Triel, Mémoire & Histoire va à la rencontre des anciens Triellois afin de recueillir leurs témoignages sur le vif. Au cours de ces entretiens, ils nous racontent leur métier, leur histoire, leur vie avec passion et sincérité. Ces morceaux de vie participent également à l'histoire de Triel et nous les saisissons afin qu'ils ne se perdent pas.

Nous tenons ici à remercier vivement toutes ces personnes pour leur contribution et pour avoir eu la gentillesse de nous ouvrir leurs archives familiales.

Entretien de Florence Paillet avec Mme Louise Delor le 26 juillet 2017, jour de ses 90 ans, en sa demeure, place de La Gare, à Triel.

 

Lorsque j’ai épousé, un jour de 1946, Raymond Delor,  je me doutais bien que j’épousais Triel et le 145 rue Paul Doumer, le magasin de nouveautés et de textile appartenant à son père, Gabriel Delor. Et en effet, de 1946 à 1991, date de ma retraite, je suis restée fidèle à la boutique et à son  comptoir.

 

Mon beau - père, Gabriel Delor, était employé dans un magasin de textile à Saint Germain en Laye, lorsqu’un beau jour, il a décidé 

ID568 01de franchir le pas et de se mettre à son compte. Il a racheté le fonds de commerce du 145 Grande Rue, notre actuelle rue Paul Doumer, à Triel, en octobre 1919, à un certain Jules Royer, propriétaire aussi des murs et du bâtiment. L’immeuble a dû être construit dans les années 1889/1890 car à la cave,  on pouvait voir une de ces dates gravée sur la chaudière. Sur la porte de droite qui donne sur la rue et qui permet d’accéder aux étages, on peut encore voir sur l’imposte le « R » de Royer. Mme Monique Laurent, bien connues de nombreux triellois,  était son arrière – petite -  fille.

 

 

ID568 02Le fonds, très ancien - on a retrouvé une facture de Jules Royer datée de 1896 -  était constitué :

  • De la boutique, une surface conséquente avec une belle devanture, au centre une porte à 2 battants, un sol parqueté, des vitrines intérieures, des meubles et des comptoirs en chêne et un  chauffage à air chaud.  A l’entrée, au sol, à la place du paillasson, il était écrit « Royer » en mosaïque.
  • D’une arrière-boutique composée d’une cuisine et d’un salon. Dans la cuisine, trônait une très belle hotte de cheminée, assez basse. Que de fois, « les grands » s’y sont  cognés ! Elle était recouverte de carreaux de faïence, bleus et blancs, comme à Giverny, chez Monet.  Dans le salon, à la demande de Monsieur Royer, le plafond avait été peint de « fresques », je crois  à l’occasion d’une communion.  Nous avons toujours entretenu « cette œuvre » et elle existe toujours.
  • De 2 pièces à l’étage. Un escalier partait de l’arrière-boutique. Mon fils, Jean François est né là, au premier ; ma fille Marie-Odile, à Poissy.
  • De deux réserves voutées et parquetées comme à Versailles. Il fallait descendre 16 marches pour arriver à la première cave et compter encore 6 ou 7 marches pour atteindre la seconde qui passait sous la moitié de la rue. Lors de l’installation du tout à l’égout, dans les années 1975, tout s’est effondré et cette partie de cave a été comblée. 
  • D’un jardin et d’une cour. Pour y accéder de l’arrière- boutique, il fallait descendre 5 marches. Par la Grande Rue, on y entrait par une porte cochère, sur la gauche de la devanture. Une camionnette y passait sans problème.
  • D’un bâtiment dans la cour, sur la droite, perpendiculaire à l’immeuble, il se composait :

   - Au rez – de - chaussée, d’un WC, d’une remise à charrette, transformée par la suite en cuisine et salle de bain,  d’un escalier pour accéder au niveau supérieur,  d’une écurie pavée avec 2 stalles et des râteliers. Pour l’entretien de l’écurie, on avait installé une fosse à fumier dans un coin du jardin.

   - A l’étage, de 3 pièces ; dans celle au-dessus de l’écurie, une trappe communiquait avec l’écurie pour  le passage du foin. 

  • D’une charrette et d’un cheval pour les tournées.

 

Mon beau-père, tout comme nous après, n’avons rien modifié à la disposition des bâtiments. Nous les avons entretenu régulièrement et leur avons juste apporté le confort moderne : salle de bain, toilettes, … 

Il semblerait, d’après la photo de la boutique, plus haut, que 3 personnes travaillaient avec M. Jules Royer, dans la boutique. C’était peut-être des membres de sa famille. De notre côté, ni mon beau père, ni mon mari n’avions d’employés. On travaillait en famille. Gabriel Delor travaillait avec sa femme, et son fils, mon  mari, avec moi. Nous avions racheté, Raymond Delor et moi, le fond à mes beaux-parents en 1950.

Du temps de M. Royer et de mon beau-père, on vendait dans la boutique :

  • Des matelas. Ils étaient fabriqués sur place par 2 matelassières, une de Meulan et une de Chanteloup, avec de la laine de mouton épuré. ID568 03En effet, la toison tondue est d’abord débarrassée de ses impuretés avant d’être lavée. Elle est ensuite cardée[1], c’est-à-dire démêlée avec des peignes ou des rouleaux à picots métalliques. La laine était cardée dans la cour. Vous pouvez imaginer la poussière. Nous avions, dans la cave,  une balance avec un grand fléau et, de chaque côté, 2 plateaux carrés d’environ 70 cm.  Elle était suspendue au plafond. Nous avions des poids de 1, 2,5, 10 et 20 kg. Aucun problème pour une charge de  80 kg. Nous avions pris l’habitude de peser les enfants dessus. Tous les ans, il fallait apporter en mairie les poids et les mètres pour les faire vérifier,  même après l’arrêt de la fabrication des matelas. Sur la photo, on voit sur le mètre,  les poinçons, des lettres majuscules,  apposés chaque année par les services de la mairie. Les coutures des matelas étaient faites à la main, au point de surjet, point de couture solide et propre qui donne une certaine souplesse et permet la circulation de l’air.  

                               

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  • Des plumes et du duvet pour confectionner des édredons. Une couturière de Meulan réalisait des couvertures piquées à la perfection et nous rendait un travail impeccable.

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  • Des pièces de toiles. Les draps et les torchons étaient vendus au mètre et ourlés dans les foyers.

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  • Des capelines ou calines ou halettes dans l’est de la France. Cette coiffe de femme était portée surtout dans les pays de vignoble. En cotonnade claire, cousue sur une armature rigide amovible de carton ou de baguettes de bois léger, ses larges ailes formaient un auvent autour de la figure et protégeaient le visage et la nuque des ardeurs du soleil et du vent.

C’est une dame d’ Achères qui nous les confectionnait. Pour l’aider, on lui découpait les bouts de carton. Il me reste quelques coiffes non vendues.

