Triel, Mémoire & Histoire va à la rencontre des anciens Triellois afin de recueillir leurs témoignages sur le vif. Au cours de ces entretiens, ils nous racontent leur métier, leur histoire, leur vie avec passion et sincérité. Ces morceaux de vie participent également à l'histoire de Triel et nous les saisissons afin qu'ils ne se perdent pas.

Nous tenons ici à remercier vivement toutes ces personnes pour leur contribution et pour avoir eu la gentillesse de nous ouvrir leurs archives familiales.

Entretien de Dominique Aerts avec Jacqueline Haquin, 93 ans, en sa demeure à Triel, en janvier 2018.

 

ID625 01Mes parents sont venus habiter à Triel. J’étais très jeune, puisque c’était en 1930. J’avais 5 ans. Mes souvenirs sont vagues. Ils habitaient une maison sur l’avenue de Poissy, une maison en meulière qui donnait d’un coté sur l’avenue de Poissy et de l’autre sur la rue des Graviers. A l’époque, je me souviens, sur la rue de Poissy, il y avait des arbres, des acacias. Ma mère nous faisait des beignets d’acacias. Je jouais avec les fils Naudin, le père et l’oncle de Jean Paul. Et aussi avec un enfant du charbonnier Auchat. Mes parents déménageaient souvent. Je ne suis pas restée longtemps à Triel. Ensuite j’ai perdu ma mère et j’ai eu une période un peu compliquée.

(Sur la photo Jacqueline et sa Maman).

 

 

 

 

 

Je suis revenue à Triel en 1965.

ID625 02Nous cherchions un pavillon pour nous agrandir, pour un travail de couture. A Paris, il était impossible de garer la camionnette, on habitait à coté de la rue de Clichy et on fabriquait et vendait notre production au marché. C’était pas du 35 heures, c’était variable suivant la saison, ça a fini en queue de poisson, ça n’était plus valable. On est venu à Triel pour avoir de la place. Pour trouver un terrain, on a cherché en banlieue dans la zone nord, nord-ouest de Paris. Triel, ça m’a dit quelque chose. Comme on n’avait ni samedi, ni dimanche, comme ca, ça sera la campagne pour nous, les jours où on ne travaillera pas. On a pris le terrain ici : il était en 4 parties appartenant aux Tréheux de Triel, de Verneuil, Vernouillet, Huet aussi. On a fini de construire en 1968 et inauguré en février 1968. Ce qui nous a plu à Triel, c’est qu’il y avait le train et des commerçants, un bourg complet à l’époque. (Photo : Triel, vue aérienne, aperçu de la rue des Fontenelles).

J’allais acheter mes chaussures chez Mme Bazin à côté du marchand de linge de maison et chemises Mr et Mme Delor. Je me souviens aussi du bazar Massol, il y avait 3 bouchers et un boucher chevalin. Dans la rue Paul Doumer, un pharmacien Jolin qui a vendu après à Mme Falleur. Il y avait le pâtissier Baillache, le crémier Janin qui faisaient les tournées. Personne ne livrait dans la rue des Fontenelles parce qu’il n’y avait pas toutes ces maisons ; il y avait celle d’en face au 33, une au 55 et une au 35-36, Mme Madeleine. Il y avait des champs autour de la maison. Je me souviens que quand la laitue était montée, j’allais voir et je leur demandais de la «  salade cuite » et à gauche, il y avait un champ de persil. Plus loin, il y avait un grand trou, et après la maison de Mr et Mme Gandoin qui ont construit en même temps que nous. Au début quand ils sont arrivés, ils vivaient la semaine, au-dessus de la boucherie mais le week end, ils habitaient dans une petite cabane, sur la hauteur au dessus d’une carrière. Puis, leur maison s’est construite à l’entrée d’une carrière. Si on perçait leur maison, on trouverait l’entrée de la carrière. Le reste était des maisons de campagne construites par des parisiens, par exemple « Les 4 Vents » une grosse propriété.

 

Mes métiers, couturière et secrétaire

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A 93 ans, j’assiste deux fois par semaine à la gym seniors. Souvent, on me propose de me donner le bras pour marcher, mais ce n’est pas la peine. J’ai toujours fait du sport, surtout de la randonnée avec mon mari, même en montagne. C’était nos vacances, l’hiver on faisait du ski et l’été de la randonnée, et entre temps, le lundi, jour de repos pour nous, on marchait sur le GR2 jusqu’à Rouen par tranches de 20 kms. On a fait aussi du vélo dans toute la région. On a même fait partie d’un groupe de rando d’Andrésy, les « Pousse Cailloux ». A la retraite tous les dimanches, on faisait 20kms à pied. Et une fois par an, on randonnait pendant une semaine, dans une région, soit les gorges du Tarn, les gorges du Verdon et surtout la Bretagne. On faisait 800 à 1000 kms par an. On ne ratait pas un dimanche, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige. Une fois, en novembre sur la côte près du Havre, on a eu de la pluie à l’horizontal toute la semaine.

J’ai voulu faire de la gym à Triel, mais il n’y en avait pas à l’époque pour les seniors, les filles ne m’ont pas accepté, j’ai été mal accueillie et du coup, j’ai été à Andrésy pendant 10 ans. Mais je faisais 100 litres d’essence par an avec les allers et retours. Un jour, il y a eu un groupe à Triel que j’ai fréquenté ; Ce n’était pas terrible. Il y a eu une monitrice pas facile, mais depuis que c’est Catherine Ernout, c’est parfait, elle tient bien son truc et jamais elle ne s’absente. Une fois par an, il y avait un voyage organisé et quand j’étais à Andrésy, il y avait un rassemblement départemental. On s’entrainait pour faire des chorégraphies avec démonstrations à Rambouillet. On faisait des sorties organisées avec d’autres départements.

