Compte rendu de la conférence sur Talleyrand donnée par monsieur Emmanuel de Waresquiel le 30 mars 2010 dans le cadre des soirées culturelles de Val de Seine 78.

Talleyrand 1754-1838

Qui était vraiment « le diable boiteux » ?

Cent biographes se sont attelés à la tâche de percer les secrets de cet homme double qui a souvent entretenu le mystère autour de sa personne. C'est avec de Gaulle, Napoléon, Jeanne d'Arc et Henri IV celui qui a suscité le plus d'écrits. Emmanuel de Waresquiel, auteur de Talleyrand, le prince immobile, qui a passé huit ans sur le sujet nous a préparés à la lecture de son livre.

Rédiger une biographie est un exercice à la fois scientifique et littéraire. Le biographe a recours à des sources écrites mais aussi iconographiques. Cependant, il doit faire la part des textes apocryphes, de l'auto-célébration, des dissimulations, des mensonges et des commentaires trop malveillants pour être objectifs, en particulier de ses contemporains. Lors de sa disparition, Chateaubriand le compara à une prostituée, George Sand à un vieux renard octogénaire. Victor Hugo vit sa cervelle tomber dans le caniveau. Les avis sur un personnage dépendent aussi de l'état de civilisation dans lequel nous sommes.

 ID140-01-talleyrandTalleyrand nait sous Louis XV après la bataille de Fontenoy. Ses parents le prénomment Charles-Maurice en l'honneur de Charles-Maurice de Saxe. Les régimes passent, la maison Talleyrand reste et Charles-Maurice y sera fidèle toute sa vie. Il est l'aîné de trois garçons dont la branche désargentée a besoin des émoluments de la cour. Il est destiné à une carrière militaire. Mais, enfant, victime d'une nourrice négligente, il serait tombé et, mal soigné, serait devenu boiteux. Le conditionnel est de rigueur car on a sans doute affaire à une recomposition personnelle. Cette boiterie serait plutôt due à une déformation congénitale et non accidentelle. Pourquoi avoir inventé cet accident? Son pied-bot ne l'aurait pas empêché d'entrer dans la carrière militaire contrairement à ses affirmations mais il aurait préféré la carrière ecclésiastique, poussé par un oncle, évêque de Reims. En effet, au XVIIIe siècle, il s'agit d'une carrière comme une autre qui mène au pouvoir et à la richesse. Les précédents célèbres sont nombreux: Fleury, Brienne, Richelieu, Mazarin et autres Retz. Le clergé est le plus gros propriétaire du royaume : un cinquième des terres cultivées lui appartient. Talleyrand dit avoir eu des crises d'angoisse avant son ordination :nuage de fumée! En 1789, il a déjà exercé de hautes fonctions dans l'Eglise: agent général de clergé (ministre des Finances), négociateur, évêque d'Autun.

Quelle est en 1789 sa vision du monde ? C'est un fils des « Lumières » que les Romantiques auront du mal à comprendre. Son auteur de prédilection est Montesquieu. Mais il est un homme modéré: il souhaite un exécutif monarchique et un législatif à deux chambres. Pour lui, la liberté l'emporte sur l'égalité. Jusqu'en 1834, il sert tous les régimes; il est à la fois un acteur et un penseur de la politique intérieure et européenne. Il fait la connaissance de Bonaparte après Arcole et Rivoli. Il comprend que ce jeune ambitieux peut stabiliser la Révolution et obtenir la paix civile et religieuse ainsi que la création d'institutions solides. Talleyrand tente de rétablir les équilibres perdus face à l'impérialisme anglais et à l'expansion russe. Dans ce but, il convainc Bonaparte d'effectuer une expédition en Egypte pour contrecarrer l'hégémonie anglaise en Méditerranée. Bonaparte est fasciné par ce que représente Talleyrand qui sait le flatter mais qui ne va guère apprécier la domination absolue de l'empereur Napoléon. La Russie, l'Autriche, la Prusse, le Royaume Uni et la France sont les cinq puissances de l'Europe au milieu de laquelle Talleyrand cherche à créer des états intermédiaires.

Favorable à un équilibre, il trahit Napoléon, mais reste au cœur de l'Empire en tant que vice-président et prépare l'équilibre futur: il est le père de la monarchie constitutionnelle en 1814 .

Ambassadeur de Louis-Philippe à Londres, il disait: « Lorsque je m'observe, je m'inquiète; lorsque je me compare, je me rassure. » Il a œuvré à la recomposition de sa vie, comme il a œuvré à la recomposition de l'Europe.

Le châtelain de Valençay a fait trois, quatre fois fortune dans sa vie et s'est comporté en joueur de cartes qu'il était avec le sens de l'évaluation face à un Napoléon, joueur d'échecs, adepte de l'anticipation.

Ce compte rendu n'est qu'une ébauche à grands traits de l'homme « aux six visages » des caricaturistes, brossé par Emmanuel de Waresquiel dans son ouvrage.

 

Françoise D.

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