  • Des vêtements de travail, de marque Lafont, Mont Saint Michel, …. Pour aller dans les champs, nous proposions aux agriculteurs et ils étaient nombreux, des sortes d’imperméables kaki ou marron, avec des cuissardes- pantalons assorties, dans la même matière.

 

  

Lorsqu’avec mon mari, nous avons pris la suite de mon beau-père au magasin, en 1946, l’évolution de la société nous a amené à modifier notre achalandage, plus de matelas, de linge de maison à couper et coudre… Il fallait du tout prêt.

Nous avons donc introduit :

  •  Du linge de maison de diverses  marques : Anne de Solène, Solidra, … Tous les ans en janvier, comme le voulait la coutume, nous organisions « la semaine du blanc » avec des lots à gagner.

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  • Un rayon homme plus conséquent : chemises, pulls, chaussettes, sous-vêtements, pyjamas, casquettes, bérets, … Tout ce qui touchait à l’homme, à l’exception des vestes et des costumes.
  • Nous avons même vendu de la mercerie, du fil à tricoter, de 1946 à 1978. Nous étions dépositaires Pingouin, Welcomoro ...
  • Des blouses et tabliers d’écoliers.
  • Des rideaux, ….

Nous avions beaucoup de stock. Nous étions démarchés par des représentants, des VRP ou des unis –cartes. Nous les recevions en général le mardi. On achetait en été, l’hiver et en hiver, l’été. Souvent le lundi, nous descendions à Paris pour des réapprovisionnements.

En plus du magasin, M. Royer faisait, le matin de préférence,  avec une charrette et un cheval, des tournées dans Triel et toutes les villes voisines. L’après-midi, il déchargeait sa carriole pour la remplir, à l’Hautil,  de pierres meulières destinées à la construction de l’hôtel de la Gare, l’actuelle étude de notaires. C’était avant 1919, date de l’achat du fonds par Gabriel Delor.

ID568 09Mon beau-père, Gabriel Delor,  a continué ces tournées avec l’attelage de M. Royer puis avec un camion de marque « Unic ». Il faisait le marché de Poissy. Mon mari, Raymond Delor a repris les tournées mais lorsque le camion « Unic » a rendu l’âme, vers 1952, il l’a remplacé  par un camion Citroën, type H, acheté chez Messieurs Naudin.

 Il effectuait ses tournées le mercredi, le jeudi et le vendredi,  toute la journée. Pour se faire, il avait une patente foraine qui l’autorisait à commercer à 20 km à la ronde. Il faisait du porte à porte et prenait si besoin des commandes. Ses clientes étaient fidèles,  la fille prenant souvent la relève de la mère. 

Il proposait les mêmes articles que dans le magasin mais il tenait une comptabilité à part.

Il lui arrivait de s’arrêter pour déjeuner au café de Boisemont. Il existe toujours, à l’angle de la D22, rue de Courdimanche et rue de Menucourt. Pour les enfants, lorsqu’ils accompagnaient leur père, à tour de rôle, pendant les vacances, c’était la fête. Aller au restaurant … ! Sur la porte, il était écrit que l’on pouvait apporter sa nourriture. Mon mari a arrêté ses tournées en 1978.    

Le magasin, lui, était ouvert du mardi au dimanche matin, tous les mois de l’année, à l’exception du mois d’août. La clientèle se composait de Triellois, des habitants des villes environnantes, d’Américains, le camp des Loges n’étant pas loin et de Parisiens qui profitaient de leur week- end pour se rhabiller. On proposait un service de retouches gratuit. Au départ, nous confions le travail à une couturière puis, vers la fin de mon activité, je m’en chargeais.

Nous avions  de très bonnes relations  avec nos « collègues » :

  • La maison Taveau - Guillon, au 168 rue Paul Doumer, l’actuelle librairie « Histoire de Lire ».
  • La maison Joly, en face du pont, aujourd’hui le coiffeur Sun et Sol, au 148 de la rue principale.
  • La maison Gélouin, à l’angle de la place de la mairie, au 149 rue Paul Doumer, de nos jours la  banque LCL.

 

Du temps de mon beau père, il existait une importante association de commerçants, mais elle s’est arrêtée avec la guerre.

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Une autre a été créée par Messieurs Vibert, teinturier et  Maurice Solleret, plombier – couvreur, mon mari en a été, pendant un moment,  vice-président. Il a été aussi  vice-président du Syndicat d’initiative, c’est un poste qu’il aimait bien, le président étant Maître Boutisseau.

L’Union des Commerçants a été puissante et dynamique, avec plus de 120 commerçants et artisans.  Elle organisait des événements pour Noël, la Saint- Valentin, …, bals, tombolas. Les commerçants distribuaient des tickets en fonction du montant des achats. Une fois, il y a eu en lot, une voiture. Les vitrines étaient toujours attrayantes et pour les fêtes, elles brillaient de mille éclats. Pour preuve, sur le site « Tu sais que tu viens de Triel », on peut lire, en juillet 2017, ce témoignage de Nicole Jusserand : Mr Roux avait un petit téléphérique dans sa vitrine de Noël. Quel enchantement pour les enfants que nous étions.
Il y avait, à l’époque, beaucoup de belles boutiques décorées. Un ravissement de faire le tour de Triel tous les soirs à la tombée de la nuit .Magique !!!

Pour le magasin, c’est mon mari qui faisait les étalages. Il avait beaucoup de goût.

Triel était une ville attirante, une référence pour les alentours.

J’ai arrêté mon activité en 1991, à 63 ans. Le centre Champion avait ouvert ses portes en 1990,  mon chiffre d’affaires ne s’en était pas ressenti mais il fallait bien que je prenne un jour ma retraite. J’ai liquidé tout mon stock et ai vendu à un antiquaire les meubles de la boutique. Les éléments ont été démontés et numérotés pour être réinstallés dans un local à Paris.  Danièle Baret, puis maintenant Benjamin Lecoeur ont  repris  la boutique pour en faire un salon de coiffure.

De nos jours, donc en 2017, il y a encore des personnes dans Triel[2]  qui disent avoir acheté leur trousseau chez moi et qu’elles s’en servent encore. Ça fait chaud au cœur.

 

[1] Le terme cardage vient du latin « carduus » qui signifie chardon. Les fleurs séchées de chardon étaient utilisées autrefois pour cette opération

[2] Témoignages sur le site « Tu sais que tu viens de Triel » en juillet 2017, de Nicole Jusserand : Ma couette vient de chez vos parents, achetée peu avant la fermeture du magasin et de Michelle Sauvage : Oui moi j'y ai acheté mon trousseau et il est encore en vie si je peux dire.

Ces propos s’adressent à Jean François Delor.

 

Tanzilli René – 82 ans – né à Paris – demeurant à Caluire et Cuire, près de Lyon.
Propos recueillis en octobre 2016 par Florence Paillet sur l’institution Saint Joseph de Cheverchemont, sur le cinéma et sur la dernière guerre.