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J’ai été aussi au sanatorium, à l’Albarine, nom de la rivière locale dans le Jura, à Hauteville Lompnes (photo ci-contre); les établissements n’étaient pas forcément à la montagne, il y en avait un grand, dans le Val d’Oise. C’était les sanas de la Ville de Paris, un pour les hommes, un pour les femmes, un pour les étudiants ; c’était une ville de sanas. Il y avait aussi des sanas privés (4 ou 5). C’était des grands immeubles et nous, on était 300. C’était en 1952. On n’avait pas le droit de sortir. Je m’occupais de la bibliothèque, certaines faisaient le ménage car il n’y avait pas beaucoup de personnel. Elles étaient payées mais pas cher. Avec une grande copine très chouette, on a décidé de faire grève ; c’était ridicule, ils nous payaient 50 centimes de l’heure, soit 15 francs par mois, même si la monnaie n’est pas la même, ce n’était pas beaucoup. On avait aussi une grande entreprise de tricot avec de très bonnes tricoteuses. Moi, j’avais fait un tricot d’art, pas en laine mais en coton perlé, avec pour motif, la plume de paon comme ma taille (1.20 m de diamètre). Quand j’ai fini ce truc là, j’avais 3000 mailles ; c’était des grandes aiguilles qui étaient montées sur un fil de fer. Fallait pas se tromper, pas de bavardages, fallait se concentrer. C’était du tricot. On était en dortoir, pas en chambres individuelles. Nous, on était 7 dans notre dortoir. Le soir, ils fermaient le chauffage et il fallait ouvrir les fenêtres. Une fois, on a eu -28° les fenêtres ouvertes. Quand on s’est réveillées, on avait toutes du givre sur les cheveux. Il faisait des hivers très froids dans le Jura. C’était chacune notre tour pour aller fermer les fenêtres, fallait sortir du lit. Ils rallumaient à 7h. Dans notre petit dortoir, on avait deux femmes pratiquement illettrées, déjà au sana depuis 2 ans. (Sur la photo les compagnes de Jacqueline au sana).


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ID625 08Quand je suis arrivée au sana, il y avait les médicaments, avant non. On avait notre traitement de PAS tous les matins, on l’avait au bras. On se baladait avec le perfuseur et aussi le « Rimifon ». Avant il n’y avait rien, elles, elles étaient là depuis deux ans, elles trainaient. Elles étaient mariées et leurs hommes étaient partis. Elles avaient dans l’idée de devenir femmes de service. Elles étaient de conditions très modestes. Mais pour être femme de service, il fallait avoir son « certif », alors avec ma copine, on s’est attelées pour qu’elles aient leur « certif ». Elles l’ont eu. C’était terrible, c’était tout une vie. Au Printemps, c’était superbe là-bas, les champs étaient couverts de jonquilles. Quand on avait quelques sous, avec les camarades, on rigidifiait tous les tricots pour que ça ait plus d’allure. Il fallait tirer les tricots sur des planches avec des épingles et mettre de l’amidon. Avec nos sous, toutes, on s’était payées un taxi et on était allées à Annecy se balader la journée. On avait un jour de sortie par semaine. Sinon, c’était sévère, on avait des femmes qui passaient partout dans les dortoirs, c’était comme des surveillantes de prison. Autour du sana, c’était la prairie, la montagne. Les garçons, on ne les voyait jamais. On était vraiment chacun à part. C’était les restants de la guerre. Au fur et à mesure, les sanas ont fermés. Celui de St Gervais les Bains était très connu. Ils l’ont gardé très longtemps et puis, ça a fermé. Un près d’ici a été conservé pour soigner d’autres maladies. Pour moi, je l’ai eu mauvaise car je suis partie là-bas la veille de Noël 1952, le moral était plutôt bas. J’y suis restée 9 mois. J’ai eu un pneumothorax que j’ai gardé 4 ans et après, toutes les semaines, j’allais dans un dispensaire spécialisé à Paris pour me remettre de l’air. J’allais me faire insuffler. Il y a quelques années, j’ai eu une radio pulmonaire, j’ai dit à la personne que j’avais eu la tuberculose, elle m’a dit que ça ne se voyait même plus.

 

 

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 Mon mari, lui était un montmartrois. Il est parti en 1938 pour faire son service militaire. En 39/40 la guerre a été déclarée et après il est parti en Allemagne comme prisonnier. Il était dans une ferme. Les fermiers étaient bien embêtés car leur fils était en Russie. Il est rentré en 45. Nous y sommes retournés en 59, on a été accueillis comme des stars. Surtout qu’on est arrivés un jour de fête du village ; on nous a présentés à tout le village. Ils avaient gardé un très bon souvenir les uns des autres. Mais, beaucoup plus tard, je suis allée à Seligenstadt. Je suis mal tombée, c’était le carnaval. Il faisait très froid (-15°). Du coup, le car ne pouvait plus repartir. C’était vraiment une mauvaise chose.

Nous n’avions aucun lien avec les familles de Triel.

On allait souvent chez Mme Madeleine, en face et aussi chez Mme Parent, toutes les deux, rue des Fontenelles.

On a fait du vélo avec les « Gandoin », quand c’était tous les deux, car quand c ‘était lui tout seul, il allait très loin et d’une façon plus sportive que nous. Il s’est décidé à se faire opérer de la hanche, il avait déjà 80 ans, il aurait pu le faire avant. Au chirurgien, je lui ai envoyé au moins 6 clients de Triel et une copine de rando. Moi, j’ai eu les 2 hanches, comme chirurgie, c’est parfait et maintenant en plus, c’est très rapide. Pour moi, la 2e hanche qui a été faite, 4 ou 5 ans après la 1ere, le lendemain de l’opération, je descendais les escaliers. Je m’entrainais dans les couloirs, le chirurgien avait dit : « pas la peine de faire de la rééducation, faut marcher c’est tout ».

 

 

 

Entretien de Dominique Aerts avec une paroissienne de 89ans, en janvier 2012, en sa demeure à Triel.

