et partait le soir. Son surnom était Prépré (voir Mr Juste Subias). Mme Dupré était également chaisière à l'église: à cette époque, il fallait payer sa chaise à l'église (5 sous). Certaines personnes réglaient à l'année, elles avaient une petite plaque en cuivre sur leur prie-Dieu avec leurs noms. Mme Dupré passait avec une aumônière en velours rouge, elle rendait la monnaie. Le dimanche à la grande messe, le pain béni faisait partie des traditions.
  • Il existait également des repasseuses qui se rendaient à domicile. Chez nous, c'était Germaine Nicolas qui vivait avec sa maman, Madame Nicolas (elle avait un frère, 3 sœurs dont Mme Stéphanie) elle venait un après-midi par semaine, c'était une personne très courageuse. Pendant l'occupation pour se chauffer, elle montait avec une brouette dans les Bois de l'Hautil ramasser du bois et elle redescendait avec son chargement.
  • En fonction des évènements, le garde champêtre passait, annonçant bonnes ou mauvaises nouvelles; « Avis à la population ». Il se postait en haut de la rue de Seine. J'ai connu Mr Bricault. Il se signalait par des roulements de tambour. Il a aussi été suisse à l'église. Puis, ce fut Mr Delforges, avec une cloche et un clairon. Le dernier garde-champêtre dont je me souviens était Mr Campillo: il a précédé la police municipale.
  • Je me souviens du rémouleur. Il transportait son matériel à l'aide d'un vélo aménagé et il affûtait les couteaux et autres outils. Il pédalait pour faire tourner la meule.
  • Il venait aussi dans le quartier, un étameur. Son matériel était dans une sorte de voiture à bras couverte. Son travail consistait à recouvrir les ustensiles d'une couche métallique, (peut être de l'étain ?). Pendant l'Occupation, il fallait porter à la mairie tout ce qui pouvait servir à l'occupant. Ma mère ne voulait pas donner ses casseroles en cuivre. Elle les a fait étamer, elles sont devenues grises; mais nous n'avons jamais pu les remettre dans l'état d'origine. J'ai toujours ces casseroles.
  • Les ordures étaient ramassées par le charbonnier avec une voiture à cheval.

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  • Les boutiques du quartier, j'avais le droit d'y aller seule. On pouvait facilement traverser la rue. Mon point d'attache était en haut de l'impasse des Hutins, la quincaillerie Linais, le paradis; Mr et Mme Linais, je les appelais « tonton et tata Linais ». La boutique se divisait en 2: à droite, tout l'outillage, des tiroirs avec des vis, des outils, tout un matériel. Il y avait aussi des lessives, l'eau de Javel, les produits d'entretien. A gauche, il y avait la vaisselle, les vases, services de table et de verres et services à café, etc... tout ce qui était fragile. A Noël, même des jouets. Mme Linais m'appris à faire des cache-pots avec des morceaux de verre et de carrelage cassés. Leurs neveux, Mr et Mme Doufils qui ont succédé à Mr et Mme Linais sont restés nos amis jusqu'à leurs décès à la maison de retraite des Tilleuls, de Triel.
  • Nénette Albert était ma seconde boutique de prédilection, j'avais une liste de commissions, les fruits étaient en vitrine et les légumes à gauche, dans des caisses posées sur le sol. Des vitrines contenaient l'épicerie et la balance avec l'aiguille qui se déplaçait. Nénette avait toujours une blouse bleue croisée et attachée dans le dos. Pendant l'Occupation, les enfants avaient le droit chaque mois, avec des tickets, à 2 barres de chocolat avec une pâte rose à l'intérieur. Ce n'était pas de la pâte d'amande, malheureusement! Nénette me faisait signe, lorsqu'elles étaient arrivées. J'en mangeais une et je gardais la deuxième pour l'envoyer à mon frère dans un colis en Allemagne.
  • Chez Cauchefer, nous achetions nos chaussures.
  • Le cinéma (le Régional) était tenu par la famille Poher. Notre cousine, Mme Petit m'emmenait quelque fois le dimanche après midi voir un film.
  • J'allais souvent chez Mme Maës, la fleuriste,(cousine d'une tante) au 169 rue Paul Doumer. Elle faisait des présentations avec des œillets qu'elle appelait « le Nid ». Avant le cabinet du Dr Ecobichon, (169 rue Paul Doumer), il y avait la boucherie Noël et encore avant une boutique dont peu de monde se souvient; c'était la boutique Félix. Mr Félix travaillait à l'extérieur, sa femme vendait des articles religieux: ils avaient trois filles dont les 2 jumelles qui nageaient très bien.
  • Fifine Lehmann, la marchande de journaux, m'impressionnait, elle surgissait de sa cuisine.

