Dans le cadre de sa dernière conférence, Daniel BIGET, coauteur de « Triel, son Histoire, ses Légendes » a exposé ses idées, ses hypothèses de travail et ses conclusions sur le trésor de Jacques II.

Histoire ou légende

Nous vous avons réunis ce soir, pour évoquer la curieuse histoire devenue légendaire et cependant bien réelle des fouilles mystérieuses de Triel... Au début des années 1980, mon ami M. Beaujard et moi-même, avons effectué quelques recherches sur cette affaire, pour en parler dans notre livre « Triel, son histoire, ses légendes ». Quand, en 1990, la commission du patrimoine de St Germain en Laye s'est proposé de donner forme au projet de M. Edward Corp, historien anglais, de préparer l'exposition sur Jacques II Stuart et les Jacobites à St Germain, bien des propositions sur ce thème furent présentées aux membres de la commission. En marge des sujets traités, il y avait l'énigme du Trésor de Jacques II Stuart, et sa légende toujours vivante à Triel. Une des responsables de cette commission, Madame Perret, m'ayant contacté à ce sujet, nous avons entrepris des recherches poussées afin d'avoir des preuves tangibles de leur origine.

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Certes, cela ne paraissait pas très sérieux, mais après la lecture du rapport de M. Fourdrignier, paru en 1891 à la commission des Antiquités et des Arts de Seine et Oise et un excellent article de M. Poncelet paru dans le « Monde souterrain » en 1957, ce récit est apparu comme un clin d'œil à l'histoire. De ce fait, j'ai eu très envie de poursuivre mes premières recherches et d'apporter ce qui manque à une légende de tradition orale, c'est-à-dire des preuves tangibles de son origine.

C'est par la consultation de l'état civil, pour donner une identité à ces personnages que portèrent nos premières démarches. Elles n'obtinrent pas toutes le succès attendu. Les archives de Paris ayant disparu le 24 mai 1871 dans les incendies de l'Hôtel de Ville et du Palais de Justice, il n'existe plus de registres originaux d'état civil avant 1860. C'est aux Archives nationales et dans celles de Maître Hubert, notaire à Triel, que furent retrouvés certains actes notariés (plus de 100 ans écou1és permettent l'accès aux archives, ainsi qu'à L'état civil). Tous ces documents permirent de retracer une partie de cette histoire sans concession au romanesque, qui ne manquera pas par ailleurs.

Tout commence en 1845

Tout commence lorsque, en 1845 à Triel, une femme jeune encore, d'allure distinguée, vêtue avec recherche, descend de la diligence venant de Rouen et demande son chemin aux habitants qui l'observent avec curiosité. Elle s'exprime en Français avec un accent anglais prononcé. Les habitants de Triel sont fort intrigués des allées et venues de cette inconnue dans leur paisible village. Triel s'étire le long des berges verdoyantes de la Seine. A l'époque, il ne s'y passe guère d'événements. Le château détruit après la révolution, c'est seulement un charmant village quelques grosses maisons, la rue principale qui traverse la ville, quelques rues et ruelles perpendiculaires qui descendent vers la Seine. Une magnifique église du XIIIème et XIVème siècle domine la rue principale. La personne nouvellement venue cherche à acquérir une propriété dans le village, mais pas n'importe laquelle. Elle sait précisément ce qu'elle cherche, a un emplacement déterminé. En 1845, d'après les actes notariés, elle fait l'acquisition d'une maison. Entre 1848 et 1860, elle en acquiert en totalité 7 et un jardin fruitier formant un quadrilatère.

La maison principale sur deux étages et le grenier faisaient partie comme les autres maisons d'un ancien couvent, l'Hôpital des sœurs de la Charité. Elle paie chaque acquisition en billets de banque « comptés et délivrés à la vue du notaire et des témoins soussignés .» Elle signe ses acquisitions du nom d'Alexandra Elisabeth Mathieu Deville née, sur certains actes, à Paris, sur d'autres, à la Buisserate dans l'Isère. Après recherches, rien n'a pu être établi de réel.

L'ensemble des propriétés est délimité par la rue Paul Doumer, la rue de Seine, le chemin de halage et la rue Cadot, soit environ 2000 m2.

