Un « bavard » célèbre : Maître Garçon

ID137_01-MaitreGarconMaître Garçon, avocat ô combien célèbre du Barreau de Paris, le futur défenseur notamment de Violette Nozières, s'avança et surprit les assistants en annonçant d'emblée qu'il avait à défendre un « monstre », c'est le mot qu'il employa, d'un monstre qui « mène une vie de pirate dans une ville civilisée ». Il montra ce qu'il y avait d'anormal chez ce déséquilibré comme disaient eux-mêmes les médecins. Il plaida la perversion de ce milieu de voyous sur son client à la personnalité déjà fragile qui devrait être soigné dans un asile.

D'autre part, n'était-il pas contraire à l'équité de condamner à mort un homme qui avait sans doute des complices : la balle retirée du crâne ne provenait pas du pistolet. D'ailleurs, un cycliste avait aperçu un homme et une femme près des restes qui se consumaient à Poissy. Enfin, l'auto de Vincennes contenait une foule d'empreintes digitales, aucune de Davin.

Grâce à son talent, Me Garçon réussit à sauver la tête de son client à qui les jurés accordèrent les circonstances atténuantes et qui fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Le verdict fut accueilli avec le sourire par le coupable.

Il irait « aux durs » c'est ainsi que les bagnards, « les durs » désignaient le bagne en Guyane, appelé la Dry Guillotine ( la guillotine sèche) par un ancien forçat devenu écrivain aux Etats-Unis. Albert Londres y avait effectué en 1923 un grand reportage pour Le Petit Parisien et avait dénoncé les conditions inhumaines, indignes et désespérantes de forçats qui n'étaient pas tous de grands criminels. « Les îles du Salut ? Je demande, en passant, que l'on débaptise ces îles. Ce n'est pas le salut là-bas, mais le châtiment. La loi nous permet de couper la tête des assassins, non de nous la payer. »Les prisonniers étaient composés de trois catégories : les déportés, des politiques, les relégués, des récidivistes ayant commis trois à sept petits délits, qui pouvaient garder cheveux et moustaches et travaillaient dans la brousse pour l'administration, les transportés, des criminels qui méritaient au moins sept ans de travaux forcés et les accompliraient dans les villes, souvent chez des particuliers et pourraient gagner quelque argent. Davin avait été condamné à perpétuité mais ceux qui étaient condamnés à plus de sept ans ou les relégués libérés devaient rester sur l'île après l'exécution de leur peine et ne trouvaient pas de travail puisque les entreprises locales utilisaient plutôt la main d'œuvre bon marché des forçats ; ils en étaient donc réduits à voler ou à mourir de faim. Telle était la loi du « doublage »: condamnation à résidence pour un temps aussi long que la peine. On a pu dire que la relégation était pire que le bagne.

Cette série d'articles du premier journaliste d'investigation connut un grand retentissement et provoqua un choc dans la société. Dans le journal La Croix en 1933, on pouvait lire qu'il y avait pire que le bagne, c'était d'être libéré. Un bagnard célèbre était encore dans tous les esprits : Dreyfus. La campagne d'Albert Londres et le coût prohibitif de cette forme de châtiment auront eu raison du bagne qui sera supprimé officiellement en 1938.

A suivre

 

Françoise D.

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