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  • « L'article de pêche », au 224 rue Paul Doumer, Mr Bourbon était souvent devant sa porte.
  • La boulangerie Delattre avait un comptoir en marbre blanc et noir.
  • Certaines boutiques étaient très belles, la pharmacie de la rue du Pont avec ses meubles en chêne, ses bocaux anciens en porcelaine, avec le nom de chaque produit. C'est une boutique qui a marqué ma mémoire.

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  • Le tailleur Mr Aymé n'était pas une boutique qui intéressait les enfants mais plutôt les adultes, les hommes ne se faisaient pas faire de costumes régulièrement. Je suis allée dans la boutique avec mon père. Je me rappelle de la grande table, la pelote d'épingles et le costume découpé sur la table. On connaissait Mr Aymé comme chef de la fanfare. Mon frère jouait du saxo. La famille Aymé était proche de ma mère car elle était amie avec les 2 sœurs de Mr Aymé père, Jeanne et Yvonne. C'est maintenant que nous apprécions les souvenirs que M Aymé a su conservé.
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  • La boutique Delor, anciennement Royer avec ses vitrines et ses comptoirs en chêne.
  • Un beau magasin également, l'épicerie Portebois. Mme Portebois trônait derrière sa caisse avec une grande tresse autour de la tête, toujours habillée de vêtements foncés.
  • Le bourrelier : on le voyait travailler le cuir à travers sa vitrine.
  • La boutique qui nous intéressait mais qui était à cette époque plus moderne, c'était l'épicerie Laurent parce qu'il y avait une vitrine entière consacrée aux friandises et la boutique était ouverte aux heures où nous allions à l'école (roudoudou, bâton de zan, boite de coco en métal, sucettes, etc...)
  • Je voudrais revenir sur des personnes très dévouées qui sont passées dans l'oubli, exemple Melle Madeleine GrosHenry. Elle habitait rue Galande, elle consacrait tout son temps aux jeunes, elle faisait le catéchisme, le patronage le jeudi et le dimanche, elle se chargeait des enfants à l'église. Elle s'est principalement occupée de la génération de ma sœur, mais nous l'avons eu pour nos premières années de catéchisme.Elle a été remplacée par Melle Langlois Marcelle qui était aussi professeur à l'école Notre Dame, après le départ des religieuses. Elle s'est occupée du catéchisme, des enfants pendant la messe, et des Ames Vaillantes. Elle a eu peu de monde pour l'accompagner lors de son décès.

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  • Les obsèques à Triel, ce sont aussi des images de ma mémoire. Pour la cérémonie à l'église, il y avait plusieurs classes.