De sa vie privée durant son séjour à Triel, nous savons peu de chose. C'est par les bordereaux de recensement, conservés aux archives départementales que nous apprenons qu'elle se dit veuve, habite avec sa fille Juliette née en 1831 à Paris

. Vivent avec elles deux domestiques. On prétend que jadis, des souterrains reliaient le monastère au château de Triel appartenant alors à la famille Fitz-James, descendant de Jacques II.

 

50 ans de fouilles

Madame Deville ne faisait pas mystère de la raison de ses achats de propriétés. Elle disait détenir une partie d'un plan ancien. Dès 1848, commençaient les fouilles qui devaient durer plus de 50 ans.

Ouvrons une parenthèse pour éclairer cette histoire. On a prétendu que, pour soutenir Jacques II dans son exil, une souscription d'enthousiasme aurait été organisée par les gentilshommes du royaume qui auraient donné leur vaisselle en or et leurs femmes leurs joyaux. Le tout fut transformé en lingots et aurait été transporté par bateaux vers St Germain en Laye.

On prétend également que la couronne de Charles II, roi d'Angleterre et frère de Jacques II, et son épée ainsi qu'un certain nombre de joyaux qui manquent encore à l'inventaire du trésor royal auraient été acheminés vers St Germain (archives de la famille de la Bastie).

D'après le récit de la fuite de la Reine, dans le « Mercure Galant », nous savons seulement que Lauzun portait la cassette de pierreries de la Reine. Par contre, en ce qui concerne la souscription d'enthousiasme, aucun document ne permet, à ce jour, d'affirmer cette hypothèse. Jacques II, avant sa mort, avait déposé ses mémoires au collège des Écossais de France que dirigeaient alors les Pères Inèse, son ancien secrétaire et aumônier de la Reine.

A la Révolution, on fit passer ces manuscrits à St Orner d'où ils devaient être envoyés en Angleterre. Ils furent confiés en attendant à un Français, ami de M. Stapleton, principal du Collège des jésuites de St Orner. Mais le dépositaire fut mis en prison. Sa femme, effrayée d'un tel dépôt, le brûla. Mais il existait une copie qui faisait une sorte de biographie de Jacques II de sa naissance a sa mort.

La copie demeura entre les mains des héritiers de Jacques Il puis passa dans les mains de 1'Abbé Waters procureur général des Bénédictins anglais. Une partie des papiers de Jacques II fut offerte au régent d'Angleterre en 1816 par Monseigneur Tassoni administrateur des biens de feu le Cardinal d'York. L'autre partie, achetée à l'Abbé Waters, fut déposée en 1805 entre les mains de M. Bertram, consul d'Angleterre. En 1808, un brick anglais vint les chercher mais ne put accoster en raison de l'état de guerre et ce ne fut que quelques années plus tard qu'on put les embarquer pour Livourne d'où ils passèrent à Tunis, puis à Malte et arrivèrent enfin à Londres. En 1810, ces archives furent placées dans la bibliothèque privée du Prince de Galles. Un jour, Lord Palmerston, en examinant les papiers de Jacques II aurait été très intrigué et intéressé par un inventaire du trésor royal et par un dessin donnant description d'une propriété à Triel, où un enfouissement aurait eu lieu. Le plan ajoutait que l'on trouverait trois dépôts et les dernières indications pour y parvenir sans trop de difficultés.

Madame Deville était-elle la mandataire de Lord Palmerston ? Nous l'ignorons. Sa mystérieuse identité, nous le verrons plus loin, nous réservera bien des surprises.

 

Une galerie de 5 à 6 m

Revenons sur le site des fouilles. Entreprises pendant plus de 30 ans dans un premier temps, elles ébranlèrent les médiocres constructions de Madame Deville. Elle les fit abattre et on procéda à l'ouverture d'une galerie de 1,30 m de large sur 1,80 m de hauteur. L'accès était donné par un puits situé à l'intérieur du jardin. La galerie traversait un terrain tantôt vierge, tantôt composé de terres rapportées. La profondeur de la galerie était de 5 à 6 m. Plus tard les successeurs rencontreront bien des difficultés, car au cours de ces premières fouilles on rebouchait au fur et à mesure la galerie, ne sachant que faire de tous ces gravats. On rencontra de l'eau, il fallut faire des épuisements.

En 1850, les habitants observent que, curieusement, les ouvriers de Madame Deville sont habillés comme des moines d'une robe de bure et travaillent capuchons rabattus, observant la règle du silence. Ces moines appartenaient-ils à l'ordre des Bénédictins anglais du Faubourg St Jacques à Paris ? Nous l'ignorons. Jacques II entretenait avec ceux-ci de bonnes relations car après sa mort, son corps y fut déposé. Toutefois, nos chercheurs de trésor vivaient en retrait des habitants de Triel, ravitaillés par une servante.