 

Les vocations

Plusieurs jeunes natifs de Triel sont devenus prêtres :

René Chineau, prêtre missionnaire, parti en Malaisie, a été ordonné prêtre vers 1950, revenu malade, il est rentré en maison de retraite à Lorris dans le Vaucluse. Il est mort là-bas.

Michel Malassigné et François Zeller.

Comme religieuses, Triel a donné :

  • La sœur de Madame Coulon, une fille Sueur appelée en profession Sœur Bernadette, en mission à Madagascar à Farafangana . (filles de la Charité)
  • Une sœur de l’institutrice Mlle Nivet et Annie Auroux, en religion Sœur Anne Mariam, dans une congrégation en Israël, à Bet Shemesh (moniales de Bethléem).

Elle est revenue en France à St Laurent du Pont.

  • Dans la famille Chineau, il faut citer Hélène et Suzanne.

Hélène Chineau était religieuse bénédictine. On est allée la voir plusieurs fois à Pradines, à l’Abbaye St Pierre - St Joseph, dans la Loire. Auparavant, elle était chez les chanoinesses de St Augustin, la même congrégation que les sœurs qui s’occupaient de l’école Notre Dame de Triel mais vers 1968, de nombreuses congrégations ayant renoncé à leurs tenues religieuses, elle a préféré changer de congrégation, elle est partie chez les Bénédictines.

A Pradines, il y a le couvent, à côté l’Hôtellerie et de l’autre côté de la rue, la maison des familles. Les familles des religieuses sont logées dans cette maison lors de leur visite. Nous étions 14 à manger là avec les cousins d’Hélène. Après nous avons pu goûter avec Hélène et la Supérieure. Hélène était née le 1er octobre 1922, moi en 1923. On avait 6 mois d’écart.

Vers 1990, Suzanne Chineau, sa sœur, nous avait invités mon mari et moi, dans son monastère. Elle n’avait pas le droit de prendre ses repas avec les visiteurs, bien sûr, mais on a pu assister à la messe. Elle m’a proposé de porter les offrandes. Je l’ai fait et j’ai été très émue. C’est d’ailleurs la seule fois que je l’ai fait.

  • Récemment, il me semble, à vérifier, Camille Lescuyer de Chaptal et encore une autre.

Pour poursuivre sur la famille Chineau, Raymond, le père de René, Hélène, Pierre et Suzanne a joué de l’orgue à l’église de Triel, pendant 51 ans. Il doit être mort dans les années 70. Il était aveugle et jouait parfaitement. Il allait tout seul faire les enterrements en dehors de Triel ; il se déplaçait aidé de sa canne blanche. Il prenait le train. De nos jours, vu la circulation, cela me semblerait difficile. Il habitait la rue St Vincent, presque en bas après le lavoir, pas la première porte quand on remonte la rue, mais la deuxième oui, peut être bien chez Bardin, du côté de la résidence des Berges. Son fils, Pierre Chineau dit Pierrot est parti chez les Emmaüs dans les Pyrénées, je ne sais plus où. Il est mort là-bas.

 

Le patronage

ID615 01Le patronage faisait partie de ma vie. Les garçons étaient à la cité St Martin avec les frères de Carrières comme animateurs. Pour les filles, on allait à la salle Jeanne d’Arc, rue du docteur Sobaux. On nous proposait des séances de cinéma,  des séances d’animations, de jouer des pièces de théâtre. Un jour, il voulait que je chante toute seule. Je suis allée répéter chez Mme Guillet. Mr Chineau et Hélène, sa fille m’accompagnaient. Jamais je n’aurais pu chanter toute seule. Alors du coup, comme Hélène assistait aux répétitions, on a chanté toutes les deux.

Vers mes 11 ans, ils ont monté une pièce de théâtre mais je ne me rappelle plus du nom ; Monsieur Chineau faisait la voix d’homme, mais on ne le voyait pas il restait dans la coulisse. Emilienne Julien devait tenir le rôle qui m’a été au final confié. En rentrant, la première chose que je devais faire sur scène, c’était de me fiche par terre, ça, ce n’est  pas évident. Jouer dans une pièce de théâtre, c’était quand même mieux  que les jeunes avec internet.

 

Dans la salle Jeanne d’Arc, il y avait une scène de théâtre en haut. J’ai regretté quand ça a été tout chamboulé. (Suppression de la scène). On aurait pu faire des choses avec les jeunes.

Melle Madeleine Groshenry, la directrice était formidable. Melle Marcelle Langlois l’aidait et

nous, nous étions contentes. A l’époque, on allait même se promener dans les bois. On avait des activités, on cousait.

 

La vie paroissiale

ID615 02Mr Zédé était le bedeau et il habitait sur la route de Poissy ; Il y a eu aussi Monsieur Bricout. Les bedeaux étaient habillés en suisse avec hallebarde et canne avec pommeau, ils faisaient le cortège avec les enfants de chœur. La chaisière était Madame Dupré, elle faisait payer les chaises.

Moi, j’ai fait partie de la chorale, avec les Trachier, avant de me marier. Je me suis mariée en 46 et j’ai arrêté, avec les enfants .... J’y suis retournée plus tard avec  Max Legendre.

Il jouait de l’orgue et  avait repris la charge derrière Mr Chineau, du temps du curé de Goascaradec.

Après Max, du temps du curé Jean Jacques Villaine et du curé Jean Louis Feurgard, il y a eu Mr Boussac, titulaire des orgues à St Germain.  Puis Mr Dieudonné qui venait de Poissy.

Toujours du temps de Feurgard, Mr Bourelly qui tenait les orgues dans la collégiale de Mantes a repris le flambeau mais avec le père Bellomo, la chorale liturgique a été supprimée après plus de 20 ans d’existence.

 

L’enfance

Je suis née en Bretagne.  Nous sommes arrivés à Triel en octobre 1925, j’avais deux ans et demi.

Nous venions du Finistère ; je suis née au vieux bourg de Quimper, dans le canton de Châteaulin, dans les hauteurs, au bon air. Il n’y avait pas beaucoup d’habitants. L’église était en ruine, mais le clocher, toujours debout, a tenu malgré la tempête.