L’institution Saint Joseph

J’ai été externe à l’institution Saint Joseph de Cheverchemont pendant les années de guerre. Malgré le grand parc et les copains, je préférais rentrer sur l’heure de midi à la maison. J’habitais à côté, rue des Fontenelles.
ID533 01 René TanzilliJ’ai passé 3 ans dans cet établissement, j’ai fait le CM1 - le CM2 et la 6è, après je suis parti au collège de Meulan.
Les classes étaient dans un bâtiment tout en longueur, les unes à la suite des autres. Les pensionnaires étaient logés à l’étage.
L’enseignement était très structuré et strict, chaque niveau correspondait à une classe. Les fondamentaux, lecture, écriture, calcul, étaient dispensés avec rigueur : on devait savoir compter, lire et avoir une orthographe irréprochable à la fin du primaire, 5 fautes et on « chopait » un zéro. Je ne sais pas pourquoi mais il y avait souvent une dictée le samedi matin.
L’enseignement religieux était obligatoire et nous devions connaître par cœur toutes les prières. Les frères nous préparaient à la première communion mais ils nous présentaient un dieu « punitif », une religion de sanctions. On nous parlait beaucoup d’enfer. On était très cadré, conditionné, à tel point que un de mes meilleurs petits copains était rentré au séminaire. Au bout de quelques années, il s’est aperçu que ce n’était pas sa vocation.
La semaine de Pâques était une semaine de grand recueillement. Nous devions assister aux offices et refaire le chemin de croix, tous les après-midi de la semaine sainte.
Le matin, avant les cours, on devait chanter « Maréchal, nous voilà ! ». En 6è, comme les frères étaient alsaciens, on apprenait l’allemand.
Il ne faisait pas très chaud dans les salles de classe chauffées avec des poêles à bois. On écrivait à la plume avec des pleins et des déliés. Parfois, pour s’amuser, on faisait pipi dans les encriers. Je ne me rappelle plus si c’était à Cheverchemont ou à Meulan, mais les bêtises avec les frères, ...

Je me souviens :

ID533 02 René Tanzilli

  • du frère Lucien. Il était bon et aimé de ses élèves. Il jouait avec nous au ballon dans la cour. Je crois qu’après la guerre, il a quitté les ordres et s’est marié.
  • du frère Raphaël. C’était un instituteur à l’ancienne avec une discipline de fer. Il donnait des coups de baguette sur les doigts, sur la main. Il ne fallait pas tendre la main mais la laisser molle, ainsi, le coup de règle était plus douloureux. Il n’a pas laissé que de bons souvenirs.
    Le directeur de l’institution, Klein Fulrade, était craint. Il était peu chaleureux.

On travaillait le lundi, mardi, mercredi, le vendredi et le samedi matin. Le jeudi nous n’allions pas à l’école mais au patronage pour suivre un enseignement religieux et jouer au ballon, à la balle au prisonnier, ...
Pendant les bombardements, surtout américains, nous nous réfugions par classe dans la carrière de la Bérangère, située dans le parc de l’école.
Je vois aussi très bien le frère responsable des cuisines râpé des choux pour préparer la choucroute servi certainement sans charcuterie, il n’était pas toujours facile de trouver les denrées.

Malgré La guerre je garde un bon souvenir de cette époque.

Le cinéma

A côté de l’Hôtel de l’Image, l’actuelle Poste de Triel, il y avait un cinéma, Le Régional. Il appartenait à M. Poher.
Le programme était très complet. Avant le film, on pouvait voir un documentaire et des actualités qui étaient quelquefois sifflées pendant la guerre.
A l’entracte, on achetait des friandises. Les adultes pouvaient se désaltérer à la buvette du cinéma ou chez « Nénette », Mademoiselle Albert, l’épicerie buvette à côté. On louait sa place de cinéma. Ma Maman m’envoyait chercher les billets.

La montée aux carrières et la libération de Triel

J’ai toujours entendu deux versions à cette montée aux carrières.
L’une serait que les Allemands et les Américains auraient convenu d’une trêve pour permettre à la population trielloise de se mettre à l’abri.
L’autre serait due à un fait de résistance. Un allemand aurait été tué par un résistant, en représailles, les Allemands voulaient fusiller des otages ou contraindre à l’exode toute la population trielloise. Le maire de Triel et un de ses adjoints qui parlait allemand ont réussi à négocier et à faire monter tous les habitants dans les carrières plutôt que de les obliger à l’exil.
Je ne sais pas qu’elle est la bonne version.
Nous sommes restés 1 semaine dans les carrières à manger des pommes de terre et à boire de l’eau.
Mon père s’était porté volontaire pour la corvée d’épluchage des pommes de terre.
Un jour, dans la cour, il voit un militaire le mettre en joue, au-dessus du mur, côté Cheverchemont.
C’était un américain. Il faisait partie de l’avant-garde qui a libéré Triel. Mon père a été un des premiers triellois à voir un soldat américain et à savoir que Triel allait être libéré.

 

 Entretien de Dominique Aerts avec Daniel Biget, 85 ans, le 28 mars 2012, en sa demeure, à Triel

Je suis né à Paris, parce que ma mère avait des difficultés de grossesse, dans le 6arrondissement, mais on habitait au 22 rue Trousseline. Maman avait été apprentie, puis ouvrière chez Mr Aymé père, tailleur à Triel, place de la Mairie. Après on a habité au 236 rue Paul Doumer, pendant un an ou deux et comme mon père était navigateur, il faisait l’Amérique du Sud, dans le commerce ; son port, c’était Le Havre, puis il a changé de compagnie et il a fait l’Indochine, le départ c’était Bordeaux, alors Triel- Bordeaux, il fallait compter une dizaine d’heures, ma grand-mère paternelle habitait Bordeaux et était commerçante. De ce fait, ils se sont installés à Bordeaux où on est restés jusqu’en 42 et en 42.

mon père a été tué dans un bombardement, sur un bateau, « Mort pour la France » le 16 février 42, le bateau a été torpillé ; il laissait une femme de 36 ans avec 6 enfants. Elle était désemparée, c’est là que son frère Henri Gallot, qui avait la grande maison au 252 rue Paul Doumer, au coin de la sente de la Grotte, a dit à sa soeur de venir. On est revenus. Je me suis engagé en 45 et maman est retournée à Bordeaux pour récupérer son appartement et elle y est restée. Il n’y a que moi qui suis resté dans la région parisienne : j’étais l’ainé, je travaillais déjà, j’étais dans les PTT au Ministère à Paris.

J’ai été démobilisé en 48 et en 49, j’ai rencontré ma femme, Claudine Wattiez.

