Conférence du samedi 30 mai 2026 présentée par Sophie KERIGNARD, avec le concours de Jean-Baptiste COMPIEGNE, comédien
Ce samedi, à 15 heures, la canicule plombe l’atmosphère et les 70 auditeurs de cette dernière conférence de la saison trouvent dans la pénombre de la salle GRELBIN une fraîcheur toute relative, soutenue par nos deux ventilateurs bienvenus !
C’est d’abord à Tramor QUEMENEUR, le nouveau Président de notre cercle historique local, qu’il revient d’ouvrir cette séance et de présenter les intervenants. Sophie est enseignante, historienne de formation et férue de la société de XIXe siècle. Jean-Baptiste n’est pas un néophyte, et Mirbeau n’est pas un inconnu pour lui qui lui a donné vie en interprétant son personnage dans le récent film « Raconte-moi Triel » tournée en local avec les uniques ressources des quatre associations porteuses du projet.
Notre conférencière du jour plante le décor, sans omettre de remercier au préalable notre adhérent Claude BAROUH pour le partage de sa grande connaissance de Mirbeau et de son œuvre. Nous entrâmes ainsi dans l’intimité du jeune Octave, né le 16 février 1848, petit-fils de notaire normand à Trévières, fils d’un officier de santé installé à Rémalard, élève au collège jésuite Saint-François-Xavier de Vannes, marqué par son expérience douloureuse profondément dans cet établissement qui le conduira à l’évoquer trente ans plus tard dans son livre « Sébastien Roch ».
Bachelier, il choisit la Faculté de Droit parisienne et est employé dans le Perche, à Rémalard, à l’étude notariale. A la suite de son échec à son examen de droit, il mène une vie légère à Paris. Plus un sou en poche, il rentre à Rémalard jusqu’à sa mobilisation dans l’Armée de la Loire, où il connaîtra la débâcle de 1870.
1872, retour à Paris où il débute une carrière journalistique. Elle occupera, avec l’écriture de multiples contes et romans, l’essentiel de sa vie. Après une liaison ruineuse avec une jeune maîtresse, il se reconstruit difficilement en Bretagne, à Audierne et entame une évolution radicale dans sa production littéraire. De sa condition d’« écrivain fantôme », il passe à celle d’auteur reconnu et redouté.
C’est à cette période qu’il rencontre Alice Regnault née en 1849, jeune et belle demi-mondaine, ancienne comédienne avec laquelle il se marie en 1887. Le couple occupera plusieurs résidences, allant de Bretagne en région parisienne, où il séjourne à Pont de l’Arche, Carrières-sous-Poissy et à partir de 1909, Cheverchemont qui abritera la belle propriété constituée à partir des nombreuses parcelles acquises auprès des cultivateurs du secteur des Epinettes. Sensible aux beautés de la nature, Octave Mirbeau l’est aussi des œuvres d’art et des artistes qu’il défendra avec pugnacité, comme Claude Monet et Auguste Rodin et combien d’autres...Devenu grand collectionneur et redresseur de tort, il marqua son époque de façon indélébile, défenseur de Zola et de Dreyfus, comme des peintres et sculpteurs boudés par les instances académiques.
Merci à Sophie Kerignard et Jean-Baptiste Compiègne de nous avoir proposé un exposé riche en témoignages et en illustrations dont l’exemple le plus frappant fut la diffusion d’un entretien filmé de son ami Sacha Guitry datant du début du XXe siècle. Restait à disserter sur l’avenir de la Propriété d’Octave et Alice Mirbeau, d’abord offerte à la Société des Gens de Lettres, puis revendue pendant la seconde guerre mondiale à une famille trielloise. Quel avenir pour ce bien d’exception qui mériterait de quitter son statut de « péril » pour celui d’une maison des Illustres ?
Jean-Pierre HOULLEMARE