Papa était au chemin de fer. Le travail l’a envoyé en région parisienne. Il est parti seul en avril 1925 pour chercher un logement. Quand il a trouvé un logement il nous a fait venir. Pour mon mari, c’est pareil. Il était des Côtes du Nord. Ses parents sont venus aussi pour le travail. Ils étaient dans la culture.

On a habité d’abord au 10 rue Galande, c’est là que ma sœur est née. Mon frère, avec qui je m’entendais bien, et moi,  tous les deux, on est nés en Bretagne. Il a dit un jour à ma mère :

«  T’aurais dû rester en Bretagne, comme ça, t’aurais pas acheté Marie Louise ». On était 3 enfants.

Après la rue Galande, on a été impasse Dupuis, à côté de la boulangerie, vers le 178 rue Paul Doumer.

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Je suis allée à l’école des filles, rue des Créneaux. Comme institutrices, il y avait Mme Magnan, Melle Tissier. Il y avait trois classes à l’époque. Après il y en a eu une sous le préau. Il y a eu Melle Mazure qui s’est noyée au puits artésien. Elle s’est baignée et s’est noyée. La directrice était Mme Barbier. Yvonne Le Fustec était aussi à l’école en même temps que moi.

J’ai quitté l’école en 1937, j’avais 14 ans, mes parents n’avaient pas les moyens de me faire continuer.

J’ai été en apprentissage en bas de la rue des Créneaux, chez Mme Moreau, une couturière ; c’est la maison qui a les volets verts à côté de la forge. C’est Mme Moreau qui était couturière, j’étais avec une fille de Chanteloup, Karine Bideau.  Qu’est- ce qu’on a pu se faire suer, j’y suis restée 18 mois. On a débâti, surfilé, cousu des boutons. Voilà, c’est tout ce qu’on a appris en 18 mois. Quand Mme Moreau allait aux essayages, on était contentes car au moins, on pouvait rigoler un peu. Quand elle est repartie dans son pays,  j’ai retrouvé une autre couturière, Mme Guillomin, sur la route de Vaux, au Manoir, une petite porte. Là, j’ai appris à coudre, j’y suis restée 9 mois J’ai fait ma robe de mariée. Ah oui ça changeait, je me suis faite un costume, j’ai fait la robe de maman et celle de ma sœur,  Marie Louise, pour mon mariage. Quand j’étais enceinte, je me suis même faite une robe et un manteau. Tu sais ce qui  m’a coupé mon élan, c’est le jour où j’ai eu les jumeaux. On s’est retrouvé à sept. Avant, je faisais les robes de ma fille, ses jupons, mais là, ça a été fini la couture.

 

L’école Notre Dame

ID615 04Les sœurs sont arrivées à Triel en 1940 et ont créé l’école Notre Dame, au 109 rue Paul Doumer. Cétait une maison assez grande puisqu’elles en ont fait l’école, c’était la tante de Michèle Quinaillier, Mme Chapelet qui possédait cette maison et après si ma mémoire est bonne, elles ont loué aussi, une grande propriété, en  bord de Seine, dans le bas de  la rue St Vincent. Elle a servi pour les classes des grands.

Je ne suis pas allée à l’école Notre Dame. En 40, je n’allais plus à l’école.

Mais je ne te dirais pas le nombre d’années passées dans l’atelier couture de l’école Notre Dame. Plus de 20 ans. Les Mamans n’étant pas trop disponibles, la directrice, Melle Thérèse, a fait appel aux grands-mères. C’est une de mes belles-filles qui m’a donné l’information. Je suis allée à la réunion et voilà. Dans les derniers temps de sa direction, elle m’a dit : « le jour où vous arrêterez, il n’y aura plus d’atelier couture ». Il paraît qu’il n’y a même plus d’ateliers du tout.

 

Les fêtes

Il y avait la « Fête du Pont », tous les ans, en septembre, de l’autre côté de l’eau, au vieux pont en bois. En 1938, on a fêté les 100 ans du pont. Ils n’auraient pas dû le faire sauter, n’importe comment les tanks n’auraient pas pu passer dessus.

Il y avait aussi la fête à Triel, place du marché et la fête à Pissefontaine.

J’ai un souvenir qui n’a pas plu à maman. Avec Hélène Altier, comme il y avait des trucs pour les gosses, on est partie à la fête un lundi après midi, sans le dire, au lieu d’aller à l’école.

Il y avait aussi des défilés de chars fleuris mais je n’ai pas de photos. Les défilés de chars c’était quelque chose.

 

Les commerces

Au niveau du pont, à la place du restaurant arabe, « chez ma Cousine » et de l’immobilier, il y avait trois boutiques. Au milieu il y avait Mme Portebois qui était blanchisseuse, et c’était un bourrelier Monsieur Lelu qui faisait l’angle et un café. Après c’était l’impasse et après Mr Portebois, l’épicier. Quand il grillait son  café Monsieur Portebois, ça sentait bon. Il était en face de la rue du Dé.

Le père Bourbon vendait des asticots pour la pêche : je ne sais pas s’il n’en mangeait pas dans sa boutique.

La marchande de journaux, Fifine  Nemane avait un poêle dans sa boutique et un chat. Un jour, mon mari, il avait 15-16 ans,  avec ses copains  avaient pris et installé le chat dans la salle  Jeanne d’Arc, dans la pièce du fond. Celle qui a la porte vitrée. Ils l’ont mis sur une étagère, ils voulaient dresser le chat. Quand ils ont vu le chat hérisser ses poils, ils l’ont vite laissé filer. Fifine a dit : « je ne sais pas ce qu’il est devenu mon chat, je l’ai pas vu pendant deux jours ».

Une autre fois, sur la place de la gare, dans une des maisons, il y avait une grille et un vieux général peu sympathique. Le général était anticlérical et râlait quand les enfants de chœur chantaient dans la rue au moment de Noël et demandaient quelques pièces. Alors un soir, en revenant de la gymnastique, ils avaient pris des bougies et ils avaient piqué les bougies sur les piquets de la grille. Ils ont allumé, ils ont tiré la sonnette et se sont cachés. C’est des trucs de gamins.