1. La 1ere classe, tentures au domicile de la personne décédée et également de grandes tentures sur le porche de l'église avec des franges argentées retenues par de grandes embrases. La 1ere lettre du nom de famille était affichée au dessus du porche. Les tentures étaient noires ou grises. Le corbillard tiré par des chevaux était également garni de tentures et le cocher était en habits d'apparat. Les couronnes étaient accrochées autour du corbillard.
2. La seconde classe était plus simple, avec des tentures plus sobres, toujours le corbillard et les chevaux.
3. La dernière classe était sans fioriture, avec le corbillard simple,
Les cercueils étaient fabriqués par les menuisiers triellois.
Les faire-part étaient bordés d'une large bande noire : y figurait toute la famille et les amis du défunt. Ils étaient adressés aux proches, aux amis, aux connaissances et n'étaient pas affichés dans les magasins. L'ensemble des triellois étaient avisés par un second faire-part, grandeur carte de visite, qui était distribué dans les boites aux lettres par une personne qui complétait son salaire (je me souviens de Mr Langlois, père de Micheline Langlois, épouse Berthonnet). Le jour des obsèques, on se réunissait chez le défunt.
ID409 18 P600 MV Françoise Del RioUne anecdote moins triste au sujet des obsèques à Triel : chez mes grands parents horticulteurs-paysagistes, il y avait plusieurs jardiniers dont un surnommé : « le Pape » pourquoi ? je l'ignore. C'était un cas, un homme très sympathique et gentil, mais très facétieux, il aimait faire des plaisanteries et ne s'en privait pas, la dernière a été le jour de ses obsèques.

Il avait déposé une somme d'argent au café « chez Titine » 96 rue Paul Doumer (la Grande Rue) où il avait ses habitudes. Cet argent était déposé afin que le jour de ses obsèques, ses amis trinquent à sa santé à condition que l'on mette dans son cercueil une bouteille de champagne. Ce qui fut fait. Le corbillard tiré par des chevaux, montait la rue Galande vers le cimetière et, passé le pont du chemin de fer, presque en face de son domicile (il habitait cette rue), le bouchon de champagne a sauté avec bien sûr, un bruit insolite, venant du cercueil, provoquant la panique de ceux qui suivaient et l'hilarité des autres. Il a ainsi terminé son voyage sur la terre par une dernière plaisanterie.

  • Les fêtes religieuses étaient marquées par des cérémonies importantes. Exemple pour la Fête-Dieu, il y avait de grandes processions, des autels étaient installés dans les rues, appelés des « reposoirs ». Nous faisions des pauses et jetions des pétales de roses.
  • Il y avait également des missions : elles duraient 2 à 3 jours et avaient un thème. Les prêtres prêchaient. Pour exemple : Ste Thérèse, ses reliques étaient exposées dans l'église, nous faisions des tableaux vivants. J'ai eu l'honneur en 1938 ou 1939 de représenter Ste Thérèse. Tout cela, accompagné de prières et de chants.
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  • Lorsque j'allais à l'école des filles rue des Créneaux, c'est Françoise Subias, Mme Lefevre, qui me prenait au passage avec son frère Juste. A l'ouverture de l'école Notre Dame, j'ai tout de suite été inscrite. J'ai fait ma scolarité avec les religieuses et après leur départ avec des professeurs laïcs. Melle Drecque a été la première directrice après le départ des religieuses, d'autres se sont succédées depuis. J'ai continué mes études aux Oiseaux.