La première personne dont j’ai le souvenir, c’est Denise Jamet, qui a mon âge, épouse Fleury et une de mes premières sensations d’enfant, en souvenir, à la fois physique, olfactif et sonore, c’est le bruit de l’enclume, le feu de l’enclume et de voir le père Jamet ferrer les chevaux J’avais 4 ans. Et un jour, en parlant avec Denise, on s’est rappelé : on s’asseyait sur les marches tous les 2 et on regardait son père travailler (je me rappelle même, qu’il y avait 3 marches de la forge à la maison !).

On a fait construire en 56 rue de la Concorde, je travaillais sur Paris, mon séjour ici à Triel, c’était le weekend end !

Je me suis occupé de Triel quand j’ai été en retraite, un peu avant, j’ai commencé à travailler avec Georges Beaujard sur le livre de Triel, dans les années 70. Pour faire ce livre, j’avais d’abord été contacté par Mr Grand. Il m’a dit « il parait que vous faites des recherches sur Triel ». En discutant avec ma mère, j’ai appris qu’elle était née là, que son père et grand-père étaient nés là. Ca m’avait donné l’envie de chercher un peu. En faisant des recherches, ça m’a amené à remonter un peu dans le temps. C’était la mode des cartes postales, moi je cherchais des cartes postales. Mr Grand lui faisait des recherches sur Triel, il cherchait des renseignements.

J’avais une carte de lecteur à la bibliothèque nationale de Paris et aux archives nationales. Je lui ai dit que je pouvais demander certaines choses. Je savais qu’il y a eu une monographie d’un instituteur Mr Ozanne qui a été faite en 1895 ou 96 et que personne n’avait. A la bibliothèque nationale, j’y vais et, j’ai trouvé, mais on ne pouvait pas me faire de photocopies, on ne pouvait faire que des photos, Il y avait cinquante et quelques pages, c’était cher, 4 ou 5 francs la photo : j’en ai fait faire un exemplaire en A4, je suis le premier à avoir eu la monographie de Ozanne, et après, j’en ai fait une copie que j’ai donné aux archives départementales.

On avait convenu avec Mr Grand que ce que je trouvais je lui amenais le samedi, je lui donnais les documents qu’il me remboursait (mais je me suis aperçu plus tard que j’avais du mal à en avoir des copies après). Alors, j’ai laissé tomber. Il se passe quelques mois, un an peut être, Mr Georges Beaujard, que je connaissais bien parce qu’il habitait à Pissefontaine, me dit qu’il voudrait faire un livre sur Triel, mais qu’il ne savait pas rédiger. J’ai commencé à faire des recherches avec Georges. On a travaillé ensemble pendant 3 ans. Pas une équivoque. J’étais encore en activité, lui était à la retraite. Moi j’alimentais pour tout ce qui était extérieur à Triel, documents venant des archives départementales ou nationales et Georges tout ce qu’il récoltait sur place. Après, tous les samedis, on revoyait ensemble, une coopération sans nuage et très cordiale.

Quand on a eu fini, il fallait un éditeur, j’ai proposé Hernu Guy, un gars de Vaux que je connaissais (ils avaient l’imprimerie à l’entrée de Triel sur la droite, avenue de Poissy, vers chez Naudin). On avait notre manuscrit, aidé d’une dactylo, pour taper tout cela. Quand j’ai apporté le manuscrit, Guy Hernu regarde, il dit « C’est bien mais ça va te faire un annuaire de téléphone, c’est trop long, faut retailler là-dedans ». On a tout repris, on a coupé par ci, par là et on a eu d’excellents conseils de Marc Hernu, son fils. » Mettez des illustrations, des cartes postales, des photos : faut illustrer ! ».

Georges avait fait quelques photos chez Mme Bossus à l’emplacement de l’ancien château, on nous avait autorisés à descendre dans les caves aussi qui sont voûtées, on avait pris des photos des caves, des caves de la nourrice et donc, on a illustré le livre. On a ramené le manuscrit écrémé, mais il nous a dit qu’il ne pouvait pas nous le faire à moins de 200 balles les 1000 exemplaires. On a eu l’idée de faire une souscription, Nous avons fait des panneaux sur lesquels il y avait les principales photos et les titres des principaux articles qu’il y aurait dans le livre et on a demandé à la mairie de nous prêter la halle de la gare qui s’appelait encore comme ça à l’époque, (la salle Rémi Barrat maintenant), pour faire des expositions le week-end. On a fait 2 ou 3 semaines d’exposition ; on avait fait un reçu comme quoi on s’engageait à fournir un livre appelé « Triel, son histoire, ses légendes » de 200 francs ou à restituer 200.

francs, si on n’arrivait pas à faire l’édition. On a eu 430 personnes qui ont réservé le livre, sur notre bonne mine, puisque on était comme on dit « honorablement connus » Certains ont versé même plus pour nous encourager. On avait récolté 85 ou 86 000 francs, je vais voir Guy et je lui dis «On a fait notre souscription, on a récolté 86 000 francs, que’ est-ce que tu en penses ? » « Bon, ben écoute, tu me donnes ça, je te sors ton bouquin et tu me paieras au fur et à mesure des ventes ».

« En deux mois, les livres étaient vendus, il est sorti en novembre 1985. Fin janvier, il n’y avait plus de bouquins, on a refait une deuxième édition de 1000 en 1986, une troisième édition en 91, une quatrième édition en 2001 et la cinquième édition en 2011 : 5000 en tout. A chaque fois, c’était 1000, et nous avons tout payé et sommes rentrés dans nos frais. Au début, il avait fallu qu’on avance l’argent. Mme Beaujard avait peur, si le livre ne se vendait pas, ça faisait quand même 200 000 francs à payer. Voilà l’histoire du livre de Triel, qui en est à sa 5édition et qui se vend toujours. Et finalement, le livre qu’on a sorti de « Triel Mémoire & Histoire » est complémentaire par ses illustrations.

Pendant des années, Mr Georges Beaujard, en tant que conseiller municipal, c’était lui le service social à la mairie de Triel, il avait eu un agrément de la Sécurité Sociale, il prenait les feuilles de maladie, il allait à la caisse, il encaissait et il payait les gens, il débrouillait les histoires de retraite, les histoires équivoques, les problèmes, dans son petit bureau à la mairie. Il était très dévoué, c’est pour ça que j’ai demandé que le centre social porte son nom ; de même j’avais proposé pour la salle des « compagnons du tour de main », le nom de Zarfdjian qui les avait crées et ça a été agréé aussi. Et pour Rémi Barrat aussi, tout le monde lui doit quelque chose à Triel : autant les jeunes que les vieux. Il a créé le club de jeunes, les classes de neige, le club des anciens. Il était à la base de tout cela. Il n’y avait pas de social à Triel. Il faisait partie du cinéclub aussi. J’ai une photo où on voit Rémi Barrat avec un projecteur, avec Rudolf derrière.

