Informations générales :

« Depuis une époque reculée, Triel était le siège d'une prévôté royale dont dépendaient plusieurs paroisses : Vaux, Andrésy, Maurecourt, Conflans Ste Honorine, Verneuil, Vernouillet.

Cette prévôté fait partie du domaine du roi qui fut le seul seigneur de la terre de Triel jusqu'à la fin du XVIe siècle, date à laquelle apparaissent des seigneurs engagistes, sans que soient affectés les droits de propriétaire du roi.

Les biens tenus par engagement de sa majesté comprenaient, outre la terre et la seigneurie de Triel ayant haute, moyenne et basse justice, la prévôté avec la faculté de nommer et de présenter à la personne du roi aux offices de conseiller du Roi, président, prévôt royal, juge civil et criminel, enquêteur et examinateur et à ceux de notaire, tabellion et greffier dans l'étendue de ladite prévôté, autant d'officiers de justice que nous voyons intervenir dans les procès, inventaires et autres affaires passées devant la cour de Triel.

Le premier seigneur engagiste fut en 1574, Mre Pierre Brulard, chevalier, conseiller du Roi, secrétaire d'Etat et de ses finances, suivi en 1620 de Me Charles Brulard.

Pour le XVIIIe siècle, le recoupement des sources permet d'établir la liste suivante :

Marquise de Monperoux ( ? _ 1742), laquelle vendit la seigneurie à François Aleaume, ancien marchand (1742_1744).

Jacques Brissard, conseiller des finances, acheta la terre à l'héritier de François Aleaume et la transmit lors de sa mort à son fils, Auguste Simon Brissard, fermier général de sa majesté ; la nièce de ce dernier, sa légataire universelle, avait épousé le duc de Fitzjammes ; elle garde, jusqu'à la vente du château et de ses dépendances comme biens nationaux le 30 Août 1796, la possession usufruitière de la seigneurie, en la concédant cependant deux fois «  à vie » à la Comtesse de la Massais en 1780, puis à Fortunée Marie d'Este Modène, Princesse de Conti, en 1781.On trouve mention de cette dernière dans les documents de la série B du baillage de Triel.

Le clergé apparaît à l'occasion des contestations de biens : l'abbaye royale de Poissy, le prieuré de St Blaise, la fabrique et l'hôpital de Triel ; marchands, vignerons font entrevoir dans leurs inventaires après décès l'état de leurs biens, le cadre de leur vie ; parmi eux certains s'élevaient à une véritable aisance : les Badaire, les Thomassin, les Duvivier complètent leurs activités agricoles par celles d'officiers en se faisant pourvoir d'offices de justice. Mais ils ne parvenaient jamais à la charge de Prévôt.

 


Voici la liste, parfois lacunaire, des prévôts :

  • Pierre Regnault, licencié es lois 1596-1603.

  • François Guéroult, écuyer, Seigneur de la Bannière, conseiller du roi, maître des requêtes ordinaires du duc d'Anjou 1654.

  • François Guéroult de Boisroger, écuyer, 1717-1760.

  • Parnajon, 1760-1778, qui avait constitué une maison de Pensée fréquentée entre autres par Tronchet, Diderot, Champfort, Cabanis, David, Houdon, Crébillon fils, Camus.

  • Pierre Marcel de Roury 1778_1790.

 

La charge de prévôt n'était pas rémunérée.

Du fait de l'exercice de la justice lié à cette fonction, Triel était doté d'une prison ; il en est souvent fait état dans les interrogatoires de prévenus tirés de prison pour répondre à leur juge, s'agissant d'affaires courantes, le prévôt laisse au procureur ou au greffier le soin de les traiter ; le procureur est pourvu de sa charge par des lettres de provision ; les greffiers sont la plupart du temps également notaires et tabellions. Un garde du scel, outre les fonctions attachées à sa charge remplit aussi celle de prévôt pour les affaires courantes, au même titre que le procureur. Le personnel secondaire des huissiers et des sergents veillent à l'exécution d'exploits.

 

Possédant haute, moyenne et basse justice, la prévôté de Triel disposait d'une plénitude de compétence en matière civile ; la mort et ses conséquences constituent la majorité des causes traitées dans cette juridiction ; apposition de scellés, reconnaissance et levée de scellés, inventaire après décès, partage, renonciation aux successions, saisies, tutelle-curatelle, bail judiciaire des biens de mineurs.

Ces documents sont riches de renseignements relatifs au cadre de vie, à l'habitat, à la démographie, aux cultures, au parcellaire, au rapport fortunes mobilière et immobilières /condition sociale.

Ils sont admirablement complétés par les actes d'assemblée d'habitants qui établissent le ban des vendanges, nommant les messiers, par les rapports d'experts sur les bêtes malades.

La proximité de la Seine détermine le passage fréquent de marchands consignés dans les documents s'ils subissent quelque dommage lors de leur traversée de Triel ou s'ils ne paient pas le péage ; ce fleuve entraîne aussi des noyades attestées par des procès verbaux.

Dernier aspect de la compétence civile :

L'enregistrement de lettres royales, de lettres de provision, de lettres de bénéfice d'âge...

 

En matière criminelle, les affaires soumises à la prévôté sont peu nombreuses, essentiellement limitées au vol, à l'escroquerie, à l'échange d'injures, coups et blessures.

Malgré l'étendue du ressort, la justice de Triel s'exerce uniquement sur les habitants de cette paroisse, (Triel, Carrières, Chanteloup et Pissefontaine) tous en majorité vignerons.

Le phénomène essentiel sur le territoire de cette paroisse est l'omniprésence de la vigne.

Mais l'importance du cheptel n'est pas négligeable, ni les ressources offertes par le bois comme le prouvent les nombreux procès intentés pour vente de vaches malades ou vol de fagots.

Les archives de la prévôté de Triel éclairent les sources plus classiques tels les registres paroissiaux, en leur conférant la dimension de la vie quotidienne et proprement humaine. »

 

A noter les informations sur la prévôté royale de Triel sont extraites du classeur de la série B des archives départementales des Yvelines)