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Les années passaient. Les habitants de Triel racontaient que Madame Deville était fort riche, qu'elle recevait des subsides de la Cour d'Angleterre, qu'elle fréquentait des gens importants tel Lord Parmerston (1748-1865), qui fut ministre des Affaires étrangères de 1830 à 1841, le Duc de la Rochefoucauld-Doudeauville et qu'elle était reçue aux Tuileries à Paris. Aujourd'hui, nous sommes en mesure d'observer qu'elle fit aussi de nombreux emprunts qui contribuèrent vraisemblablement au paiement des propriétés de Triel : en 1865, une somme de 28 000 francs, en 1860, 27 000 francs. Ces transactions importantes à l'époque ont été enregistrées devant notaire à Paris et les prêts consentis par un certain abbé Houdard, aumônier des Hospices de la Charité de Paris.

Ces 55 000 francs dépassent largement la totalité du prix des maisons qui s'élève, d'après les actes notariés, à 35 000 francs environ. Mais les fouilles engloutissent des sommes considérables et il faut entretenir la main d'œuvre.

Cependant, dès août 1854, Madame Deville se trouve dans une situation inconfortable. Elle demande conseil à un autre membre de l'Église, l'Abbé Mathieu, aumônier de l'Hôpital de la Rochefoucauld à Paris.

La réponse par lettre, conservée par les descendants des héritiers de Mme Deville, bien que mystérieuse, nous éclaire sur sa personnalité. Elle semble désemparée, à bout de ressources financières, en proie au doute sur ce qu'elle appelle « sa mission et son destin ». Elle laisse entendre qu'elle est guidée par une personne qu'elle ne nomme pas et qui, se prétendant inspirée par Dieu, a entrepris une œuvre de réhabilitation concernant l'identité de Mme Deville. Elle l'aide par des moyens plus ou moins occultes dans sa recherche du trésor. Mais revenons à la maison du Trésor. En 1881, pour continuer les fouilles, Mme Deville empruntera une somme de 5 000 francs à Mr Dezoteux de Maisons-Laffitte. En février 1885, Mme Deville a 78 ans. Presque ruinée, menacée de saisie judiciaire, elle est toujours persuadée de vivre sur un trésor. Ses maisons ébranlées, le jardin retourné de part en part, elle trouve encore une solution elle loue sa propriété à Anna Blackwell, locataire peu banale. Sur un bordereau de recensement, elle se dit femme de lettres et anglaise de naissance. Nous découvrons à la Bibliothèque Nationale un fascicule édité chez Bardin à St Germain qui a obtenu une médaille d'or en 1877 en Angleterre. Son titre est assez révélateur « De l'effet probable du progrès des idées spirites sur la marche sociale de l'avenir » puis, au Cabinet des estampes, un portrait et un article paru dans un journal anglais. Cette curieuse femme à la personnalité ambiguë est pourtant la sœur de deux femmes médecins dont l'une fut une

pionnière très estimée de la gynécologie en Angleterre. Dans le bail de location d'Anna Blackwell consenti par Mme Deville, celle-ci ne paraît pas complètement désintéressée. Si elle consent à loger Mme Deville et sa fille clans une des petites maisons, elle revendique par contre sans partage le trésor en cas de découverte. Encore une qui fouillera.

Le bail est de février 1885 mais dès le mois de mai la situation se détériore rapidement. Mme Deville acculée à la ruine et toujours menacée de saisie, demande un dernier prêt à Monsieur Alfred Royer de la Bastie, lui cède son mobilier en garantie, ainsi qu'une promesse de vente avec une clause en cas de découverte du trésor : un partage après remboursement de ses dettes. Une part doit revenir à Mr le Comte de Lapeyrouse-Bonfils à qui cette affaire avait été offerte et qui l'a cédée moyennant intérêt, puis 1/5ème de la valeur à partager entre Edmond, Juliette et Emmanuel Deville, 1/6ème à employer pour la construction d'une église en Angleterre.

Le 5 mai 1885, elle vend maisons et jardin pour la somme de 200 000 francs à M. de la Bastie. Malgré son âge c'est encore une rude femme d'affaires. Elle obtient également la jouissance d'une de ses petites maisons sans loyer pour une durée de trois ans.