Par ailleurs, mon mari était secrétaire de l’Avenir, association de gymnastique, au début paroissiale et, nos jumeaux sont allés à l’Avenir. Le président de l’association était Monsieur Gaston de Chirac, médecin, dans la rue du Pont.

 

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Les enfants de l’association « L’Avenir » conduits par Louis Malassigné

Voilà, quelques brides de vie et souvenirs, livrés à votre lecture.

Tanzilli René – 82 ans – né à Paris – demeurant à Caluire et Cuire, près de Lyon.
Propos recueillis en octobre 2016 par Florence Paillet sur l’institution Saint Joseph de Cheverchemont, sur le cinéma et sur la dernière guerre.

L’institution Saint Joseph

J’ai été externe à l’institution Saint Joseph de Cheverchemont pendant les années de guerre. Malgré le grand parc et les copains, je préférais rentrer sur l’heure de midi à la maison. J’habitais à côté, rue des Fontenelles.
ID533 01 René TanzilliJ’ai passé 3 ans dans cet établissement, j’ai fait le CM1 - le CM2 et la 6è, après je suis parti au collège de Meulan.
Les classes étaient dans un bâtiment tout en longueur, les unes à la suite des autres. Les pensionnaires étaient logés à l’étage.
L’enseignement était très structuré et strict, chaque niveau correspondait à une classe. Les fondamentaux, lecture, écriture, calcul, étaient dispensés avec rigueur : on devait savoir compter, lire et avoir une orthographe irréprochable à la fin du primaire, 5 fautes et on « chopait » un zéro. Je ne sais pas pourquoi mais il y avait souvent une dictée le samedi matin.
L’enseignement religieux était obligatoire et nous devions connaître par cœur toutes les prières. Les frères nous préparaient à la première communion mais ils nous présentaient un dieu « punitif », une religion de sanctions. On nous parlait beaucoup d’enfer. On était très cadré, conditionné, à tel point que un de mes meilleurs petits copains était rentré au séminaire. Au bout de quelques années, il s’est aperçu que ce n’était pas sa vocation.
La semaine de Pâques était une semaine de grand recueillement. Nous devions assister aux offices et refaire le chemin de croix, tous les après-midi de la semaine sainte.
Le matin, avant les cours, on devait chanter « Maréchal, nous voilà ! ». En 6è, comme les frères étaient alsaciens, on apprenait l’allemand.
Il ne faisait pas très chaud dans les salles de classe chauffées avec des poêles à bois. On écrivait à la plume avec des pleins et des déliés. Parfois, pour s’amuser, on faisait pipi dans les encriers. Je ne me rappelle plus si c’était à Cheverchemont ou à Meulan, mais les bêtises avec les frères, ...

Je me souviens :

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  • du frère Lucien. Il était bon et aimé de ses élèves. Il jouait avec nous au ballon dans la cour. Je crois qu’après la guerre, il a quitté les ordres et s’est marié.
  • du frère Raphaël. C’était un instituteur à l’ancienne avec une discipline de fer. Il donnait des coups de baguette sur les doigts, sur la main. Il ne fallait pas tendre la main mais la laisser molle, ainsi, le coup de règle était plus douloureux. Il n’a pas laissé que de bons souvenirs.
    Le directeur de l’institution, Klein Fulrade, était craint. Il était peu chaleureux.

On travaillait le lundi, mardi, mercredi, le vendredi et le samedi matin. Le jeudi nous n’allions pas à l’école mais au patronage pour suivre un enseignement religieux et jouer au ballon, à la balle au prisonnier, ...
Pendant les bombardements, surtout américains, nous nous réfugions par classe dans la carrière de la Bérangère, située dans le parc de l’école.
Je vois aussi très bien le frère responsable des cuisines râpé des choux pour préparer la choucroute servi certainement sans charcuterie, il n’était pas toujours facile de trouver les denrées.

Malgré La guerre je garde un bon souvenir de cette époque.

Le cinéma

A côté de l’Hôtel de l’Image, l’actuelle Poste de Triel, il y avait un cinéma, Le Régional. Il appartenait à M. Poher.
Le programme était très complet. Avant le film, on pouvait voir un documentaire et des actualités qui étaient quelquefois sifflées pendant la guerre.
A l’entracte, on achetait des friandises. Les adultes pouvaient se désaltérer à la buvette du cinéma ou chez « Nénette », Mademoiselle Albert, l’épicerie buvette à côté. On louait sa place de cinéma. Ma Maman m’envoyait chercher les billets.

La montée aux carrières et la libération de Triel

J’ai toujours entendu deux versions à cette montée aux carrières.
L’une serait que les Allemands et les Américains auraient convenu d’une trêve pour permettre à la population trielloise de se mettre à l’abri.
L’autre serait due à un fait de résistance. Un allemand aurait été tué par un résistant, en représailles, les Allemands voulaient fusiller des otages ou contraindre à l’exode toute la population trielloise. Le maire de Triel et un de ses adjoints qui parlait allemand ont réussi à négocier et à faire monter tous les habitants dans les carrières plutôt que de les obliger à l’exil.
Je ne sais pas qu’elle est la bonne version.
Nous sommes restés 1 semaine dans les carrières à manger des pommes de terre et à boire de l’eau.
Mon père s’était porté volontaire pour la corvée d’épluchage des pommes de terre.
Un jour, dans la cour, il voit un militaire le mettre en joue, au-dessus du mur, côté Cheverchemont.
C’était un américain. Il faisait partie de l’avant-garde qui a libéré Triel. Mon père a été un des premiers triellois à voir un soldat américain et à savoir que Triel allait être libéré.

 

Entretien de Florence Paillet avec Mme Louise Delor le 26 juillet 2017, jour de ses 90 ans, en sa demeure, place de La Gare, à Triel.

