Tanzilli René – 82 ans – né à Paris – demeurant à Caluire et Cuire, près de Lyon.
Propos recueillis en octobre 2016 par Florence Paillet sur l’institution Saint Joseph de Cheverchemont, sur le cinéma et sur la dernière guerre.

L’institution Saint Joseph

J’ai été externe à l’institution Saint Joseph de Cheverchemont pendant les années de guerre. Malgré le grand parc et les copains, je préférais rentrer sur l’heure de midi à la maison. J’habitais à côté, rue des Fontenelles.
ID533 01 René TanzilliJ’ai passé 3 ans dans cet établissement, j’ai fait le CM1 - le CM2 et la 6è, après je suis parti au collège de Meulan.
Les classes étaient dans un bâtiment tout en longueur, les unes à la suite des autres. Les pensionnaires étaient logés à l’étage.
L’enseignement était très structuré et strict, chaque niveau correspondait à une classe. Les fondamentaux, lecture, écriture, calcul, étaient dispensés avec rigueur : on devait savoir compter, lire et avoir une orthographe irréprochable à la fin du primaire, 5 fautes et on « chopait » un zéro. Je ne sais pas pourquoi mais il y avait souvent une dictée le samedi matin.
L’enseignement religieux était obligatoire et nous devions connaître par cœur toutes les prières. Les frères nous préparaient à la première communion mais ils nous présentaient un dieu « punitif », une religion de sanctions. On nous parlait beaucoup d’enfer. On était très cadré, conditionné, à tel point que un de mes meilleurs petits copains était rentré au séminaire. Au bout de quelques années, il s’est aperçu que ce n’était pas sa vocation.
La semaine de Pâques était une semaine de grand recueillement. Nous devions assister aux offices et refaire le chemin de croix, tous les après-midi de la semaine sainte.
Le matin, avant les cours, on devait chanter « Maréchal, nous voilà ! ». En 6è, comme les frères étaient alsaciens, on apprenait l’allemand.
Il ne faisait pas très chaud dans les salles de classe chauffées avec des poêles à bois. On écrivait à la plume avec des pleins et des déliés. Parfois, pour s’amuser, on faisait pipi dans les encriers. Je ne me rappelle plus si c’était à Cheverchemont ou à Meulan, mais les bêtises avec les frères, ...

Je me souviens :

ID533 02 René Tanzilli

  • du frère Lucien. Il était bon et aimé de ses élèves. Il jouait avec nous au ballon dans la cour. Je crois qu’après la guerre, il a quitté les ordres et s’est marié.
  • du frère Raphaël. C’était un instituteur à l’ancienne avec une discipline de fer. Il donnait des coups de baguette sur les doigts, sur la main. Il ne fallait pas tendre la main mais la laisser molle, ainsi, le coup de règle était plus douloureux. Il n’a pas laissé que de bons souvenirs.
    Le directeur de l’institution, Klein Fulrade, était craint. Il était peu chaleureux.

On travaillait le lundi, mardi, mercredi, le vendredi et le samedi matin. Le jeudi nous n’allions pas à l’école mais au patronage pour suivre un enseignement religieux et jouer au ballon, à la balle au prisonnier, ...
Pendant les bombardements, surtout américains, nous nous réfugions par classe dans la carrière de la Bérangère, située dans le parc de l’école.
Je vois aussi très bien le frère responsable des cuisines râpé des choux pour préparer la choucroute servi certainement sans charcuterie, il n’était pas toujours facile de trouver les denrées.

Malgré La guerre je garde un bon souvenir de cette époque.

Le cinéma

A côté de l’Hôtel de l’Image, l’actuelle Poste de Triel, il y avait un cinéma, Le Régional. Il appartenait à M. Poher.
Le programme était très complet. Avant le film, on pouvait voir un documentaire et des actualités qui étaient quelquefois sifflées pendant la guerre.
A l’entracte, on achetait des friandises. Les adultes pouvaient se désaltérer à la buvette du cinéma ou chez « Nénette », Mademoiselle Albert, l’épicerie buvette à côté. On louait sa place de cinéma. Ma Maman m’envoyait chercher les billets.

La montée aux carrières et la libération de Triel

J’ai toujours entendu deux versions à cette montée aux carrières.
L’une serait que les Allemands et les Américains auraient convenu d’une trêve pour permettre à la population trielloise de se mettre à l’abri.
L’autre serait due à un fait de résistance. Un allemand aurait été tué par un résistant, en représailles, les Allemands voulaient fusiller des otages ou contraindre à l’exode toute la population trielloise. Le maire de Triel et un de ses adjoints qui parlait allemand ont réussi à négocier et à faire monter tous les habitants dans les carrières plutôt que de les obliger à l’exil.
Je ne sais pas qu’elle est la bonne version.
Nous sommes restés 1 semaine dans les carrières à manger des pommes de terre et à boire de l’eau.
Mon père s’était porté volontaire pour la corvée d’épluchage des pommes de terre.
Un jour, dans la cour, il voit un militaire le mettre en joue, au-dessus du mur, côté Cheverchemont.
C’était un américain. Il faisait partie de l’avant-garde qui a libéré Triel. Mon père a été un des premiers triellois à voir un soldat américain et à savoir que Triel allait être libéré.

 

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