Monsieur de la Bastie prendra un associé : Monsieur de Valence de Minardière qui apportera une aide financière et recevra à son tour le mobilier de Mme Deville en garantie.

Le 29 janvier 1886 Madame Deville meurt, âgée de 79 ans, faisant de M. de la Bastie son légataire universel, à charge pour celui-ci du règlement de ses dettes. MM de la Bastie et de Valence après bien des démêlés judiciaires accéderont à l'entière propriété de la maison du trésor, rembourseront les dettes de Mme Deville et attaqueront de nouvelles fouilles, plus profondes que les premières, avec des moyens plus modernes, sous les anciennes galeries à 10 m de profondeur. Équipés d'une pompe a vapeur, ils épuiseront l'eau à 120 000 litres/heure. Ils emploieront des mines pour creuser les galeries et ébranleront définitivement les maisons voisines. Aux moines succéderont des ouvriers bretons. Ils iront plus loin que les limites de la propriété, traverseront la route nationale en direction de l'église. On imagine l'émoi des habitants de Triel. Les maisons ébranlées devront être détruites (Actes du Conseil Municipal des 17 et 29 oct. 1909).

C'est au cours de ces fouilles que le bruit se répandit de la découverte d'un squelette de femme munie d'un anneau d'or, d'une statuette de la vierge en or massif de 30 ou 40 cm de haut du XVème ou XVIème siècle, de pièces de monnaie anglaises en or de la même époque. On ne sait pas ou passèrent ces trouvailles précieuses. En 1886, les journaux eux-mêmes s'emparèrent de l'affaire le « Seine et Oise illustré » en 1892, « le Petit Mantais » et « le journal du Siècle », puis « le Monde Illustré » avec un article romancé de G. Lenôtre, académicien. En 1895 parut un article signé Labadie Lagrave dans le « Figaro ».

C'est par une lettre de Monsieur de la Bastie à sa sœur en janvier 1889, conservée par les descendants, que nous avons un aperçu exact de l'atmosphère qui régnait sur les lieux.

Citation : « Je pars ce soir avec Mathilde (sa femme) passer quelques jours a Paris, pour nos affaires et beaucoup aussi pour nous sortir de l'affreux taudis malsain où nous vivons depuis si longtemps, occupés à pousser l'espoir devant nos pioches à 10 m sous terre a travers les roches et les eaux qui nous noient.

En ce moment nous faisons des galeries au-dessous du niveau de la Seine et des courants d'eau de source que nous rencontrons, une pompe à vapeur nous en débarrasse en ne chômant pas. Dès qu'il y a une réparation ou pendant la nuit l'eau envahit et recouvre tout, c'est du propre! Et puis ça mène à quoi, voilà ce que depuis longtemps je me demande, les probabilités restent toujours les mêmes... et plus loin... La cataleptique qui nous dirige tantôt d'un côté, tantôt de l'autre nous dit des choses curieuses et étonnantes que nous ne puissions vérifier et nous faisons souvent fausse route ce qui nous oblige souvent à des détours peu faciles, ayant 10 m de remblais, terres mouvantes et roches suspendues sur têtes. Je n'ai plus la même confiance, mais c'est une de ces entreprises ou il faut aller jusqu'au bout... et plus loin, la maison est absolument hantée, les souterrains aussi, notre plus vaillant ouvrier n'ose plus y remettre les pieds, Mathilde a perdu le sommeil, les filles sursautent au moindre bruit, on en entend toute la nuit, dans les chambres, les escaliers, les salons, contre les fenêtres et dans les souterrains. Ma voyante prétend que c'est l'âme de Madame Deville, et plus loin... rien dans cette histoire n'est ordinaire, le prieur de Notre-Dame des Neiges et le père d'Alissac vont en étoles dans les souterrains, bénir, exorciser, objurer, répandre de l'eau bénite, planter des médailles de Saint Benoit. » La vie de la famille de la Bastie n'est certes pas de tout repos.