 

Lorsque j’ai épousé, un jour de 1946, Raymond Delor,  je me doutais bien que j’épousais Triel et le 145 rue Paul Doumer, le magasin de nouveautés et de textile appartenant à son père, Gabriel Delor. Et en effet, de 1946 à 1991, date de ma retraite, je suis restée fidèle à la boutique et à son  comptoir.

 

Mon beau - père, Gabriel Delor, était employé dans un magasin de textile à Saint Germain en Laye, lorsqu’un beau jour, il a décidé 

ID568 01de franchir le pas et de se mettre à son compte. Il a racheté le fonds de commerce du 145 Grande Rue, notre actuelle rue Paul Doumer, à Triel, en octobre 1919, à un certain Jules Royer, propriétaire aussi des murs et du bâtiment. L’immeuble a dû être construit dans les années 1889/1890 car à la cave,  on pouvait voir une de ces dates gravée sur la chaudière. Sur la porte de droite qui donne sur la rue et qui permet d’accéder aux étages, on peut encore voir sur l’imposte le « R » de Royer. Mme Monique Laurent, bien connues de nombreux triellois,  était son arrière – petite -  fille.

 

 

ID568 02Le fonds, très ancien - on a retrouvé une facture de Jules Royer datée de 1896 -  était constitué :

  • De la boutique, une surface conséquente avec une belle devanture, au centre une porte à 2 battants, un sol parqueté, des vitrines intérieures, des meubles et des comptoirs en chêne et un  chauffage à air chaud.  A l’entrée, au sol, à la place du paillasson, il était écrit « Royer » en mosaïque.
  • D’une arrière-boutique composée d’une cuisine et d’un salon. Dans la cuisine, trônait une très belle hotte de cheminée, assez basse. Que de fois, « les grands » s’y sont  cognés ! Elle était recouverte de carreaux de faïence, bleus et blancs, comme à Giverny, chez Monet.  Dans le salon, à la demande de Monsieur Royer, le plafond avait été peint de « fresques », je crois  à l’occasion d’une communion.  Nous avons toujours entretenu « cette œuvre » et elle existe toujours.
  • De 2 pièces à l’étage. Un escalier partait de l’arrière-boutique. Mon fils, Jean François est né là, au premier ; ma fille Marie-Odile, à Poissy.
  • De deux réserves voutées et parquetées comme à Versailles. Il fallait descendre 16 marches pour arriver à la première cave et compter encore 6 ou 7 marches pour atteindre la seconde qui passait sous la moitié de la rue. Lors de l’installation du tout à l’égout, dans les années 1975, tout s’est effondré et cette partie de cave a été comblée. 
  • D’un jardin et d’une cour. Pour y accéder de l’arrière- boutique, il fallait descendre 5 marches. Par la Grande Rue, on y entrait par une porte cochère, sur la gauche de la devanture. Une camionnette y passait sans problème.
  • D’un bâtiment dans la cour, sur la droite, perpendiculaire à l’immeuble, il se composait :

   - Au rez – de - chaussée, d’un WC, d’une remise à charrette, transformée par la suite en cuisine et salle de bain,  d’un escalier pour accéder au niveau supérieur,  d’une écurie pavée avec 2 stalles et des râteliers. Pour l’entretien de l’écurie, on avait installé une fosse à fumier dans un coin du jardin.

   - A l’étage, de 3 pièces ; dans celle au-dessus de l’écurie, une trappe communiquait avec l’écurie pour  le passage du foin. 

  • D’une charrette et d’un cheval pour les tournées.

 

Mon beau-père, tout comme nous après, n’avons rien modifié à la disposition des bâtiments. Nous les avons entretenu régulièrement et leur avons juste apporté le confort moderne : salle de bain, toilettes, … 

Il semblerait, d’après la photo de la boutique, plus haut, que 3 personnes travaillaient avec M. Jules Royer, dans la boutique. C’était peut-être des membres de sa famille. De notre côté, ni mon beau père, ni mon mari n’avions d’employés. On travaillait en famille. Gabriel Delor travaillait avec sa femme, et son fils, mon  mari, avec moi. Nous avions racheté, Raymond Delor et moi, le fond à mes beaux-parents en 1950.

Du temps de M. Royer et de mon beau-père, on vendait dans la boutique :

  • Des matelas. Ils étaient fabriqués sur place par 2 matelassières, une de Meulan et une de Chanteloup, avec de la laine de mouton épuré. ID568 03En effet, la toison tondue est d’abord débarrassée de ses impuretés avant d’être lavée. Elle est ensuite cardée[1], c’est-à-dire démêlée avec des peignes ou des rouleaux à picots métalliques. La laine était cardée dans la cour. Vous pouvez imaginer la poussière. Nous avions, dans la cave,  une balance avec un grand fléau et, de chaque côté, 2 plateaux carrés d’environ 70 cm.  Elle était suspendue au plafond. Nous avions des poids de 1, 2,5, 10 et 20 kg. Aucun problème pour une charge de  80 kg. Nous avions pris l’habitude de peser les enfants dessus. Tous les ans, il fallait apporter en mairie les poids et les mètres pour les faire vérifier,  même après l’arrêt de la fabrication des matelas. Sur la photo, on voit sur le mètre,  les poinçons, des lettres majuscules,  apposés chaque année par les services de la mairie. Les coutures des matelas étaient faites à la main, au point de surjet, point de couture solide et propre qui donne une certaine souplesse et permet la circulation de l’air.  

                               

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  • Des plumes et du duvet pour confectionner des édredons. Une couturière de Meulan réalisait des couvertures piquées à la perfection et nous rendait un travail impeccable.

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  • Des pièces de toiles. Les draps et les torchons étaient vendus au mètre et ourlés dans les foyers.

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  • Des capelines ou calines ou halettes dans l’est de la France. Cette coiffe de femme était portée surtout dans les pays de vignoble. En cotonnade claire, cousue sur une armature rigide amovible de carton ou de baguettes de bois léger, ses larges ailes formaient un auvent autour de la figure et protégeaient le visage et la nuque des ardeurs du soleil et du vent.

