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Les répercussions de cette affaire

Cette affaire eut un écho incroyable dans la presse tant pendant le procès que bien après. Elle amena, dans des journaux très différents, de nombreux commentaires et des réflexions qui n'étaient pas étrangères aux constatations humanistes de Londres.

Certains tenaient des propos de café du Commerce et renouvelaient le ô tempora, ô mores ; dans l'hebdomadaire Ric et Rac en 1933, on pouvait lire : « Aujourd'hui nous regrettons les boxeurs et les comiques du café-concert. Certainement on pourrait constituer une affiche de music-hall avec des vedettes du crime : jeune premier Guy Davin etc... Il y a toujours eu des détraqués mais les choses seront à un point inquiétant le jour où les détraqués formeront la majorité. Nous en prenons le chemin. »

ID139_01-CageDuBagneD'autres avaient des considérations idéologiques : dans l'Humanité du 19 janvier 1932 « Un jeune bourgeois Guy Davin, oisif crapuleux, tuait son complice en mauvais coups l'américain Wall... Ne parlait-on pas dans la presse bourgeoise d'interner ce digne produit du régime dans un asile d'aliénés ? Alors qu'on sévit sans aucune preuve contre un malheureux travailleur qui n'a commis aucun délit si ce n'est celui de lutter contre un régime en décomposition, on fait preuve d'une bienveillance scandaleuse à l'égard des déchets du capitalisme. »

Dans Ecoutez-moi, l'analyse est digne d'un criminologue « L'assassin Guy Davin, l'escroc Sacha Stavisky et toute sa bande et tant et tant d'autres n'étaient pas des hommes du milieu ».

Certains points de vue étaient moraux : dans le mensuel Audaces de janvier 1934, Davin est considéré comme un élève de Stavisky : « C'est l'époque des bars. Le Tout-Paris avec une escorte de jeunes gens bien vêtus, sans profession, sans culture, épris d'automobiles et dépourvus de sens moral, va des Champs-Elysées à Montmartre, du cocktail au champagne obligatoire ».

La plus scandalisée était Marthe Hanau qui serait condamnée peu de temps après pour escroquerie et écrivait : « On sent percer les premiers effets de désordre moral engendré par la crise avec Gauchet, Guy Davin et Violette Nozières, produits d'une éducation relâchée depuis la guerre. »

D'autres formulaient des réflexions philosophiques qui n'étaient pas étrangères aux constatations humanistes de Londres. Le Figaro écrivait « Une question se pose au point de vue moral et elle est angoissante. Si on n'a pas le droit de punir de l'échafaud un criminel qu'on ne trouve pas tout à fait responsable, a-t-on le droit au point de vue philosophique de l'envoyer même en prison ou de lui infliger ne fût-ce que 16 francs d'amende ? »

Enfin, après la seconde guerre, l'écrivain Jean Genet évoquait encore Davin cité par ses anciens codétenus comme un des « princes du crime ».

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Conclusion

Davin, au cours de sa jeune vie, avait entendu parler des braquages et des meurtres de la bande à Bonnot, des escroqueries et des onze assassinats de Landru à l'éloquence provocante, condamné à mort dans cette même cour d'assises de Versailles et surtout des horreurs de la guerre de 14 et du peu de prix de la vie humaine.

Adolescent et jeune homme, il avait été contemporain du défoulement des années folles : la Garçonne avait fait scandale, le music-hall avait remplacé le café concert et Joséphine Baker avait triomphé dans « l'indécente » Revue Nègre.

ID139_02-LaCavaleOn rêvait en admirant automobiles, trains de luxe et paquebots. Phonographes, radios et cinémas permettaient de découvrir jazz, films parlants et bienfaits de la consommation qui allait marquer le pas avec la crise de 1929.

Les spectacles de « Grand Guignol » où l'hémoglobine coulait à flots avaient beaucoup de succès.

Les surréalistes eux-mêmes étaient fascinés par les criminels et André Breton s'était laissé aller à écrire: « L'acte surréaliste le plus simple consiste à descendre dans la rue, révolvers(sic) au poing et à tirer tant qu'on peut au hasard dans la foule », phrase qui ne manqua pas, on le comprend, de scandaliser.

Davin et ses amis avaient baigné dans cette atmosphère où jeu, trafics et violence faisaient miroiter luxe et argent facile à des esprits immatures et sans scrupules.

Mais en ce début de XXe siècle, le journaliste devenait enquêteur et remuait les consciences ; la psychanalyse s'imposait même dans l'art, la justice réfléchissait sur l'adéquation de la peine à la responsabilité et au discernement de l'accusé et après l'abolition internationale de l'esclavage en 1919 se prenait à envisager la suppression de la transportation et de la relégation.

Qu'est devenu Davin ? Au bagne, a-t-il survécu aux maladies : lèpre, dysenterie, fièvre jaune, tuberculose ou malaria ? A-t-il évité le triste sort du « môme » au service sexuel d'un caïd plus âgé ? A-t-il réussi à s'évader malgré les dangers de la jungle et de la mer ?

 

Françoise D.

Le 24 mars 2010

 

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