 

La fête à Pissefontaine. C’était la Saint Marc, la fête foraine, le dimanche et le lundi, les enfants n’avaient pas classe le lundi ; il y avait la course en sacs, le mât de cocagne, la course à l’oeuf (avec une cuillère et un oeuf dedans) des jeux de gosses ; c’était marrant. La fête du flan datait de Pissefontaine. C’était une fête qui avait été créée par les carriers, c’était à la St Marc, car c’était peut-être le patron des carriers. Et dans les années 60, il y avait la mère Tarte, alors quand on achetait chez les commerçants à Pissefontaine, (car il y en avait plusieurs : il y avait Wallon et Fortier, les épiciers), ils donnaient un bon pour la loterie et le dimanche soir, on tirait à la loterie et on gagnait la mère Tarte ; c’était un flan qui devait faire 40 cm de diamètre. Les deux épiciers faisaient café, billard. Wallon était en plus charcutier. Il tuait un cochon toutes les semaines. Il avait une grande salle avec un grand billard de café.

 

J’ai connu Le château des Ifs, et sa destruction. M. Quijoux, Maire, s’était mis un peu sur les rangs pour racheter le château, mais il y avait un groupe de médecins qui voulait en faire une clinique, il y avait des anciens combattants qui voulaient en faire une maison de repos ; c’était immense là-dedans et finalement, ça ne s’est pas fait. Promogim a été voir le propriétaire Mr Templier et ils ont signé une promesse de vente. Il s’engageait à faire une vingtaine de pavillons. Quand on a su que c’était vendu, avec Georges Beaujard, on a été voir le gardien qui était portugais, sa femme était déjà partie au Portugal. On lui a racheté des outils de jardin. On a visité dans le château, la salle face à la Seine était immense avec un piano à queue dans un coin et au 1er il y avait une dizaine de chambres et encore des chambres au 2e. Il y avait des trophées au mur, le fils Templier avait dû faire des courses de rallye, il y avait des plaques de rallye auto de Monté -Carlo. Le gardien part au Portugal et quand il est revenu, entre-temps, le bulldozer était passé, tout avait été ratissé, il n’avait plus que sa clé, il était tout penaud devant la grille, sa maison était rasée ! Ce que j’ai ramené du jardin, dans le parc, c’était tout un tapis sur des dizaines de m2 de petits cyclamens sauvages, ça m’a envahi toute la plate-bande dans mon jardin, bien agréablement…

 

Parmi les personnages marquants du passé à Triel

- Le Docteur De Chirac Gaston

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Anecdote : il arrivait parfois chez les gens en disant « T’es pas encore crevé ? »

Reine, la mère de Claudine Biget, ma femme, avait fait un accident vasculaire, elle était mal en point, on lui avait mis un divan dans le salon, Claudine était enceinte prête à accoucher de Marie -Georges, j’avais René et Marie Reine qui étaient petits, ma belle mère couchée là à moitié naze, il arrive, il l’examine et moi je lui dis « qu’est ce que vous en pensez ? » et lui à haute voix, dit : « elle est foutue ! Oui, 2 ou 3 jours et après hop ! »

(Mr et Mme Houbé qui habitaient dans la rue de l’Hautil, Mme Houbé travaillait à la poste, Mr Houbé c’était un grand gaillard, costaud ; il était mort brutalement,) « Encore 2, 3 jours et aux Gouillards (cimetière) avec le camarade Houbé » je me voyais avec ma femme enceinte, la grand-mère prête à canner et les 2 gosses; après elle s’est retapée ; elle s’en souvenait. Après, chaque fois qu’elle le voyait, « dites donc, vous qui vouliez m’envoyer aux Gouillards, au cimetière ! »

Autre anecdote : on était ici, pour une fête, un anniversaire ; Blanchette, Mme Wattiez, dame très distinguée, dans l’après-midi, elle fait un malaise. On appelle Gaston, elle était sortie, on l’avait mise sur la terrasse pour qu’elle prenne l’air ; moi j’avais la trouille, il arrive, il l’examine, il la regarde, « C’est pas grave mémère, tu vas dégueuler un bon coup : ça ira mieux après ! »

Mr De Chirac avait fait beaucoup pour le sport à Triel et le stade de l’Hautil porte son nom.

Il a beaucoup marqué son passage à Triel, par sa bonté, sa verve, un peu crue, mais il avait un excellent diagnostic. C’était un homme très humain.

 

- Paul Joriot :

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Le petit cordonnier, tout biscornu, tout tortillé, qui était infirme, qui était aimable, gentil, serviable, qui vivait dans son tas de chaussures, un tas à faire, un tas prêt. Il faisait le prix également comme ça. Il avait un triporteur à manivelle, il ne pouvait pas se servir de ses jambes, il allait au café juste à coté de la rue Trousseline, il buvait quelques canons et après il partait en zigzagant. La cordonnerie était presque à l’angle de la rue des Créneaux et de la rue Paul Doumer (A la place du bureau de tabac). Il y avait la boutique à Brunet, pas loin de chez Borsa, et après, Mr Cinié, le maréchal-ferrant, puis le photographe Géo et Paulo le cordonnier. Je me souviens, dans les années 1990, avoir été voir ma tante à la maison de retraite qui me dit : « il y a un nouveau qui vient d’arriver, c’est Paulo, le cordonnier ».

Paulo était heureux à la maison de retraite, il y est mort.

 

 

- le père Bourdon :

Marchand d’articles de pêche au coin de la rue du Four et de la rue Paul Doumer, un petit bonhomme gros tout rond ; quand il avait un coup dans l’aile, ce qui lui arrivait fréquemment, il disait « moi tout le monde me doit le respect, moi qui suis mort au champ d’honneur ! » Il

avait une particularité, il avait fait la guerre de 14 et quand il était revenu dans son village, dans le Nord, comme il avait été porté disparu pendant la guerre, ils avaient mis son nom sur le monument aux morts, ça l’avait traumatisé, il a foutu le camp et n’a jamais voulu revenir dans son patelin et c’est là qu’il est venu s’installer à Triel.

 

- le père Legrand :

L’épicier au 118 rue Paul Doumer, il était épicier, coiffeur, café, et il vendait des articles de pêche. Il était en train de te couper les cheveux et tout d’un coup, il posait la tondeuse pour aller vendre des asticots, ou vendre un paquet de nouilles ou servir un coup de rouge ou un coup de blanc. Un grand, gros bonhomme très sanguin, une boutique toute en longueur, le coiffeur sur le côté, le comptoir, l’épicerie et au fond les articles de pêche.

 

- Delforges :

Le tambour de ville, il avait une particularité, il fréquentait une jeune femme qui habitait en face Beaurivage, 207 rue Paul Doumer. La mère qui avait la cinquantaine, (la cinquantaine d’autrefois : elle était corsetée, très maquillée, teinte, très brune), il a fréquenté la fille un moment, puis la fille est tombée malade, la fille est morte… il a épousé la mère. Il était tambour de ville, il faisait les annonces, après il avait un clairon, après une cloche jusque dans les années 60 à peu près.

