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Entretien de Dominique Paillet- Aerts avec Françoise Solleret épouse Del Rio en sa demeure
à Triel, le 21 août et le 27 novembre 2012. 81 ans.

 

Mes grands-parents Solleret habitaient au 211 rue Paul Doumer, ils avaient 5 enfants. Mes grands-parents Régnier habitaient au 185 rue Paul Doumer, ils avaient 3 enfants. Ma grand-mère Solleret, lorsqu'elle s'est retrouvée seule et âgée est venue habiter une petite maison au 7 rue de Seine, mes parents Robert Solleret et Jeanne Régnier sont nés tous deux à Triel. Mon père était installé plombier couvreur au 234 bis rue Paul Doumer. Il a employé beaucoup de Triellois et formé de nombreux apprentis.

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Moi, je suis née au 234bis, rue Paul Doumer où j'habite toujours. Ma naissance a un peu bousculé ma grand-mère maternelle qui était fleuriste (entreprise de jardiniers-horticulteur-paysagistes,rue Galande). Six jardiniers y travaillaient et aussi mon grand-père et mon oncle.

En effet, c'était la veille des Rameaux et à cette époque, on déposait sur les tombes, le jour des Rameaux, des petites couronnes de buis garnies d'immortelles, après la bénédiction à la messe des Rameaux. Je lui ai un peu compliqué son travail! Mon enfance a été heureuse avec ma grande sœur, Yvonne et mon grand frère, Maurice.

Dans les années 1930-1940, le confort dans les habitations n'était pas parfait. Mon père étant plombier, nous avions la chance de profiter d'une salle de bain(on ne disait pas une salle d'eau), du chauffage central (au charbon et bois). Notre cuisine, aménagée par mon oncle Edouard Lecomte (menuisier, ébéniste) était rationnelle. La lampe qui nous éclairait avait un système de contrepoids qui permettait de la monter et descendre, cela facilitait, la lecture, la couture.

Quelques souvenirs importants pour moi sont restés dans ma mémoire.

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1. La 1ere classe, tentures au domicile de la personne décédée et également de grandes tentures sur le porche de l'église avec des franges argentées retenues par de grandes embrases. La 1ere lettre du nom de famille était affichée au dessus du porche. Les tentures étaient noires ou grises. Le corbillard tiré par des chevaux était également garni de tentures et le cocher était en habits d'apparat. Les couronnes étaient accrochées autour du corbillard.
2. La seconde classe était plus simple, avec des tentures plus sobres, toujours le corbillard et les chevaux.
3. La dernière classe était sans fioriture, avec le corbillard simple,
Les cercueils étaient fabriqués par les menuisiers triellois.
Les faire-part étaient bordés d'une large bande noire : y figurait toute la famille et les amis du défunt. Ils étaient adressés aux proches, aux amis, aux connaissances et n'étaient pas affichés dans les magasins. L'ensemble des triellois étaient avisés par un second faire-part, grandeur carte de visite, qui était distribué dans les boites aux lettres par une personne qui complétait son salaire (je me souviens de Mr Langlois, père de Micheline Langlois, épouse Berthonnet). Le jour des obsèques, on se réunissait chez le défunt.
ID409 18 P600 MV Françoise Del RioUne anecdote moins triste au sujet des obsèques à Triel : chez mes grands parents horticulteurs-paysagistes, il y avait plusieurs jardiniers dont un surnommé : « le Pape » pourquoi ? je l'ignore. C'était un cas, un homme très sympathique et gentil, mais très facétieux, il aimait faire des plaisanteries et ne s'en privait pas, la dernière a été le jour de ses obsèques.

Il avait déposé une somme d'argent au café « chez Titine » 96 rue Paul Doumer (la Grande Rue) où il avait ses habitudes. Cet argent était déposé afin que le jour de ses obsèques, ses amis trinquent à sa santé à condition que l'on mette dans son cercueil une bouteille de champagne. Ce qui fut fait. Le corbillard tiré par des chevaux, montait la rue Galande vers le cimetière et, passé le pont du chemin de fer, presque en face de son domicile (il habitait cette rue), le bouchon de champagne a sauté avec bien sûr, un bruit insolite, venant du cercueil, provoquant la panique de ceux qui suivaient et l'hilarité des autres. Il a ainsi terminé son voyage sur la terre par une dernière plaisanterie.

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Escale et visite de Florence, superbes souvenirs, puis Assise avec le tombeau de Saint François et le jardin où Sainte Claire est décédée. Que d'émotions !
Enfin Rome, tout un programme, visite de la ville, le Colisée, St Louis des Français, messe dans les catacombes, visite guidée du Vatican et la cérémonie de la Béatification très émouvante, retransmise à la TSF (ancienne radio). Nous étions toutes, bien excitées, les religieuses et les élèves, une foule énorme venue du monde entier a participé à la cérémonie. Nous avions des places réservées tout près du Pape dans le chœur de la Basilique St Pierre. Le curé de Poussay (village lorrain où la première école a été ouverte en 1598) était parmi nous. L'immensité de St Pierre nous a laissé sans voix, nous prenions des photos, les unes des autres pour montrer à nos proches, combien nous étions petites. Nous avons repris le Train Bleu, le 10 mai 1947, le cœur rempli d'émotion et de souvenirs. (Pour la petite histoire : nous étions toutes persuadées que nous allions rentrer au couvent)

Ma petite nièce a été mon premier contact avec la mort : j'avais 9 ans et demi. Il y a eu aussi le départ de mon frère en Allemagne et nombreux sont les souvenirs de cette époque: les alertes et le couvre-feu le soir. Mon père élevait des poules et des lapins, faisait des légumes, et nous arrivions à manger.
Papa faisait sécher les peaux de lapins et Mr Degressac, fourreur, qui habitait Pissefontaine, m'avait fait une veste avec les peaux de mon père. J'ai encore une photo avec cette veste que j'ai gardée longtemps.
Nous avions à Triel, beaucoup de couturières qui faisaient des miracles avec d'anciens vêtements. Il était difficile de trouver des vêtements et elles arrivaient à nous faire des robes. On avait des tickets pour le pain, pour la viande etc... Il n'y avait pas de bas: les femmes se teignaient les jambes et marquaient la couture avec un pinceau.
Puis il y a eu la période des bombardements, les séjours dans les abris, la montée aux carrières, les malades à transporter: mon père a monté un malade dans une voiture à bras. Il y a eu le séjour dans les carrières, le décès de mon oncle Edouard Lecomte, tué à la Libération. Dans la famille, la joie de la Libération a été ternie par ce drame.
Il y aurait tant à raconter sur ces années, mais c'est un autre sujet et ce n'est plus mon enfance insouciante. La vie a continué avec des joies, des peines. Les uns nous ont quitté, les autres sont venus au monde, la guerre d'Algérie est arrivée (difficile pour notre jeune couple).
Puis enfants, petits enfants, arrière petits enfants, sont devenus le fil de notre vie. Les souvenirs persistent et c'est un grand film qui passe très souvent dans ma tête. Malgré mon âge, tout est présent et il y aurait encore tellement de choses à raconter.
Peut-être que je vais écrire un livre ?..... Je plaisante.

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