Ces fouilles dureront jusqu'à leur mort. MM de la Bastie et de Valence de Minardière décèdent tous deux en 1901. Par les actes notariés, nous savons que les descendants héritiers renoncèrent à la succession et que la maison du trésor fut mise en vente. Les actes de vente depuis portent une clause particulière :

« Dans le cas de découverte dans l'immeuble vendu, d'objets ayant un caractère de trésor, tels que bijoux, monnaies ou couronne, la valeur des dits objets serait partagée par le notaire entre vendeurs et acquéreurs. » J'ai soigneusement étudié tous les déplacements de Jacques II signalés par la « Gazette de France » qui relate les moindres déplacements de la Cour. Aucun en visite officielle à Triel. Jacques II est-il allé au château de Triel, au couvent, au monastère en simple particulier ? Rien ne le signale, mais ce n'est pas impossible. Un Historien a prétendu que Jacques II recevait dans l'ancien couvent ses aventures galantes. Jacques II ne le contredira pas.

En conclusion, il serait surprenant que le Roi Jacques II Stuart conscient de sa mort prochaine et qui, dans ces derniers instants a demandé au Roi de France Louis XIV la reconnaissance de Jacques III son fils n'ait pas songé à confier à son épouse ou à son confesseur le lieu où des biens royaux auraient été enfouis, pour soutenir matériellement le rétablissement de son fils sur le trône. L'hypothétique trésor fera rêver longtemps les triellois.

 

Le propriétaire de l'illustre maison qui m'avait cordialement reçu, ne se plaignait pas d'éventuels fantômes. Par contre, il se souvenait parfaitement du récit de ses grands-parents et parents qui habitèrent la maison voisine et qui avaient en mémoire les événements survenus au cours des travaux : le bruit des explosions des mines pour creuser les galeries, celui de la pompe qui fonctionnait jour et nuit ainsi que la découverte des tombes des moines décédés pendant les travaux des fouilles, de même que les protestations des voisins importunés et dont les plaintes n'aboutissaient pas.

Si la sépulture de Madame Mathieu Deville n'existe plus depuis quelques décennies, en revanche, celle de sa fille Juliette, décédée en 1904, existe toujours au cimetière de Triel.

Quel trésor fut cherché pendant plus de cinquante ans ? Nous l'ignorons encore, pour longtemps, je crois. Quant à la véritable identité et l'origine de Madame Deville, nos investigations se sont heurtées à des murs infranchissables ou à des suppositions plus ou moins fantastiques ou hasardeuses... mais ceci est une autre histoire que je vais tenter de vous expliquer.

Les preuves authentiques de sa naissance sont absentes. Elles pourraient être considérées comme suspectes ou dangereuses car, stupéfaction, Madame Deville, la révélation est certes inattendue, pourrait être la fille de la Reine Caroline Amélie, femme de Georges IV. Il fallait le prouver, car elle vivait retirée, ne voyant que ses amis, la plupart haut placés et au courant de sa naissance. La noblesse anglaise en parle à voix basse dans les salons.

A Paris, un ami de Madame Deville, le Duc de la Rochefoucauld-Doudeauville, ambassadeur d'Angleterre entre 1873 et 1874, l'aurait confié a ses proches. Avant d'étudier la naissance de Mme Deville, je me suis penché sur la vie de la Reine Caroline-Amélie, née de Brunswick en

1768.

Son mari, Georges IV, régent de 1811 à 1820, passait pour être grossier et corrompu par une jeunesse orageuse. C'est pour éteindre ses dettes qu'il consentit à épouser Caroline de Brunswick, sa riche cousine.

Il se sépara de sa femme peu après son mariage.

La reine se retira à Black-Heath avec sa fille légitime Charlotte Augusta née en 1796. Elle fut accusée d'adultère et exclue de la Cour.

Elle se mit à voyager sur le continent où elle mena une vie désordonnée. Georges IV institua une commission d'enquête sur la vie de la Reine. Quand il devint Roi en 1820, suite au décès de son père, l'enquête était terminée mais il refusa de reconnaître Caroline pour Reine. Celle-ci revint en Angleterre où le ministère déposa au Parlement une demande de divorce. C'est alors que se déroula un procès scandaleux qui donna gain de cause à la Reine. Quand elle voulut se faire couronner avec le Roi, le peuple n'était plus avec elle. Elle mourut peu après ce dernier affront en 1821. Je suis parti ensuite sur d'autres données. J'ai vainement espéré que la mairie de St Martin le Vinoux dont dépend la commune de Buisserate dans l'Isère et à qui j'avais demandé l'acte de naissance de Mme Deville née éventuellement Mathieu, me donnerait un démenti concernant la prétendue identité royale, mais sur une décennie, aucune trace de cette naissance.