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  • J'ai fait ma première communion en 1942 sous l'Occupation, pas facile de trouver une toilette. Donc c'est Cécile Janin qui m'a prêté robe et voile
  • Lors des années où je suis passée de l'école Notre Dame de Triel à celle de Verneuil (cours Alix Le Clerc) sous la houlette de ma cousine religieuse, j'ai eu la chance grâce à mes parents de faire partie du groupe d'élèves et de religieuses qui a représenté « Notre Dame des Oiseaux de Verneuil » pour ID409 22 23 L330 MV Françoise Del Rioassister à la Béatification d'Alix Le Clerc, fondatrice avec Saint Pierre Fourier de la première école pour les petites filles riches ou pauvres, devenues les écoles « Notre Dame des Oiseaux » dans le monde entier. Pierre Fourier est un religieux catholique lorrain, né à Mirecourt[], le 30 novembre 1565 et mort à Gray, le 9 décembre 1640. Il est considéré comme pionnier en matière d'éducation (promotion de l'enseignement des filles et de la méthode pédagogique dite "simultanée"), béatifié le 29 janvier 1730 par le pape Benoît XIII et canonisé le 27 mai 1897 par le pape Léon XIII. Alix Le Clerc, née le 2 février 1576 à Remiremont et morte le 9 janvier 1622 à Nancy, est une religieuse lorraine sous le nom de Mère Thérèse de Jésus. Éducatrice, créatrice d'écoles, elle fonde un ordre religieux d'enseignantes, la congrégation de Notre-Dame. Elle est béatifiée en 1947 par Pie XII. Pour enseigner et se regrouper avec d'autres jeunes filles pieuses, Alix Le Clerc fonda la congrégation des Chanoinesses de Saint Augustin.Le 28 avril 1947, nous avons donc pris « la Route de Rome » avec le Train Bleu.
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Escale et visite de Florence, superbes souvenirs, puis Assise avec le tombeau de Saint François et le jardin où Sainte Claire est décédée. Que d'émotions !
Enfin Rome, tout un programme, visite de la ville, le Colisée, St Louis des Français, messe dans les catacombes, visite guidée du Vatican et la cérémonie de la Béatification très émouvante, retransmise à la TSF (ancienne radio). Nous étions toutes, bien excitées, les religieuses et les élèves, une foule énorme venue du monde entier a participé à la cérémonie. Nous avions des places réservées tout près du Pape dans le chœur de la Basilique St Pierre. Le curé de Poussay (village lorrain où la première école a été ouverte en 1598) était parmi nous. L'immensité de St Pierre nous a laissé sans voix, nous prenions des photos, les unes des autres pour montrer à nos proches, combien nous étions petites. Nous avons repris le Train Bleu, le 10 mai 1947, le cœur rempli d'émotion et de souvenirs. (Pour la petite histoire : nous étions toutes persuadées que nous allions rentrer au couvent)

  • Toutes ces années depuis ma naissance en 1931, se sont passées dans l'insouciance jusqu' à la Seconde Guerre: en 1940, l'Exode, l'Occupation, le mari de ma sœur prisonnier (absent 8 ans) qui n'a pas connu sa petite fille née en décembre 1940 et décédée 6 mois après (pas question à l'époque d'aller à l'hôpital, le médecin faisait ce qu'il pouvait !).

Ma petite nièce a été mon premier contact avec la mort : j'avais 9 ans et demi. Il y a eu aussi le départ de mon frère en Allemagne et nombreux sont les souvenirs de cette époque: les alertes et le couvre-feu le soir. Mon père élevait des poules et des lapins, faisait des légumes, et nous arrivions à manger.
Papa faisait sécher les peaux de lapins et Mr Degressac, fourreur, qui habitait Pissefontaine, m'avait fait une veste avec les peaux de mon père. J'ai encore une photo avec cette veste que j'ai gardée longtemps.
Nous avions à Triel, beaucoup de couturières qui faisaient des miracles avec d'anciens vêtements. Il était difficile de trouver des vêtements et elles arrivaient à nous faire des robes. On avait des tickets pour le pain, pour la viande etc... Il n'y avait pas de bas: les femmes se teignaient les jambes et marquaient la couture avec un pinceau.
Puis il y a eu la période des bombardements, les séjours dans les abris, la montée aux carrières, les malades à transporter: mon père a monté un malade dans une voiture à bras. Il y a eu le séjour dans les carrières, le décès de mon oncle Edouard Lecomte, tué à la Libération. Dans la famille, la joie de la Libération a été ternie par ce drame.
Il y aurait tant à raconter sur ces années, mais c'est un autre sujet et ce n'est plus mon enfance insouciante. La vie a continué avec des joies, des peines. Les uns nous ont quitté, les autres sont venus au monde, la guerre d'Algérie est arrivée (difficile pour notre jeune couple).
Puis enfants, petits enfants, arrière petits enfants, sont devenus le fil de notre vie. Les souvenirs persistent et c'est un grand film qui passe très souvent dans ma tête. Malgré mon âge, tout est présent et il y aurait encore tellement de choses à raconter.
Peut-être que je vais écrire un livre ?..... Je plaisante.

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