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Martin, laboureur de TRIEL pris dans la « Guerre des farines»

au marché de Pontoise, le 29 avril 1775

La guerre des farines est une série de 82 émeutes sur les marchés d'Ile de France, avec extension à la Haute-Normandie et à la Picardie.

Elle commence le jeudi 27 avril 1775 au marché de Beaumont-sur-Oise, le marchand Descroix voulant vendre son blé 32 livres le setier, contre 26 livres le samedi précédent. Descroix est jeté par deux fois dans la fontaine. Le notaire Nicolas Bailly, faisant fonction de lieutenant de police, refusant de faire baisser le prix, les émeutiers taxent le blé à 12 livres le setier, devant trois cavaliers de la maréchaussée impuissante.

Le lendemain, même sédition à Méru: un bateau de grains est pillé sauf une très faible partie payée 18 à 20 livres le setier.

Le samedi 29 avril, grande émeute à Pontoise. Le marché ouvre à 8 heures du matin sur la place du Martroy. On vend d’abord l’orge, puis le seigle, enfin le blé vers 10 heures. Dès 9 h le marché est en effervescence: le peuple exige que l’orge soit vendu de 6 à 10 livres le setier, au lieu des 16 livres et 10 sols atteints le 15 avril. Des sacs sont éventrés à coup de couteaux; le pillage commence.

Le fermier Martin, de Triel, arrivé avec une voiture attelée de trois chevaux, est le premier assailli. Martin demande lui-même qu’on taxe son blé, mais le maire, Jacques de Monthiers, 58 ans, chevalier de Saint-Louis, respectueux des ordres du Contrôleur Général, s’y refuse. Martin offre alors son blé au prix de 15 livres le setier. Il en vend ainsi trois sacs, mais le reste est pillé. Le peuple se répand ensuite dans les rues de Pontoise, y conduit de force au marché les voitures qui arrivent, les décharge et les pille ; de là, il descend vers le port de Pontoise où se trouvent deux péniches de blé. Nicolas Jessard, marinier de l’une d’elles, accepte de vendre son blé au prix de 12 livres fixé par les émeutiers. La moitié du chargement est payé sur cette base mais le reste est pillé. Le deuxième bateau, contenant 365 sacs de blé, est pillé à son tour par plus de 3 000 personnes, averties qu’on vend du blé au prix de 12 livres le setier.

Rentré chez lui, le maire est interpellé par un groupe d’une centaine de personnes, réclamant du blé. Le maire refuse de taxer le blé, comme le lui demande Jean Deshayes, meunier du moulin de Maubuisson, « car c'est défendu par le roi ». Une femme, Angélique Lefebvre, l’interpelle: « Vous l'avez bien taxé ce matin au marché! ». Le maire s’échauffe: « Vous êtes bien hardie ! Vous étiez avec ceux qui ont pillé la voiture de Martin, laboureur à Triel, qui me demandait de mettre le prix à son blé. Retirez-vous ! »

Les mutins se dirigent alors chez des fariniers: les premiers livrent leur blé à 12 ou 18 livres le setier mais la foule augmente et pille un aubergiste et un autre farinier.

Le lendemain, dimanche 30 avril, ce sont des villageois des environs qui arrivent « avec des bourriques ou des chevaux, tous munis de sacs » et cherchent à entrer dans la ville pour la piller. La maréchaussée intervient alors, épaulée par dix gardiens de la prison et six cavaliers venus de Beauvais, ainsi que par la milice bourgeoise. Le 1er mai, ce sont 200 gardes suisses qui arrivent de Paris, mais l’émeute se répand sur les marchés de Magny, Meulan, Triel, Saint-Germain-en-Laye, Gisors, Gonesse et Noailles. Le 2 mai les pillages touchent La Roche-Guyon, Etrépagny, Gournay, Senlis, Argenteuil, Poissy et surtout Versailles. Le 3 mai, l’émeute gagne Paris: marchés et boulangeries sont pillés.

La maréchaussée procède enfin à une vague d’arrestations, jusqu’en septembre: 548 personnes (dont 93 femmes) de la région de Pontoise sont arrêtées. L’une d’elles, de Méru, est condamnée à la pendaison, commuée en peine des galères à perpétuité, 7 autres le sont aux galères dont deux à perpétuité, un à 9 ans, 2 à 5 ans et deux à 3 ans. D’autres sont condamnées au carcan, à la prison ou à des amendes. A Paris, sur 145 arrêtées, deux sont pendues place de Grève.

Ému, le roi Louis XVI décrète une amnistie, les grains volés étant restitués en grande partie grâce aux bons offices des curés.

Notons que les trois-quarts des émeutiers étaient des vignerons qui ne produisaient pas de grains et étaient donc d’autant plus sensibles au prix du blé.

 

Extrait de La guerre des farines de Jacques DUPAQUIER (1996).

Robert B.


Bibliographie


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