 

- Emile Prudhomme, l’accordéoniste :

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Il avait beaucoup de relations dans le monde du spectacle et a amené bien des personnalités à Triel : Tino Rossi, Jean Marais et aussi des cinéastes qui ont filmé Triel plusieurs fois.

 

 

 

 

 

 

 

- En 1957, les 4 gars qui ont gagné à la loterie nationale :

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40 millions de l’époque ; il y avait Pierre Besnier, le marbrier, deux frères Kwiecien, et le quatrième, je ne me rappelle plus du nom, (Voir articles de journaux et photo).

 

 

 

 

 

 

- Géo Guérin, le photographe :

Petit bonhomme avec une blouse blanche, un peu voûté ; il avait la réputation d’être un peu osé avec les femmes.

 

- Buat, c’est le seul Triellois qui a été exécuté en 45.

Quand on était au cinéma et qu’il y avait les actualités qui parlaient des allemands. Il y avait parfois des sifflets, il faisait arrêter la projection, il se dressait de toute sa taille, et disait« Vous allez fermer vos gueules, sinon je vous ferais tous fusiller ». Il habitait en allant vers Beaurivage, la rue sur la droite qui monte, rue des Fontenelles, il habitait avec ses parents Mr et Mme Verine et un soir, en rentrant chez lui, après le cinéma, il s’est fait casser la gueule. On n’a jamais su par qui… !

 

- Monsieur Lusse :

Place Foch, il a appris à nager à beaucoup de jeunes. C’était un grand résistant. La plupart des jeunes ont appris à nager « au ponton à Lusse », à droite de la pile du pont. Un grand, maigre, gentil. Souvent le soir, en revenant à pied par Vernouillet, pendant la guerre, on avait le maillot de bain dans les affaires, on allait se baigner chez Lusse. Il avait aménagé un ponton en planches.

 

- Monsieur Bongrain,

Directeur de l’école des garçons. Il avait six filles !

 

- Chez Laurent, l’épicier, 184 rue Paul Doumer

La boutique était tout en longueur. C’était la plus grande de Triel et on restait des fois un quart d’heure avant que la dame arrive. Le temps qu’elle arrive, on aurait eu le temps de vider la boutique. A l’emplacement, maintenant, de la Société Générale.

 

- Les Mordant

Ils étaient 3 frères. Un plombier : « Mort dans le plomb », un couvreur : « Mort dans le zinc », et un maçon : « Mort dans le plâtre » ! Le maçon, il s’occupait de faire des tombes dans le cimetière. C’est le père qui avait fait construire une maison rue Gallieni. Il y a un emblème gravé. C’est un Mordant qui avait fait le branchement d’eau pour la propriété de la Belle Otéro. C’était tout une affaire à l’époque !

 

- Maître Papillon

Le notaire. Mme Papillon, tous les ans, faisait un goûter pour le personnel ; Dans le personnel à l’époque, il y avait Mr Saveau Roger, Mr Lallemand, Mr Dauvergne, le père à Philippe et mon oncle, Henri Gallot, comme clerc, des secrétaires et des dactylos, à peu près une dizaine de personnes. Elle nous invitait dans l’appartement, c’était au rez de chaussée au 150 rue Paul Doumer. Elle nous servait le goûter et se mettait au piano, tous les ans pour Noël. Elle était très « vieille France », vraiment la bourgeoise de Province. L’étude était au 1er étage.

 

- La famille Colléoni

Il avait un garçon Dante (il avait environ 25 ans) qui est tombé du bac dans la Seine le 29 juin 1942. Il était avec son vélo à la main et quand le bateau accostait, il a sauté avec son vélo, mais trop tôt, il est tombé et a été écrasé par le bac.

 

- Melle Mazuir Danièle

L’institutrice, elle s’est noyée en se baignant au puits artésien, le 23 juin 1942, l’eau était chaude et ça favorisait les herbes. Elle a été prise dans les herbes.

 

- Maurice Cartry,

Il a été tué par Mr Demour, gardien du péage du pont, le 20 janvier 1918. Il voulait passer le pont sans payer. Il avait fait le pari avec des copains qu’il passerait sans payer. Il a escaladé la barrière. Le gardien est sorti de sa cabane et lui a dit d’arrêter, il a tiré un coup de pistolet. Maurice est tombé à l’eau et est décédé sur la place du marché.

 

- Arlette Louis

Née à Pissefontaine, très vieille famille de Pissefontaine, de la famille aussi Prévost et Badaire. Elle habite la maison de la grange de la moissonneuse de son père Roger Lebriquer.

 

- Isy-Schwart Marcel

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Homme charmant, très avenant, qui a beaucoup voyagé, au Brésil, en Amazonie, à Tahiti (Connaissance du Monde). Il est venu présenter des photos à Triel ; mais on l’écoutait lui plus, tellement c’était intéressant ; il y a une quinzaine d’années. Il a 2 fils, Lionel et Cyril. Ils ont fait des voyages en ballon et ont pris des photos, un était spécialisé dans le cinéma et l’autre dans la photographie. Il est décédé en septembre 2012.

 

Brialy Daniel – 83 ans - n'est pas né à Triel – demeurant à Triel et en Corse à Murato.
Propos sur l’institution Saint Joseph de Cheverchemont, recueillis en octobre 2016 par Florence Paillet.

L’institution Saint Joseph

J’ai commencé ma scolarité à l’école maternelle de Triel, en dessous de la Mairie puis continué, toujours au même endroit, en CP et en CE1. Je me souviens avoir eu comme instituteur M. Jean Dulac. Ça devait être son premier poste.

ID531 01 Daniel BrialyEn 1941, sur les instances de monsieur le Curé Marquer de la paroisse de Triel, les frères de Matzenheim qui fuyaient l’Alsace envahie, ont fini par installer à Cheverchemont leur établissement scolaire, l’Institution Saint Joseph, dans une grande maison. Après quelques travaux et l’aménagement d’un réfectoire et d’une chapelle, l’école a ouvert pour la rentrée de septembre.
En 1941 ou 1942, mes parents ont décidé de m’inscrire dans cette école. Ils pensaient que je recevrais une bonne éducation et un bon enseignement. Ils n’avaient peut-être pas tort.
De mémoire, j’ai dû faire le CE2, le CM1 et le CM2. Pour la 6è, je suis allé au collège, à Meulan.
Mais en 1944, je suis sûr d’avoir été élève là-bas car je me souviens très bien du jour où mon père, un résistant, s’est fait arrêter par la gestapo. C’était en mai 1944, je descendais pour rentrer à la maison quand une personne m’a prévenu de ne pas rentrer chez moi. Comme je ne savais pas où aller, j’ai tout de même pris la direction de la maison. Une voisine m’a vu, m’a chopé au passage et mis à l’abri chez elle.