C’est une dame d’ Achères qui nous les confectionnait. Pour l’aider, on lui découpait les bouts de carton. Il me reste quelques coiffes non vendues.

  • Des vêtements de travail, de marque Lafont, Mont Saint Michel, …. Pour aller dans les champs, nous proposions aux agriculteurs et ils étaient nombreux, des sortes d’imperméables kaki ou marron, avec des cuissardes- pantalons assorties, dans la même matière.

 

  

Lorsqu’avec mon mari, nous avons pris la suite de mon beau-père au magasin, en 1946, l’évolution de la société nous a amené à modifier notre achalandage, plus de matelas, de linge de maison à couper et coudre… Il fallait du tout prêt.

Nous avons donc introduit :

  •  Du linge de maison de diverses  marques : Anne de Solène, Solidra, … Tous les ans en janvier, comme le voulait la coutume, nous organisions « la semaine du blanc » avec des lots à gagner.

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  • Un rayon homme plus conséquent : chemises, pulls, chaussettes, sous-vêtements, pyjamas, casquettes, bérets, … Tout ce qui touchait à l’homme, à l’exception des vestes et des costumes.
  • Nous avons même vendu de la mercerie, du fil à tricoter, de 1946 à 1978. Nous étions dépositaires Pingouin, Welcomoro ...
  • Des blouses et tabliers d’écoliers.
  • Des rideaux, ….

Nous avions beaucoup de stock. Nous étions démarchés par des représentants, des VRP ou des unis –cartes. Nous les recevions en général le mardi. On achetait en été, l’hiver et en hiver, l’été. Souvent le lundi, nous descendions à Paris pour des réapprovisionnements.

En plus du magasin, M. Royer faisait, le matin de préférence,  avec une charrette et un cheval, des tournées dans Triel et toutes les villes voisines. L’après-midi, il déchargeait sa carriole pour la remplir, à l’Hautil,  de pierres meulières destinées à la construction de l’hôtel de la Gare, l’actuelle étude de notaires. C’était avant 1919, date de l’achat du fonds par Gabriel Delor.

ID568 09Mon beau-père, Gabriel Delor,  a continué ces tournées avec l’attelage de M. Royer puis avec un camion de marque « Unic ». Il faisait le marché de Poissy. Mon mari, Raymond Delor a repris les tournées mais lorsque le camion « Unic » a rendu l’âme, vers 1952, il l’a remplacé  par un camion Citroën, type H, acheté chez Messieurs Naudin.

 Il effectuait ses tournées le mercredi, le jeudi et le vendredi,  toute la journée. Pour se faire, il avait une patente foraine qui l’autorisait à commercer à 20 km à la ronde. Il faisait du porte à porte et prenait si besoin des commandes. Ses clientes étaient fidèles,  la fille prenant souvent la relève de la mère. 

Il proposait les mêmes articles que dans le magasin mais il tenait une comptabilité à part.

Il lui arrivait de s’arrêter pour déjeuner au café de Boisemont. Il existe toujours, à l’angle de la D22, rue de Courdimanche et rue de Menucourt. Pour les enfants, lorsqu’ils accompagnaient leur père, à tour de rôle, pendant les vacances, c’était la fête. Aller au restaurant … ! Sur la porte, il était écrit que l’on pouvait apporter sa nourriture. Mon mari a arrêté ses tournées en 1978.    

Le magasin, lui, était ouvert du mardi au dimanche matin, tous les mois de l’année, à l’exception du mois d’août. La clientèle se composait de Triellois, des habitants des villes environnantes, d’Américains, le camp des Loges n’étant pas loin et de Parisiens qui profitaient de leur week- end pour se rhabiller. On proposait un service de retouches gratuit. Au départ, nous confions le travail à une couturière puis, vers la fin de mon activité, je m’en chargeais.

Nous avions  de très bonnes relations  avec nos « collègues » :

  • La maison Taveau - Guillon, au 168 rue Paul Doumer, l’actuelle librairie « Histoire de Lire ».
  • La maison Joly, en face du pont, aujourd’hui le coiffeur Sun et Sol, au 148 de la rue principale.
  • La maison Gélouin, à l’angle de la place de la mairie, au 149 rue Paul Doumer, de nos jours la  banque LCL.

 

Du temps de mon beau père, il existait une importante association de commerçants, mais elle s’est arrêtée avec la guerre.

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Une autre a été créée par Messieurs Vibert, teinturier et  Maurice Solleret, plombier – couvreur, mon mari en a été, pendant un moment,  vice-président. Il a été aussi  vice-président du Syndicat d’initiative, c’est un poste qu’il aimait bien, le président étant Maître Boutisseau.

L’Union des Commerçants a été puissante et dynamique, avec plus de 120 commerçants et artisans.  Elle organisait des événements pour Noël, la Saint- Valentin, …, bals, tombolas. Les commerçants distribuaient des tickets en fonction du montant des achats. Une fois, il y a eu en lot, une voiture. Les vitrines étaient toujours attrayantes et pour les fêtes, elles brillaient de mille éclats. Pour preuve, sur le site « Tu sais que tu viens de Triel », on peut lire, en juillet 2017, ce témoignage de Nicole Jusserand : Mr Roux avait un petit téléphérique dans sa vitrine de Noël. Quel enchantement pour les enfants que nous étions.
Il y avait, à l’époque, beaucoup de belles boutiques décorées. Un ravissement de faire le tour de Triel tous les soirs à la tombée de la nuit .Magique !!!

Pour le magasin, c’est mon mari qui faisait les étalages. Il avait beaucoup de goût.

Triel était une ville attirante, une référence pour les alentours.