J'ai fait les mêmes recherches aux Archives de Paris, mais sans succès en raison de leur disparition avant 1860. Le fait de ne rien trouver n'est pas une preuve certaine. Dans les actes de recensement, elle a toujours prétendu être originaire de Paris. Sur son acte de décès, elle est déclarée née de parents inconnus. Aurait-elle effectivement été abandonnée à la naissance, élevée dans une province lointaine à l'abri du scandale ? Ce n'est pas impossible.

Par contre, dans un répertoire de l'assistance publique, dans les abandons, apparaît (en avril 1807 ?) le nom de Louise Deville. Aucun dossier n'existe sur l'enfant.

 

Le mystère de cette naissance semble inviolable.

Sur l'acte de décès de Juliette Deville (fille de Mme Deville) un témoin de la défunte se dit son frère et porte le nom d'Edmond Deville bien que sur l'acte de décès de Mme Deville, Edmond et Emmanuel Deville se déclarent tous deux amis de la défunte. Cette anomalie saute aux yeux. L'état civil aux archives de Paris nous permet de rétablir la parenté dissimulée de ces trois personnes nées à Paris. Ils sont les enfants de Mme Louise Deville d'après leurs actes de naissance. C'est la même sage-femme qui a présidé à la venue au monde de ces trois enfants, c'est elle aussi qui les présente en mairie déclarant la mère Louise Deville native de la Buisserate dans l'Isère.

Seul l'acte de baptême d'Edmond sur les registres de N.D. à Paris fait mention du père Jules Deville.

L'aîné est Emmanuel, Camille, Jules, Louis né en 1828, Juliette, Angéline, Louise Auguste née en 1831, Edmond, Jules, Camille né en 1834. Or dans tous les actes notariés Mme Deville se dit célibataire, sans enfant. A la réflexion nous pouvons penser que cette dissimulation a pour but de faciliter sur le plan juridique emprunts et hypothèques sans impliquer ses enfants dans l'imbroglio inextricable où elle se débat au fil des ans. Pourtant, c'est par le deuxième testament découvert dans les tables de successions et leur absence aux archives départementales, testament confirmant le premier passé quelque temps auparavant que nous voyons apparaître le nom de son fils Edmond, institué son légataire universel. Nous verrons également qu'à la fin de sa vie, complètement ruinée, elle demandera une part de l'éventuel trésor en cas de découverte pour chacun de ses enfants. En ce qui concerne le trésor : Monsieur Corp très intrigué par la légende de Triel a fait de son côté quelques recherches. Un manuscrit du Fonds Stuart à la B.N. fait état d'une lettre en Anglais de Maurice Moray, Duc de Maren (1718) que je vous cite « Je suis souvent allé à St Germain, ils parlent aussi qu'ils ont trouvé des trésors cachés, mais je n'en sais pas plus. » Toutefois la Tour de Londres nous a fait savoir que la St Edouard, couronne utilisée pour Charles II et l'épée de 1660 figurent toutes les deux sur l'inventaire du trésor royal. Je vous cite une partie de la lettre pour ne pas déformer la réponse : « Quand James II vécut dans la région en 1689, il n'y a pas d'évidence qu'il ait emporté la couronne avec lui, c'est contraire à la réalité. Il prit le saphir des Stuarts qui fut retourné après la mort du Cardinal d'York en 1807. Il fut incorporé dans la liste royale et destiné à la Reine Victoire en 1837 .» Quel trésor fut cherché pendant plus de 50 ans à Triel ? Nous l'ignorons. Des historiens évoquent des biens enfouis pendant la Révolution. Quant à l'identité de Madame Mathieu-Deville, l'état civil en France, à l'époque moins rigoureux qu'au XXème siècle, rend les investigations difficiles.

En anecdote, je peux vous signaler qu'en 1991, un « chercheur de trésor officiel », c'est son appellation, a contacté le propriétaire de la « maison du trésor » ainsi que la mairie.

Il se proposait d'effectuer des recherches, certain, selon lui, de trouver le trésor évalué par lui à 50 millions de 1690. Il demandait 60 millions de francs, plus 50% du montant du trésor et un manoir en Bretagne dans un endroit désigné par lui. Je tiens à remercier Mme Perret qui fut ma complice lors de nos recherches. Je dois aussi rendre hommage aux descendants de la famille de la Bastie qui nous ont ouvert leurs archives privées.

 

Daniel BIGET

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