L’Institution Saint Joseph comptait des internes, des externes et des demi- pensionnaires. Comme mes parents travaillaient, ils tenaient un salon de coiffure, ils m’ont inscrit en tant que demi-pensionnaire. A la cantine, malgré la guerre, nous avions du pain pas trop mauvais, tous les jours. Nous mangions aussi des pois cassés et encore aujourd’hui, c’est toujours un régal pour moi de déguster un potage Saint Germain (pois cassés - carottes – oignons – lardons – vache qui rit).
On nous donnait aussi, régulièrement, des vitamines, des petits cachets roses. Un mélange de goûts acidulé et sucré, c’était bon.

A cette époque, nous habitions rue Paul Doumer, donc en bas, et l’école était à Cheverchemont, en haut, il fallait la monter cette rue de l’Hautil. Avec des copains, nous avions trouvé la solution. Les camions de la société Sandron de Chanteloup montaient péniblement la côte. Nous les rattrapions et sans se faire voir des chauffeurs, nous nous agrippions à l’arrière. Qu’elle était facile l’ascension !
Ça c’était ma méthode pour me rendre à l’école mais à chacun sa technique. Un camarade, un interne, habitait Les Mureaux. Sa Maman, médecin, tous les lundis matin le ramenait dans une voiture électrique. Déjà écolo...
Un autre, le fils du général Schweisguth, habitait à La Barbannerie, dans les bois, pas loin d’Ecancourt. Il allait à l’école et en repartait à cheval. Il laissait « son étalon », pour la journée, dans une écurie que les frères avaient eu la gentillesse d’aménager.

ID531 02 Daniel BrialyDans le grand parc de la propriété se trouvait un bassin. Les frères nous avaient autorisé la baignade puis après, elle a été interdite. Nous jouions aussi à un jeu bien particulier. Nous tracions avec un petit canif, dans la terre bien humide, un terrain, puis nous lancions un couteau pour dessiner une frontière et délimiter un territoire. Lorsque la cloche sonnait la fin de la récréation, celui qui avait le plus de territoires avait gagné. Nous jouions aussi à «la yousse», aux billes. C’était des grosses billes en acier que l’on récupérait sur les roulements des essieux de camion. Michel Bagros, son père tenait un garage, devait nous en fournir pas mal. On était reconnu quand on possédait une «yousse».

Avec les frères, surtout le frère Lucien, le plus gentil, nous avions un atelier de modélisme. Nous découpions des formes dans du balsa qui étaient ensuite entoilée avec du papier. Nous fabriquions des avions, des bateaux, des maisons, ...

Le frère Raphael animait une chorale et nous donnions des spectacles à la salle Jeanne d’Arc, rue du docteur Sobaux. J’étais soprane et une fois, j’ai chanté en solo avec des chœurs. J’avais le rôle d’un ange. J’avais deux ailes attachées dans le dos. Qu’est-ce qu’elles me gênaient. Dès que j’ai pu les retirer, je n’ai pas hésité.

Malgré les nombreux coups de règle reçus, je n’étais pas spécialement un bon élève, je me suis bien rattrapé après, mais à l’époque, trop de problèmes dans ma tête, je garde de bons souvenirs de cette institution.

Entretien de Florence Paillet et Françoise Le Riboteur- Camut avec Mme Godet, 94 ans, en sa demeure, à Triel, en juillet 2016.

Je suis née, le 19 juillet 1922, à Baillon, petit village dépendant d’Asnières sur Oise, à la lisière de la forêt de Chantilly.
Mon père était garde forestier, garde-chasse et jardinier pour le compte du propriétaire de l’ancien rendez-vous de chasse de Napoléon, le château de Baillon(1), une famille américaine, ayant fait fortune dans le commerce des peaux.
Ma mère ne travaillait pas. Nous logions, grands-parents compris, dans la maison du jardinier situé à l’entrée du parc.

Sur la carte postale, ci-dessous, c’est moi, à l’âge de 6-7 ans, avec Maman et notre chien, devant le portail.

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Je vois très bien, les jours de réception au château, mon père habillé de sa livrée, ouvrir les deux battants de cette lourde porte et accueillir et guider les invités de Monsieur Santiago Soulas, une rue de Baillon porte ce nom. Cette tenue n’était heureusement portée qu’en certaines occasions.
Le château était magnifique et avait tout le confort moderne de l’époque. Il possédait de grandes serres remplies d’orchidées. En tant que gardien, nous étions logés au rendez-vous de chasse de Napoléon. Nous avions le chauffage central, l’électricité, l’eau et le téléphone. C’était un luxe pour nous mais, la maison n’avait pas de salle de bain, nous utilisions celle d’une dépendance.
J’allais à l’école du village. La classe unique accueillait les enfants, plus de trente, de 5 à 12 ans, garçons et filles assis sur les mêmes bancs.
Nous devions fournir les fagots de bois pour alimenter le poêle de la salle. Le matin, dès notre arrivée, nous cassions le bois et préparions le tas pour la journée. Ensuite on faisait le ménage et on remplissait les encriers car on écrivait à la plume Sergent Major ou à la plume Ronde.
Je me souviens d’une anecdote au sujet de l’encre. Les toilettes de l’école étaient à la turc et un jour, plus de lumière. Dans le noir, j’ai glissé et mes pieds se sont retrouvés dans le trou. Arrivée dans la classe, l’institutrice a demandé à une élève de m’aider à essuyer mes chaussures. Le soir, à la maison, Maman me dit : « qu’est-il arrivé à tes chaussettes, elles sont toutes violettes ». Ma copine avait utilisé le chiffon qui servait à nettoyer les encriers.
En 1934, nous sommes partis vivre à Maffliers dans le Val d’Oise actuel. J’y suis restée de 12 à 18 ans. Papa était devenu le garde-chasse et le jardinier d’un avoué. Il entretenait et surveillait le grand domaine forestier du château. Nous habitions au milieu des bois, une maison sans eau, ni électricité, ni gaz. Les toilettes étaient au fond du jardin.
En 1940, l’employeur de Papa a décidé de nous loger dans le centre du village ce qui a facilité mes déplacements.
En effet, je devais prendre des cours de comptabilité à Paris et devait me rendre en vélo à la gare située à 3km.

Et c’est ainsi, à bicyclette, que j’ai rencontré mon futur mari. Paul Godet était commis boucher à Presles. Il faisait toutes ses livraisons à vélo et ne se gênait pas pour me donner des frayeurs, sa « bécane » n’avait pas de lumière et la nuit on ne voyait pas grand-chose.
Nous nous sommes mariés en 1943 et avons eu notre fils Michel, en 1946. C’est aussi cette année-là, que nous avons acheté notre premier commerce de boucherie à Beauchamps, nous avions confié notre enfant à ma mère, je n’avais pas beaucoup de temps pour m’en occuper.
Après 5 ans d’exercice, nous avons décidé de prendre un commerce et un logement plus important. Mon papa était décédé et je ne voulais pas laisser ma Maman seule. On nous a indiqué un fond à vendre à Triel.
Nous avons, donc, acheté en 1953, la Boucherie Centrale, au 137 rue Paul Doumer, à Monsieur Nain, un gaillard de deux mètres de haut et pesant plus de cent vingt kilos. Le numéro de téléphone était le 91.
La boutique n’avait pas de vitrine, elle était ouverte sur la rue. De chaque côté de la porte à 2 battants, des caissons renfermaient les grilles que l’on tirait le soir. A l’intérieur, les murs étaient en marbre. A droite, une caisse fermée avec un portillon en bois, un miroir et le froid et les courants d’air tout l’hiver, à gauche, l’étal, au fond les frigos.
Nous avons laissé la boucherie tel que trouvé, ce sont nos successeurs qui l’ont rénovée et transformée.