J’ai arrêté mon activité en 1991, à 63 ans. Le centre Champion avait ouvert ses portes en 1990,  mon chiffre d’affaires ne s’en était pas ressenti mais il fallait bien que je prenne un jour ma retraite. J’ai liquidé tout mon stock et ai vendu à un antiquaire les meubles de la boutique. Les éléments ont été démontés et numérotés pour être réinstallés dans un local à Paris.  Danièle Baret, puis maintenant Benjamin Lecoeur ont  repris  la boutique pour en faire un salon de coiffure.

De nos jours, donc en 2017, il y a encore des personnes dans Triel[2]  qui disent avoir acheté leur trousseau chez moi et qu’elles s’en servent encore. Ça fait chaud au cœur.

 

[1] Le terme cardage vient du latin « carduus » qui signifie chardon. Les fleurs séchées de chardon étaient utilisées autrefois pour cette opération

[2] Témoignages sur le site « Tu sais que tu viens de Triel » en juillet 2017, de Nicole Jusserand : Ma couette vient de chez vos parents, achetée peu avant la fermeture du magasin et de Michelle Sauvage : Oui moi j'y ai acheté mon trousseau et il est encore en vie si je peux dire.

Ces propos s’adressent à Jean François Delor.

 

Brialy Daniel – 83 ans - n'est pas né à Triel – demeurant à Triel et en Corse à Murato.
Propos sur l’institution Saint Joseph de Cheverchemont, recueillis en octobre 2016 par Florence Paillet.

L’institution Saint Joseph

J’ai commencé ma scolarité à l’école maternelle de Triel, en dessous de la Mairie puis continué, toujours au même endroit, en CP et en CE1. Je me souviens avoir eu comme instituteur M. Jean Dulac. Ça devait être son premier poste.

ID531 01 Daniel BrialyEn 1941, sur les instances de monsieur le Curé Marquer de la paroisse de Triel, les frères de Matzenheim qui fuyaient l’Alsace envahie, ont fini par installer à Cheverchemont leur établissement scolaire, l’Institution Saint Joseph, dans une grande maison. Après quelques travaux et l’aménagement d’un réfectoire et d’une chapelle, l’école a ouvert pour la rentrée de septembre.
En 1941 ou 1942, mes parents ont décidé de m’inscrire dans cette école. Ils pensaient que je recevrais une bonne éducation et un bon enseignement. Ils n’avaient peut-être pas tort.
De mémoire, j’ai dû faire le CE2, le CM1 et le CM2. Pour la 6è, je suis allé au collège, à Meulan.
Mais en 1944, je suis sûr d’avoir été élève là-bas car je me souviens très bien du jour où mon père, un résistant, s’est fait arrêter par la gestapo. C’était en mai 1944, je descendais pour rentrer à la maison quand une personne m’a prévenu de ne pas rentrer chez moi. Comme je ne savais pas où aller, j’ai tout de même pris la direction de la maison. Une voisine m’a vu, m’a chopé au passage et mis à l’abri chez elle.

L’Institution Saint Joseph comptait des internes, des externes et des demi- pensionnaires. Comme mes parents travaillaient, ils tenaient un salon de coiffure, ils m’ont inscrit en tant que demi-pensionnaire. A la cantine, malgré la guerre, nous avions du pain pas trop mauvais, tous les jours. Nous mangions aussi des pois cassés et encore aujourd’hui, c’est toujours un régal pour moi de déguster un potage Saint Germain (pois cassés - carottes – oignons – lardons – vache qui rit).
On nous donnait aussi, régulièrement, des vitamines, des petits cachets roses. Un mélange de goûts acidulé et sucré, c’était bon.

A cette époque, nous habitions rue Paul Doumer, donc en bas, et l’école était à Cheverchemont, en haut, il fallait la monter cette rue de l’Hautil. Avec des copains, nous avions trouvé la solution. Les camions de la société Sandron de Chanteloup montaient péniblement la côte. Nous les rattrapions et sans se faire voir des chauffeurs, nous nous agrippions à l’arrière. Qu’elle était facile l’ascension !
Ça c’était ma méthode pour me rendre à l’école mais à chacun sa technique. Un camarade, un interne, habitait Les Mureaux. Sa Maman, médecin, tous les lundis matin le ramenait dans une voiture électrique. Déjà écolo...
Un autre, le fils du général Schweisguth, habitait à La Barbannerie, dans les bois, pas loin d’Ecancourt. Il allait à l’école et en repartait à cheval. Il laissait « son étalon », pour la journée, dans une écurie que les frères avaient eu la gentillesse d’aménager.

ID531 02 Daniel BrialyDans le grand parc de la propriété se trouvait un bassin. Les frères nous avaient autorisé la baignade puis après, elle a été interdite. Nous jouions aussi à un jeu bien particulier. Nous tracions avec un petit canif, dans la terre bien humide, un terrain, puis nous lancions un couteau pour dessiner une frontière et délimiter un territoire. Lorsque la cloche sonnait la fin de la récréation, celui qui avait le plus de territoires avait gagné. Nous jouions aussi à «la yousse», aux billes. C’était des grosses billes en acier que l’on récupérait sur les roulements des essieux de camion. Michel Bagros, son père tenait un garage, devait nous en fournir pas mal. On était reconnu quand on possédait une «yousse».

Avec les frères, surtout le frère Lucien, le plus gentil, nous avions un atelier de modélisme. Nous découpions des formes dans du balsa qui étaient ensuite entoilée avec du papier. Nous fabriquions des avions, des bateaux, des maisons, ...

Le frère Raphael animait une chorale et nous donnions des spectacles à la salle Jeanne d’Arc, rue du docteur Sobaux. J’étais soprane et une fois, j’ai chanté en solo avec des chœurs. J’avais le rôle d’un ange. J’avais deux ailes attachées dans le dos. Qu’est-ce qu’elles me gênaient. Dès que j’ai pu les retirer, je n’ai pas hésité.

Malgré les nombreux coups de règle reçus, je n’étais pas spécialement un bon élève, je me suis bien rattrapé après, mais à l’époque, trop de problèmes dans ma tête, je garde de bons souvenirs de cette institution.