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La photo, ci-dessus, a été prise le Vendredi Saint de l’année 1953. Il est de tradition, dans notre métier, d’exposer ce jour-là, jour de fermeture exceptionnelle, notre marchandise. Ici, on voit les carcasses d’un bœuf, de deux veaux et de moutons.
A l’époque, Triel comptait de nombreux commerces. Je me souviens en épicerie et fruits de chez Laurent(2) à côté de la Société Générale ou de Vedel(3) en face ou de la Maison Bleue(4), en charcuterie de Boudet(5), de Toury à l’enseigne du Cochon Rose(6).
Nous avions de bonnes relations avec nos confrères:
M. Cassen au 156 rue Paul Doumer
M. Charton au 218 rue Paul Doumer. Il avait un humour bien à lui. Il a répondu à une cliente qui lui demandait du mou pour son chat : « Il n’est pas encore crevé ? ».
M. Gandoin au 102 rue Paul Doumer
M. Noel au 226 rue Paul Doumer. Ce dernier vendait de la viande de cheval.

ID502 03 Je suis néeLa boucherie était ouverte du mardi au dimanche matin, de 7 heures à 13 heures et de 15 heures à 20 heures, le dimanche de 7 heures à 13 heures.
Au début de notre activité, nous emballions la viande dans du papier paille(7) et des feuilles de journaux. Chaque client venait avec son panier, son filet, ...
Les réfrigérateurs étaient peu répandus dans les foyers. On faisait ses courses tous les jours et on commandait sa viande au commis ou en boutique, la veille pour le lendemain.

Nous assurions un service de livraisons journalier, même le dimanche, sans minimum d’achats, jusqu’à l’Hautil, Vaux, Boisemont, .... Les commis ou moi, si besoin, livrions les clients. Un jour, en livraison sur Verneuil, à vélo porteur avec le panier chargé et sans frein, il fallait faire un demi-tour de pédale arrière pour s’arrêter, j’ai croisé le docteur Merveilles, à vélo, lui aussi. Le pont n’avait pas encore été reconstruit et il était plus rapide d’emprunter la passerelle que le bac pour traverser la Seine.

Chaque boucher employait environ 2 commis. « Les nôtres » étaient logés et nourris. Nous n’avions pas beaucoup d’intimité car ils devaient passer par chez nous pour rejoindre leur chambre.
Les commis respectifs des bouchers Triellois s’entendaient à merveille(8). Ils organisaient les tournées à leur façon pour se retrouver à une certaine heure chez Jumeau à Pissefontaine. Ils se désaltéraient et jouaient au baby-foot. Leur caisse n’était pas toujours juste, était- ce une des raisons... ?

Notre clientèle était composée :

  • ID502 04 Je suis néede particuliers de la région,
  • le week end, de parisiens qui aimaient venir acheter des tripes, moulé dans des terrines. C’était une spécialité de M. Godet. Ce plat nécessitait une cuisson de 12 heures, mon mari installait, au sous-sol, la marmite sur un trépied pour la nuit. Il rajoutait aux tripes un pied de veau pour avoir de la gélatine, du calva et vers la fin de la cuisson des carottes. C’est un plat artisanal qui ne se fait plus.
  • d’institutionnels, comme les écoles ou la maison de retraite. Les commandes, chaque trimestre, tournaient entre les bouchers de la ville.
  • de commerçants. Pour faire son fameux pâté aux lapins, la maison Mallard, rive gauche, venait prendre son « vieux mâle » chez nous, de même pour l’hôtel Bellevue et le veau de sa bonne blanquette.
  • Au début, on ne vendait ni charcuterie, ni volailles.

Pour s’approvisionner, le dimanche après-midi, nous allions à Seraincourt, chez un marchand de bestiaux pour choisir les bêtes, des bœufs, qui nous étaient livrées vivants aux abattoirs de Poissy, près du pont d’Achères. Le lundi, mon mari allait à La Villette pour la triperie, les veaux et les moutons qui eux aussi étaient ramenés vivants à Poissy. Suite aux plaintes des voisins, des immeubles avaient été construits aux abords de cette installation, l’abattoir a été fermé, nous avons dû utiliser celui de Pontoise. C’est mon mari qui tuait les animaux, le mardi après-midi. Il respectait ses bêtes et ne les faisait pas souffrir. Il donnait aux veaux, pour éviter les cris et avoir de bons ris de veaux, de l’eau et de la farine.
Il transportait la viande dans une camionnette, à plat sur un plancher recouvert de zinc avec une bâche par-dessus. Ensuite, ce mode de locomotion fut interdit et nous avons acheté un van. Les carcasses voyageaient debout, accrochées. Pour décharger, je l’aidais. Il portait sur son dos les bêtes, un veau pèse plus de 50kg, et moi j’essayais de les suspendre à des crochets pour les mettre dans le frigo. Que de fous rires et de disputes, ...

On travaillait tout le temps, même les jours de fermeture. On ne connaissait ni le mot loisir, ni celui de vacances.
Nous avons vendu la boucherie en 1973 à M. Huché et avons pris notre retraite à Triel où je vis encore et je profite bien de ma maison.

 

Notes:

(1) Le château de Baillon a eu de nombreux propriétaire dont en 1759 Charles Guillaume Lenormand d'Etiolles, mari de la marquise de Pompadour, en 1786, au prince de Condé, en 1801 à Louis Bonaparte et Hortense de Beauharnais, en 1803 par Napoléon. De nos jours, la propriété appartient au Souverain de l'émirat d'Abu Dhabi, son altesse le Prince d'Abu Dhabi, Cheikh Khalifa bin Zayed Nahyan. (sources internet , site d’Asnières sur Oise).
(2) 188 rue Paul Doumer.
(3) 141 rue Paul Doumer.
(4) 204 rue Paul Doumer.
(5) 161 rue Paul Doumer.
(6) 180 rue Paul Doumer.
(7) Papier fabriqué à partir de paille cuite avec de la chaux.
(8) Internet - Triel d’antan – septembre 2016 - Gérard Maillet : Pissefontaine, ..., la boulangerie pâtisserie, où je me goinfrais de pâtisserie, le matin, avec 2 autres apprentis bouchers de Triel. J’étais chez Charton, le boucher, à côté de l'église entre 1965 et fin 1968...